Vers la création de banques transfrontalières en Europe

Vers la création de banques transfrontalières en Europe

Stanislas de Saint Blanquat

Responsable des Relations Client

stanislas.desaintblanquat@bluebridge.ca

Vers la création de banques transfrontalières en Europe

En 2008, la faillite de Lehman Brothers déclenchée par les subprimes avait entrainé une crise économique mondiale. Imaginer à cette époque le rapprochement de deux banques afin de créer un géant bancaire ne paraissait plus concevable. Pourtant l’idée refait surface en Europe, notamment pour des raisons financières, politiques et réglementaires.

Pour des raisons financières en effet, car l’activité bancaire souffre énormément de cet environnement de taux bas voire négatifs, du poids de certaines créances douteuses et d’une croissance encore trop faible.

Pour des raisons politiques également car d’après l’ambassadeur de la Banque de France et le président du directoire de la Deutsche Bank, l’Europe a besoin de banques transfrontalières afin d’améliorer le financement des entreprises de la zone euro en facilitant la circulation de l’épargne. En effet, une banque présente sur plusieurs territoires européens permettrait de mieux faire circuler les flux de liquidités entre les états disposant d’épargne comme l’Allemagne vers des pays à la recherche de financements notamment dans le sud de l’Europe. Ce sont donc les régulateurs eux même qui encouragent une consolidation du secteur bancaire au nom du financement de la zone euro.

Pour des raisons réglementaires enfin, avec les normes de Bâle III visant à renforcer la solidité des banques par l’augmentation de leur fonds propres. Il est à noter que ces normes seront intégralement mises en application d’ici 2019 car certains points restent encore à préciser par le comité.

Fin août, une rumeur faisait état d’une discussion ayant eu lieu entre deux PDG de grosses banques allemandes, actuellement dans des situations très difficiles : John Cryan de la Deutsche Bank et Martin Zielke de la Commerzbank. Nous savons maintenant que cette rencontre a bien eu lieu pour évoquer la possibilité d’une fusion entre les deux plus grands instituts de crédits allemands.  D’après le quotidien Frankfurter Allgemeine les deux banques auraient eu des « entretiens sérieux allant au-delà d’une première prise de contact ».  Cependant, les conditions nécessaires à une fusion paraissent actuellement difficiles et auraient amené les dirigeants à ne pas poursuivre pour le moment. Toutefois, John Cryan reste convaincu du bien-fondé de cette idée. « Il y a trop banques », a-t-il récemment déclaré.  D’après lui, cette concurrence est certes bénéfique pour la clientèle mais fragilise la stabilité du secteur bancaire. Il est à noter qu’au deuxième trimestre, les bénéfices de la Deutsche Bank ont diminué de 98% sur un an.  La Commerzbank préparerait quant à elle un plan de suppression de 9000 emplois. Certains voient cette situation comme une véritable bombe à retardement. D’après le FMI, au regard des liens que la Deutsche Bank entretient avec les autres grandes banques, elle représente aujourd’hui le risque le plus important pour l’ensemble du système financier.

Après une baisse marquée de la rentabilité de l’ensemble du secteur en zone euro, cette approche transfrontalière pourrait donc très vite intéresser les banques européennes. La totalité des acteurs cherchent à réaliser des économies d’échelle ces derniers temps.

Les banques européennes, après l’annonce de Bâle, ont dans l’ensemble renforcé leur fonds propres de manière considérable et stabilisé leurs états financiers rendant d’éventuels rapprochements moins risqués. Au même moment les plus importantes d’entre elles sont passées sous la supervision directe de la BCE. Un acteur transfrontalier pourrait alors envisager l’ensemble de la zone euro comme son marché domestique.

Pour ce faire, il faut que les conditions pour relancer ces fusions bancaires soient réunies et ce n’est pas encore le cas. Le rehaussement des niveaux de fonds propre imposé aux leaders bancaires freine cette consolidation. Néanmoins certaines mesures prisent à Bruxelles comme la titrisation pourrait renverser la balance en permettant aux banques d’alléger leurs bilans.

Le too big to fail aura-t-il raison du small is beautiful ?