Revue des marchés – Espoir !

Revue des marchés – Espoir !

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Le deuxième trimestre s’est déroulé sous le signe de l’espoir. Certains pays à travers le monde ont vu la courbe du nombre de cas de COVID-19 s’aplatir, les restrictions ont été prudemment levées, les entreprises ont rouvert leurs portes, les gens ont graduellement repris leur travail et leurs activités sociales. On avait espoir que la vie reprendrait un cours à peu près normal et que dès lors, l’économie mondiale et les marchés financiers se rétabliraient également. Il était rassurant de savoir que les gouvernements agiraient comme filets de sécurité pour l’économie et les marchés, si une deuxième vague frappait. Comme il fallait s’y attendre, les marchés financiers ont commencé à actualiser cette évolution et ces attentes positives.

Sur le marché obligataire, avec les banques centrales qui maintiennent leurs politiques monétaires accommodantes, les taux de rendement des obligations gouvernementales de 10 ans sont demeurés stables ou ont poursuivi leur tendance à la baisse (voir Tableau 1).

 

Tableau 1

Taux pour les obligations gouvernementales de 10 ans 31 déc. 2019 31 mars 2020 30 juin 2020 ∆ 2e trimestre
É.-U. 1,92 % 0,70 % 0,65 %
Canada 1,70 % 0,70 % 0,53 %
Allemagne -0,19 % -0,46 % -0,46 % =
R.-U. 0,82 % 0,34 % 0,21 %
Japon -0,02 % -0,02 % 0,02 %

Source : Bloomberg

À la perspective d’un rétablissement de l’économie mondiale et, conséquemment, d’un risque amoindri de défaillances d’entreprises, les différentiels de taux ont considérablement rétréci ce trimestre par rapport à leur sommet atteint le 23 mars. Selon une mesure, le différentiel pour les titres d’entreprises américaines ayant une cote de crédit de qualité est passé de 370 à 150 points de base, pendant que le différentiel des titres à haut rendement est passé de 1 090 à 620 points de base. En conséquence, le marché des obligations corporatives a affiché une forte reprise durant le trimestre, les meilleurs résultats appartenant au secteur plus risqué à rendement élevé, qui avait présenté la pire performance au 1er trimestre (voir Tableau 2).

 

Tableau 2

Performance en %             

le 30 juin 2020

2e trimestre AAJ Devise
Indice Barclays Agg – mondial 3,32 % 2,98 % USD
Indice Barclays Agg – américain 2,90 % 6,14 % USD
Indice Barclays Agg – européen 1,98 % 0,84 % EUR
Indice Barclays – Bons du Trésor mondiaux 1,82 % 3,22 % USD
Indice Barclays – Obligations corporatives mondiales 8,55 % 2,67 % USD
Indice Barclays – Obligations mondiales à rendement élevé 12,19 % -4,66 % USD

Source : Morningstar

 

Du côté des marchés des actions mondiales, des rendements très solides ont succédé à un désastreux premier trimestre (voir Tableau 3). L’indice S&P 500 a notamment connu sa meilleure performance trimestrielle depuis 1988. Toujours selon S&P, les rendements ont affiché la plus forte variation d’un trimestre à l’autre depuis 1932. Pour l’année à jour, l’indice demeure toutefois négatif. Au 2e trimestre, les marchés mondiaux ont été menés par les secteurs de la technologie (+31,2 %) et de la consommation discrétionnaire (+29,9 %), alors que les secteurs plus défensifs des biens de consommation de base (+8,7 %) et des services publics (+6,2 %) accusent un retard. En effet, seulement trois secteurs sont parvenus à afficher un cumul annuel positif: le secteur des technologies, largement en tête avec un rendement de +13,9 %, les secteurs des biens de consommation cyclique et des soins de santé ont quant à eux eu peine à générer un rendement de seulement +1,4 %. D’un autre côté, les secteurs de l’énergie et des financières demeurent les moins performants pour 2020, malgré un deuxième trimestre positif.

 

Tableau 3

Performance en %                    

le 30 juin 2020

2e trimestre AAJ Devise
S&P 500 20,54 % -3,08 % USD
MSCI Europe 12,60 % -12,84 % EUR
S&P/TSX 16,97 % -7,47 % CAD
MSCI Marchés émergents 18,08 % -9,78 % USD
MSCI Monde 19,36 % -5,77 % USD

Source : Morningstar

 

Fait intéressant, cette performance exceptionnelle des marchés s’est produite alors que les projections de bénéfices des sociétés pour 2020 et 2021 ne cessaient de se dégrader. Selon les données de l’IBES (Institutional Brokers’Estimate System), les bénéfices prévus pour l’indice S&P 500 en 2020, qui s’élevaient à 159,60 le 1er avril, ont été revus et abaissés à 124,80 le 7 juillet. En comparaison, les bénéfices réels pour 2019 étaient de 162,93. En parallèle, les estimations pour 2021 ont également été révisées à la baisse, passant de 184,33 à 163,20 pour la même période.

Par contre, au moment d’écrire ces lignes, l’indice S&P 500 fait du sur-place et n’arrive pas à retrouver son récent sommet, atteint le 8 juin. L’espoir de rapidement stopper la pandémie et redémarrer l’économie commence peut-être à s’amenuiser… Après tout, plusieurs pays, dont le Brésil et l’Inde, enregistrent toujours des hausses vertigineuses des cas de COVID-19. De surcroît, un grand nombre d’États américains, dont quelques-uns des plus populeux, constatent un regain alarmant du nombre de cas et doivent mettre un frein à leurs plans de réouverture. Enfin, le risque qu’une deuxième vague encore plus dévastatrice du virus apparaisse à l’automne ou à l’hiver est très réel, selon certains experts de la santé.

Rappelons que l’économie des États-Unis est basée sur la consommation. Le taux de chômage, bien qu’en rémission après le creux d’avril, frisait un taux ahurissant de 11,1 % en juin et devrait atteindre un taux moyen de 10 % en 2020 et de 8 % en 2021 (selon une prévision de FocusEconomics). Nous sommes bien loin de la situation économique de février, lorsque le taux de chômage n’était que de 3,5 %. Ajoutons à cela, le marché boursier qui transige actuellement sur la base de bénéfices projetés pour 2021 (qui, selon des estimations discutables, devraient revenir au niveau de 2019) pourrait en fin de compte s’engager sur la voie du marché obligataire. Celui-ci se transige selon des projections plus prudentes, puisque les différentiels de taux, largement en deçà des sommets qu’ils ont atteints au mois de mars, demeurent deux fois plus grands qu’ils étaient avant la pandémie; ce qui indique un risque considérable de défaillances d’entreprises.

Étant donné la forte reprise du marché ce trimestre d’une part et l’incertitude toujours persistante entourant le virus et la croissance économique d’autre part, nous croyons que le risque de baisse l’emporte sur l’espoir d’une évolution positive. Dans cette optique, nous en appelons à la prudence à l’égard du virus, de l’économie et des marchés.

 

Nous vous souhaitons de rester en santé et en sécurité!