Revue des marchés financiers, Appétit ou aversion pour le risque?

Revue des marchés financiers, Appétit ou aversion pour le risque?

René

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Le deuxième trimestre s’est terminé en fanfare alors que l’indice S&P 500 touchait un sommet historique le 20 juin. Malgré un léger recul dans la dernière semaine ouvrable du trimestre, l’indice américain a terminé avec une hausse totale de 4,3 % sur ces trois derniers mois, poussant ainsi le rendement total au premier semestre 2019 à 18,5 %. Les marchés boursiers du monde entier ont emboîté le pas, comme en témoignent les gains enregistrés par les indices S&P/TSX canadien, MSCI Europe et l’indice des marchés émergents MSCI de 2,6 %, 3,4 % et 0,2 %, respectivement (en devise locale). Toutefois, il y a eu quelques bémols, reflétés dans les performances mensuelles du marché américain sur le plan de l’appétit ou de l’aversion des marchés pour le risque : +4,0 % en avril, -6,4 % en mai et +7,0 % en juin. Les marchés des actions étaient largement propulsés par la confiance des investisseurs et leur croyance que le ralentissement économique mondial ne conduirait pas à une récession à court terme, que le ralentissement des bénéfices serait temporaire, que les sociétés sont généralement en bonne santé, que le chômage est faible et que le cycle actuel pourrait se poursuivre. De plus, durant ce trimestre en particulier, les marchés boursiers ont été soutenus par les actions des banques centrales. Au mois de mai, on a pu constater une évolution négative en réponse aux soubresauts liés au différend commercial entre les États-Unis et la Chine. Jusqu’à ce que ce problème soit résolu, on peut s’attendre à un niveau de volatilité élevé.

D’autre part, le marché obligataire a adopté une vision différente de l’environnement actuel. Alors que la conjoncture reflétait un ralentissement de la croissance économique et des taux d’inflation faibles, les rendements des obligations gouvernementales dans le monde avaient diminué régulièrement au cours du trimestre. Par exemple, le rendement des obligations de 10 ans du gouvernement américain était de 2,01 % à la fin juin comparé à 2,41% fin mars. Le Bund allemand de 10 ans, affichant un rendement de -0,33 % en fin de trimestre comparé à -0,07 % trois mois plus tôt, avait reculé plus fortement en territoire négatif. Le marché obligataire s’inspire également des banques centrales, qu’il s’agisse de la Fed ou de la BCE, devenues plus accommodantes. Par conséquent, le marché s’attend maintenant à 2 à 3 baisses de taux de la Fed avant la fin de l’année et la courbe des taux des obligations du Trésor américain s’est inversée (les taux à court terme étant plus élevés que les taux à long terme). Une courbe de rendement inversée est souvent perçue comme un signe avant-coureur de récession. Dans ce contexte, la performance obligataire a toutefois été solide au dernier trimestre : l’indice Barclays Global Aggregate a généré un rendement de 3,3 % en USD. Dans le même temps, le marché du crédit a réagi en sympathie avec le marché boursier alors que les écarts de rendement sur les obligations de qualité et à haut rendement étaient en hausse en mai (lors du recul des marchés boursiers) pour ensuite virer à la baisse en fin de trimestre.

Pour ce qui est des devises, le dollar américain a souffert ce trimestre, principalement à cause du biais de la Fed. Ceci a permis à l’euro et au dollar canadien d’afficher des gains (contre le dollar US) de 1,38 % et 1,95 %, respectivement. En parallèle, la livre britannique perdait quelque 2,6 % contre le dollar américain en raison de l’incertitude continue liée au Brexit et à la démission de la première ministre Teresa May.

L’impact d’un ralentissement économique mondial s’est fait ressentir sur les marchés des matières premières durant le trimestre alors que les prix du pétrole, du gaz naturel, et du cuivre entre autres, avaient chuté considérablement. À l’inverse, le prix de l’or a progressé de 9,0 %, en partie à cause de son statut de valeur refuge, mais aussi grâce à la faiblesse du dollar et à des taux d’intérêt réels négatifs dans de nombreuses régions du monde.

Que faut-il retenir de ce trimestre, qui a connu une nette progression à la fois des actifs à risque (actions et crédit) et des actifs refuges traditionnels (obligations gouvernementales, or et yen)? Il y a certainement une divergence claire entre les points de vue sur l’environnement économique actuel et futur. De ce fait, on peut en déduire que soit le marché des actions, soit le marché obligataire se trompe et que par conséquent, les investisseurs qui misent sur l’une ou l’autre de ces classes d’actifs pourraient être déçus. Nous revenons donc aux deux principes de base de notre philosophie de placement, soit la diversification et la prudence, en vue d’assurer que les portefeuilles de nos clients traversent en toute sécurité ces périodes incertaines, turbulentes et contradictoires d’appétit et d’aversion pour le risque.

 

Bon été!