Revue des marchés financiers, la saison des ouragans

Revue des marchés financiers, la saison des ouragans

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Puisque le troisième trimestre se situe en plein cœur de la saison des ouragans, il est facile d’établir des parallèles entre les ouragans et la conjoncture actuelle du marché. C’est particulièrement vrai pour moi, car les ouragans ont déjà perturbé trois de mes vacances familiales. Les événements économiques et géopolitiques ressemblent aux ouragans dans la mesure où ils peuvent varier d’un phénomène sans conséquence à une situation catastrophique. Comme les météorologues, les investisseurs : i) essaient de prédire l’évolution des événements mondiaux et leurs conséquences, et ii) sont confrontés à la nature hautement imprévisible de ces phénomènes.

Le contexte actuel du marché est en proie à un certain nombre de tempêtes. Sur le plan économique, l’Europe frôle la récession, le secteur manufacturier des États-Unis accuse un net ralentissement et le secteur des services américain commence à montrer des signes de faiblesse. La Réserve fédérale américaine (la Fed) a baissé les taux d’intérêt en juillet et en septembre afin de mieux affronter les turbulences. La Banque centrale européenne (BCE) l’a suivie en réintroduisant l’assouplissement quantitatif et la baisse des taux, ce qui les fait glisser davantage en territoire négatif. Parallèlement, le rythme de croissance en Chine continue de ralentir, ce qui a des répercussions sur les autres pays de la région. Enfin, ajoutez à cela quelques développements géopolitiques tels que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le Brexit, une attaque pétrolière saoudienne, la requête de destitution du président Trump, le début de la course présidentielle américaine et vous avez tous les ingrédients pour créer un grand climat d’incertitude.

Malgré cela, les marchés boursiers ont généralement affiché des rendements positifs pour le trimestre, mais non sans quelques difficultés en cours de route. Le S&P 500 a réalisé un rendement total de 1,70 % pour la période, après s’être redressé d’une chute de 6,0 % en réaction à la baisse des taux de la Fed en juillet. Les actions européennes ont également affiché de bons rendements pour le trimestre, l’indice MSCI Europe ayant gagné 2,58 %. Inversement, le marché de Hong Kong a accusé un important retard au cours de cette période. Il a reculé de 11,7 % en partie à cause des difficultés économiques de la Chine, mais surtout en raison de l’effet des protestations antigouvernementales en cours. Finalement, les marchés émergents sont restés faibles dans toutes les régions, l’indice MSCI EM ayant reculé de 4,25 % (en USD).

Compte tenu de l’augmentation des préoccupations relatives à la croissance économique mondiale et de la détente des modalités des différentes banques centrales, les taux de rendement obligataires ont continué de baisser à l’échelle mondiale. À titre d’exemple, le taux sur les bons du trésor américain à 10 ans est passé de 2,00 % à 1,67 % au cours de ce trimestre, tandis que le taux équivalent du Bund allemand chutait de -0,33 % à -0,57 %. Résultat : les rendements des obligations ont été généralement positifs au cours du trimestre. L’indice Barclays US Aggregate a progressé de 2,27 % et l’indice européen de 2,86 %. L’indice obligataire mondial, le Barclays Global Aggregate en USD, n’a affiché un rendement que de 0,70 % en raison de l’effet de change. Le secteur des obligations à rendement élevé a connu peu de changement dans les écarts de crédit, malgré l’augmentation du risque économique, et a fini par accuser un retard sur les obligations d’État.

En ce qui a trait aux devises, le dollar américain a clairement dominé le trimestre, progressant face à toutes les principales devises. Malgré les appréhensions concernant l’économie américaine et l’environnement géopolitique, le dollar des États-Unis continue d’être considéré comme une monnaie-refuge par les investisseurs. Par conséquent, le dollar américain se négociait à 1,32 $ CA à la fin du trimestre, comparativement à 1,31 $ CA à la fin de juin, soit un gain de 1,11 % par rapport au dollar canadien. L’euro a clôturé le trimestre à 1,09 $ US, soit une perte de 4,17 % par rapport à l’USD (gain de 4,35 % en USD).

Compte tenu de l’incertitude du contexte économique et boursier ainsi que des taux de rendement réels négatifs dans de nombreux pays, l’or demeure en forte demande. À la fin septembre, son prix a clôturé à 1 472,49 $ l’once – un gain de 4,47 % pour ce trimestre.

En conclusion, les nuages économiques continuent de se former, mais nous ne pouvons prédire si cette tendance dégénérera en récession, le moment où la tempête s’abattra sur les marchés ni l’ampleur des dommages qu’elle provoquera. Dans ce contexte, nous sommes restés prudents et vigilants au cours de la dernière année en positionnant les portefeuilles de nos clients de façon défensive… afin qu’ils puissent mieux résister à toute forme de tempête.