Proverbe écossais

Proverbe écossais

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Ronald L.Mayers

Premier Vice-président, Gestion de patrimoine

Ron.Mayers@bluebridge.ca

Proverbe écossais

« Le grand-père achète, le père construit, le fils vend et le petit-fils mendie. »

On connaît tous au moins un proverbe qui exprime la malédiction pesant sur les dernières générations. Si celui-ci semble parler de la dissipation du capital financier d’une famille, il s’applique avec autant de vigueur à son capital humain. C’est précisément pourquoi une planification familiale efficace doit aussi porter sur le développement personnel de chacun de ses membres. S’il est bien exploité, le patrimoine d’une famille peut être déployé de façon à développer pleinement le potentiel de chaque membre.

La pomme ne tombe pas toujours près de l’arbre. Certains semblent nés pour hériter de l’entreprise familiale, d’autres n’y voient aucun intérêt ou n’ont tout simplement pas la fibre nécessaire. Et ceux qui poursuivent d’autres rêves peuvent tout de même jouer un grand rôle dans le cadre familial plus large. Pour paraphraser Thoreau, on peut encourager ses fils et ses filles à battre de leurs propres ailes… de façon responsable.

Quand l’entreprise familiale présente peu d’intérêt ou de possibilités, on peut jouer sur d’autres tableaux au sein du patrimoine. Plusieurs trouvent leur compte dans le lancement de nouvelles idées d’investissement, dans la prise de décisions, dans la préservation des œuvres d’art familiales ou encore dans la philanthropie. D’autres préfèrent sortir des rangs et poursuivre leurs propres idées d’entreprise. Ainsi, une famille doit pouvoir accueillir toutes ces différences dans la mesure où elles sont développées de façon diligente. Le capital humain se développe avec autant de soin que l’actif financier.

Pensez au fils qui désire se consacrer à la conservation de la collection familiale. Pour l’encourager dans cette voie, la famille peut l’inciter à poursuivre des études et à faire un stage dans un musée ou une maison de vente aux enchères. Pour le fils, il s’agit d’un investissement personnel.  Or, cette approche a un double avantage : le fils y trouve sa position au sein de la famille, et cette dernière bénéficie de nouvelles compétences.

Et la fille qui désire participer au démarrage d’une nouvelle entreprise ?  Certaines familles créent leur propre comité d’investissement ou consultent un banquier qui analyse les demandes de capital d’investissement de ses membres. Je connais une famille qui s’est dotée d’un « shark tank », où tous les membres rencontrent des conseillers pour évaluer la pertinence de financer une idée proposée par l’un des leurs. À l’instar des banques commerciales, les banques familiales requièrent la présentation et l’approbation d’un plan d’affaires détaillé. Ainsi, la fille doit adopter une approche commerciale face à son entreprise et démontrer son engagement à protéger le patrimoine familial.

Ce sont là de magnifiques occasions d’apprentissage intergénérationnel, où la discussion, le développement et le partage des valeurs familiales, comme le travail, l’intégrité et la création de valeur, se déroulent dans un cadre naturel.  Si je n’étais pas sur place, j’imagine facilement que ce « shark tank » familial s’est avéré au moins aussi amusant qu’éducatif.

Là où toute bonne famille veut éviter la trajectoire de l’ascension sociale à la déchéance totale, plusieurs échouent. Celles qui réussissent chérissent et protègent généralement leur capital humain, car elles ont compris qu’il est l’expression unique et irremplaçable de leur patrimoine familial.