La fin d’une décennie enrichissante

La fin d’une décennie enrichissante

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

La décennie s’est terminée de façon retentissante grâce à une année 2019 très rentable pour tous les types d’investisseurs. Cet heureux dénouement contraste fortement avec les pertes décevantes subies en 2018. Les investisseurs en actions tout particulièrement ont été bien récompensés pour avoir gardé le cap au cours d’une année mouvementée et pleine de défis économiques et géopolitiques pour le marché mondial.

Les investisseurs en actions n’ont pas été déboussolés par des vents contraires importants, comme des ralentissements économiques dans la zone euro et en Chine, la baisse de l’activité manufacturière aux États-Unis, le Brexit ou la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. Au contraire, leur optimisme était soutenu grâce aux politiques des banques centrales à l’échelle mondiale. L’impact des mesures de ces dernières a fait fléchir les taux d’intérêt durant la majeure partie de l’année. Au dernier trimestre, les taux ont renversé leur tendance à la baisse (voir le tableau 1), les bénéfices des entreprises ont progressé et le marché ne croyait plus qu’une récession aux États-Unis était imminente.

Tableau 1
Obligations à 10 ans 31 déc. 2018 30 sept. 2019 31 déc. 2019 2019 T4
É.-U. 2,68 % 1,67 % 1,92 %
Canada 1,96 % 1,36 % 1,70 %
Allemagne 0,24 % – 0,57 % – 0,19 %
Royaume-Uni 1,28 % 0,48 % 0,82 %
Japon -0,01 % – 0,22 % – 0,02 % =

 

Les investisseurs ont pu bénéficier de l’une des années les plus rentables pour les marchés boursiers mondiaux de l’ère moderne (tableau 2).

Tableau 2
Rendements en % au

31 décembre 2019

AAJ T4 Devise
S&P 500 31,49 9,07 USD
MSCI Europe 26,82 5,77 EUR
S&P/TSX 22,84 3,16 CAD
MSCI EM 18,63 11,74 USD
MSCI World 28,44 8,68 USD
MSCI World Value 21,74 7,31 USD
MSCI World Growth 33,68 9,75 USD

 

En 2019, le marché obligataire a également bénéficié de la générosité des banques centrales à l’échelle mondiale. À titre d’exemple, 85 % des banques centrales ont baissé leur taux directeur lors de leur dernière réunion de politique monétaire. Par conséquent, 38 % des taux cibles des banques centrales sont maintenant à des creux historiques. Malgré un contexte à taux déjà extrêmement bas, des baisses supplémentaires des taux d’intérêt tout au long de l’année a permis au marché obligataire de générer des rendements bien supérieurs à ceux qui étaient prévus pour 2019 (tableau 3). Il faut remarquer à quel point le rendement des obligations de sociétés et de celles à rendement élevé a dépassé celui des obligations gouvernementales. Cela s’explique principalement par le rétrécissement des écarts de crédit tout au long de l’année, reflétant la confiance des investisseurs à l’égard de la santé des bilans des entreprises et la résilience du marché des actions.

Tableau 3
Rendements en % au

31 décembre 2019

AAJ T4 Devise
Barclays Global Agg 6,84 0,49 USD
Barclays US Agg 8,72 0,18 USD
Barclays Euro Agg 5,98 -2,24 EUR
Barclays Global Corporate 11,51 1,79 USD
Barclays Global High Yield 12,56 3,50 USD

 

L’activité économique dans la zone euro s’est détériorée tout au long de l’année. De plus, des facteurs géopolitiques comme les manifestations des « gilets jaunes » en France et les inquiétudes politiques en Italie ont renforcé l’incertitude en 2019. Par conséquent, l’euro a perdu de la valeur par rapport aux autres devises importantes (tableau 4). Dans le même temps, le dollar US s’est maintenu alors que l’économie américaine continuait d’être soutenue par la force des consommateurs, en dépit du ralentissement de l’activité manufacturière.

Tableau 4
Rendements en % au

31 décembre 2019

Taux de change AAJ Devise
EUR/USD 1,1213 – 2,22 2,88
EUR/CHF 1,0856 – 3,76 – 0,33
EUR/GBP 0,8459 – 5,93 – 4,63
GBP/USD 1,3257 3,94 7,88
CHF/USD 1,0333 1,60 3,22
USD/CAD 1,2990 -4,74 – 1,90
USD/JPY 108,61 – 0,98 0,49

 

En dernier lieu, on a constaté qu’un étrange bras de fer se jouait entre les actifs traditionnels à risque (actions) et les actifs défensifs (obligations et or).  Toutes ces classes d’actif ont connu de solides rendements, alors qu’ils se comportent habituellement de manière opposée. D’autre part, le cours de l’or a gagné 18,31% sur l’année.

Grâce à une excellente performance de la dernière année de la décennie, l’indice S&P 500 a pu générer un rendement total annualisé de 13,5 % sur 10 ans. Il s’agit d’un rendement presque égal au double du rendement moyen à long terme des actions. Le rendement annualisé sur 10 ans de l’indice MSCI Europe se chiffrait à 8,4 %, un autre bon résultat qui était légèrement supérieur aux attentes à long terme. Comment ces résultats affecteront-ils le rendement potentiel des actions pour les 10 prochaines années? Pouvons-nous espérer atteindre le rendement moyen à long terme de 6 % à 8 %? Ou, est-ce qu’il faut s’attendre à des rendements inférieurs à la moyenne au cours de la prochaine décennie, compte tenu du rendement très haussier du marché durant la décennie précédente?

Pour ce qui est des obligations, les obligations d’État américaines à 10 ans ont généré un rendement total annualisé de 3,7 % au cours des 10 dernières années. Le rendement de ces obligations se chiffrait à 3,83 % en décembre 2009. On a pu constater qu’il s’agissait d’un taux très indicatif de la performance future à long terme prévue pour cette classe d’actifs. Il convient également de souligner que le rendement à 10 ans de ces obligations était de 6,44 % en 1999, tandis que le rendement annualisé des obligations au cours de la décennie qui a suivi était de 6,3 %.  Par conséquent, alors que les taux sont aujourd’hui à 1,92 %, est-il déraisonnable de s’attendre à un rendement d’environ 2 % sur les obligations au cours des 10 prochaines années?

Le défi auquel font face les marchés publics est clair. Par conséquent, nous sommes constamment à la recherche d’actifs non traditionnels comme les prêts privés, le private equity, l’immobilier, l’agriculture et les infrastructures et avons redéployé le capital des clients dans ces actifs en vue d’exploiter leur potentiel. Ces actifs ne sont pas corrélés aux marchés publics et par conséquent, les inclure dans notre plan de match nous permet d’avoir une meilleure diversification et d’obtenir des rendements à long terme plus attrayants pour les portefeuilles.