Revue des marchés – Est-ce que ça pourrait aller encore plus mal ?

Revue des marchés – Est-ce que ça pourrait aller encore plus mal ?

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Difficile à dire…Malheureusement, d’un point de vue social et sanitaire, la situation risque de se détériorer davantage. En consultant les courbes Covid-19 de la plupart des pays, il est facile de voir que le pire est encore à venir, en particulier pour nos voisins au sud. Du point de vue des marchés financiers, cette question est un peu plus difficile à évaluer. La réalité de la pandémie a frappé de plein fouet en mars et les marchés financiers ont réagi violemment, escomptant certains des pires scénarios économiques possible pour l’économie mondiale. Heureusement, les banques centrales et les gouvernements du monde entier ont réagi assez rapidement en annonçant des programmes de relance monétaire et fiscale et en essayant de soutenir à la fois leurs économies et leurs marchés.

Alors que les banques centrales s’empressaient de réduire leurs taux et que les investisseurs paniqués se réfugiaient vers la sécurité des obligations d’État (tableau 1), les obligations de sociétés étaient vendues sans discernement et sans égard à la qualité du crédit. L’ampleur et la rapidité de la vente ont été telles que la liquidité est devenue un défi sur le marché du crédit, ce qui a exacerbé la pression sur les prix des obligations non gouvernementales plus risquées, faisant ainsi grimper les taux de rendement. À cet effet, les écarts de crédit ont explosé à des niveaux excessivement élevés. À titre de rappel, ces écarts représentent la différence de taux entre deux titres à échéance similaire, mais de qualité de crédit différente. En règle générale, cette différence représente le rendement supplémentaire qu’un investisseur est prêt à accepter pour le risque additionnel de crédit du titre (pensez à la sécurité des obligations du Trésor du gouvernement relative au risque d’une obligation de société). La performance qui en résulte peut être observée dans le tableau 2, les secteurs à haut taux de rendement les plus risqués ayant nettement sous-performé.

 

Tableau 1

Obligations gouv. à 10 ans


31 déc. 2019


31 mars 2020


T1


É.-U. 1,92 % 0,70 %
Canada 1,70 % 0,70 %
Allemagne – 0,19 % -0,46 %
Royaume-Uni 0,82% 0,34 %
Japon – 0,02% -0,02 %

 

Tableau 2

Rendements en % au 31 mars 2020


1 mois


T1


Devise


Barclays Global Agg -2,24 % -0,33 % USD
Barclays US Agg -0,59 % 3,15 % USD
Barclays Euro Agg -3,39 % -1,13 % EUR
Barclays Global Corporate -7,22 % -5,42 % USD
Barclays Global High Yield -13,55 % -15,02 % USD

 

Pour ce qui est des actions, la dégringolade a monopolisé les manchettes. À l’échelle mondiale, aucun marché n’a été épargné (tableau 3). Par exemple, l’indice S&P 500 a chuté de 35 %, de son sommet du mois de février à son creux du 23 mars. Sans surprise, les secteurs les plus défensifs comme les produits de consommation de base et les soins de santé s’en sont relativement bien sortis. Malgré un certain recul, les secteurs de la technologie et des services de communication se sont maintenus, certaines entreprises ayant bénéficié de la distanciation sociale. D’un autre côté, les secteurs cycliques typiques, tel que les secteurs financier, industriel et les produits de consommation discrétionnaire ont été les moins performants au cours du trimestre. Le secteur de l’énergie, quant à lui, a de loin affiché le pire rendement. Le prix du pétrole s’étant effondré en partie à cause des inquiétudes au sujet de la croissance économique et de la demande pour le pétrole, mais aussi en raison des réserves, l’OPEP et d’autres producteurs de pétrole, y compris la Russie, n’ayant pu s’entendre sur des réductions additionnelles de la production.

Tableau 3

Rendements en % au 31 mars 2020


1 mois


T1


Devise


S&P 500 -12,35 % -19,60 % USD
MSCI Europe -14,35 % -22,59 % EUR
S&P/TSX -17,38 % -20,90 % CAD
MSCI EM -15,40 % -23,60 % USD
MSCI World -13,23 % -21,05 % USD

 

Il est encore difficile et prématuré pour le moment d’évaluer l’impact complet de cette crise sur les investissements alternatifs autres que dans le domaine des fonds de couverture (‘hedges funds’). Plusieurs stratégies de fonds de couverture ont atténué en partie la baisse du premier trimestre, en particulier certaines des stratégies moins directionnelles, telles que les stratégies de marché neutres et d’arbitrage court/long-terme, ainsi que des stratégies macroéconomiques mondiales. En ce qui concerne les investissements moins liquides, comme les fonds d’investissement privé, la dette privée et l’immobilier, pour n’en nommer que quelques-uns, nous verrons les impacts sur la valorisation de ces actifs seulement au cours des prochaines semaines ou des prochains mois. La crise entraînera certainement des bouleversements majeurs pour ces classes d’actifs. Ainsi, on peut s’attendre à ce qu’un bon gestionnaire profite de ces occasions de pertes  à court terme en vue de réaliser des gains à long terme.

Le marché des actions a commencé à rebondir vers la fin du mois, suite à son creux du 23 mars. Le même mouvement positif a pu être observé pour les écarts de crédit. Est-ce que le pire est passé pour le marché ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Même si la dynamique positive devait se poursuivre en avril, nous croyons que le marché pourrait revisiter ce creux. Pour l’instant, la plupart des entreprises n’ont pas encore dévoilé leurs résultats trimestriels. Elles le feront à partir de fin avril et nous espérons qu’elles nous donneront un aperçu de leurs prévisions. L’ampleur et la constatation de l’impact de la fermeture économique sur les entreprises pourraient causer un autre choc de marché. En effet, la situation pourrait se détériorer davantage.

 

Nous vous souhaitons du courage et bonne santé!