Qui sait ? Personne ne sait … alors, diversifiez !

Qui sait ? Personne ne sait … alors, diversifiez !

Julia 3

Julia Ainsworth, Directrice adjointe, Investissements

julia.ainsworth@bluebridge.ca

Qui n’a jamais entendu son conseiller en placement parler de la « gestion du risque »? Cette expression revient presque à chaque rencontre et occupe ce qui est probablement la partie la plus fastidieuse de la conversation. Bien qu’ennuyeux, ce sujet n’en est pas moins important – en fait, c’est plutôt le contraire. Il n’y a sans doute aucune partie de la rencontre qui revête autant d’importance. L’un des aspects fondamentaux de la gestion du risque est désigné par un autre vocable bien connu : diversification, ou plus précisément par l’expression « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».  Le concept relève du gros bon sens et ne n’applique pas qu’aux stratégies d’investissement, mais à de nombreuses facettes de la vie. Cet article porte essentiellement sur la diversification et explique pourquoi elle prend une place prépondérante dans le domaine des investissements.

La diversification est nécessaire en raison des limites de notre capacité de prise de décisions, puisque nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Le résultat potentiel d’une décision est rarement binaire, mais présente plutôt de multiples, sinon d’infinies possibilités. Cette observation est tout aussi pertinente dans la façon dont nous investissons notre argent qu’elle l’est pour une variété d’autres domaines. Lorsque nous devons prendre une décision, nous analysons l’information que nous avons sous la main, laquelle repose entièrement sur l’expérience antérieure.  Nous pouvons assurément avoir quelques idées sur ce qui s’en vient, mais elles résultent de la connaissance d’événements passés et de présomptions. Comme le veut le dicton anglais, « to assume makes an ass out of U and Me », en d’autres mots, ceux qui présument ont souvent tort. L’intention de cette citation empreinte d’humour n’est pas de dire que les présomptions sont inutiles, mais plutôt qu’elles ne sont pas la vérité, et que de les traiter comme si elles étaient un fait est imprudent et entraîne des conséquences.

En toute logique, la prise de décision devrait prendre appui sur une collecte de données des plus exhaustives et une évaluation du plus grand nombre de résultats possible, en attribuant à chacun d’eux une probabilité d’occurrence.  Malheureusement, outre les problématiques inhérentes aux présomptions, beaucoup d’autres obstacles compromettent l’atteinte d’un niveau confortable de certitude. En voici quelques-uns que l’on rencontre couramment :

  • L’abondance de données peut entraîner l’excès de confiance.
  • Les méthodes de collecte des données et l’interprétation de celles-ci sont très variables.
  • La quête de données peut mener à l’inaction.
  • Le biais de rechercher des données qui confirment des points de vue.
  • Le biais de ne pas intégrer les nouvelles données aux points de vue.
  • Le biais d’accorder trop de confiance à un résultat.
  • La minimisation de la fréquence d’événements extrêmes (désastres naturels, crises financières, maladies).
  • Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.

Sans doute parce que j’ai une formation en sciences, mais la quantité de temps et de ressources que les gens consacrent à conjecturer sur les marchés financiers et l’économie me laisse souvent perplexe.  Il ne s’agit pas de science naturelle, mais bien de science sociale basée sur le comportement humain qui est par essence imprévisible. En sciences naturelles, une fois que l’on a découvert les lois fondamentales, il y a un plus haut degré de certitude. La physique me dit que je peux être 100 % certaine que si je laisse échapper une balle, elle va tomber au sol. La chimie peut décrire à l’avance ce qui va se produire si on mélange deux composants chimiques. Cependant, dans ce dernier cas, quelque incertitude subsiste, car les techniques de laboratoire impliquent plusieurs étapes qui peuvent individuellement être altérées par l’erreur humaine. Même dans le domaine des sciences naturelles, notre connaissance est encore limitée, mais plus nous en apprenons, plus les résultats se révèlent. On ne peut pas en dire autant des sciences sociales où les décisions ne pourront vraisemblablement jamais reposer sur une certitude raisonnable. Même si vous parvenez à disposer des meilleures données qui soient, que vous analysez le plus rigoureusement possible, d’un point de vue des plus objectif, vous ne prédirez jamais qu’un virus va surgir et paralyser l’activité économique mondiale; vous ne prédirez jamais quand un déversement de pétrole va se produire; vous ne prédirez jamais un soudain revirement géopolitique.

Est-ce à dire que les sciences sociales ne devraient pas réfléchir à l’avenir? Bien sûr que non. Cela vient simplement souligner que nous devons faire preuve d’humilité et prendre des décisions tout en étant parfaitement conscients de nos limites. En matière d’investissements, l’humilité se traduit par la diversification de son portefeuille. La diversification s’effectue sur de nombreux plans, tels que la répartition des actifs, la géographie, les sources de revenus, la méthodologie, le secteur d’activité, l’industrie, les titres individuels/les gestionnaires, les devises. Dans une précédente publication , j’ai abordé la façon dont Blue Bridge diversifie ses portefeuilles¹. Dernièrement, les soubresauts des marchés financiers ont fait ressortir la pertinence de cette approche, alors que nous avons vu les actifs traditionnellement considérés comme à faible risque se faire malmener sur les marchés et reculer bien davantage que ne l’avait anticipé la majorité des investisseurs.

L’on pourrait se demander si les processus de prise de décision devraient être repensés dans un contexte comme celui que nous vivons actuellement. Pas nécessairement, puisque ce contexte constitue l’environnement généralement utilisé pour encadrer les décisions fondées sur le risque. Il est facile de regarder en arrière et de se dire après coup qu’au cours de la décennie précédant 2020, les décisions étaient prises dans un contexte de stabilité, sauf que lorsque nous y étions plongés, nous n’avions pas l’impression que le contexte était si stable. Il en est de même pour les marchés financiers. La crise financière de 2008 a hanté nos esprits pendant longtemps. Dans de nombreux pays, les décideurs ont dû répondre fréquemment par des mesures d’assouplissement des conditions financières.  Nous avons vu des pays se rapprocher de plus en plus du défaut de paiement de leurs dettes, des échéances de paiement de leur dette (par exemple, la Grèce) et des plafonds d’endettement (É.-U.).Nous avons vu l’élection de dirigeants populistes et la liste pourrait continuer encore longtemps.  Ces événements ont marqué une période qui nous a paru tout sauf stable. Maintenant, nous assistons à une transition accélérée des principaux enjeux déjà amorcés – démondialisation, percées technologiques, relations géopolitiques, défis démographiques, changements climatiques, etc. Comment ces enjeux évolueront est certainement incertain, mais ce n’est rien de nouveau.

La rumeur que quelque chose est en train de soulever une grande incertitude est caractéristique du monde financier. Je dirais qu’il y a toujours un haut degré d’incertitude parce que le résultat y est toujours incertain, ce qui signifie que vous devriez diversifier vos investissements… à moins, bien sûr, que vous ne possédiez une machine à remonter le temps ou cette fameuse « boule de cristal ».