Nous ne sommes pas seuls au monde…

Nous ne sommes pas seuls au monde…

Alain Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Lorsque le déferlement de nouvelles et de fausses nouvelles devient trop angoissant, je me réfugie dans une statistique toute simple qui me rappelle que 99,98% de la population mondiale est saine et sauve, apte au travail… En effet, même si un million d’individus devaient être atteints par le coronavirus, les autres 7,7 milliards d’humains ne sont pas atteints par le virus…

A la lecture de ce chiffre, je me demande comment une intelligence artificielle médicale (Artificial Intelligence in Medicine – AIM) aurait géré cette crise. Quel intérêt supérieur aurait guidé cette AI ? La santé de quelques centaines de milliers d’individus ou le plein emploi pour des milliards ? La réponse à cette question peut faire froid dans le dos et doit nous pousser à normer l’usage qui sera bientôt fait de l’AI.

Pour l’instant, et j’en suis égoïstement très heureux pour ma maman de 85 ans qui lutte contre un cancer des poumons, nos gouvernements ont pris l’option la moins rationnelle, mais la plus humaine d’un point de vue sanitaire.

Cela étant dit, et sans vouloir les remettre en question, il faut être conscient que les décisions de nos gouvernements nous amènent tout droit vers une récession, voir selon certains une dépression.

Vers une dépression ou une récession?

Statistiquement, une dépression consiste en une diminution importante et durable de l’activité économique : production, investissement, consommation. La dépression est associée à une baisse des prix et à une forte augmentation du chômage.

Ces caractéristiques correspondent parfaitement à ce que les statistiques démontrent et nous pourrions craindre légitimement cette catastrophe économique. Toutefois, à la lumière des injections massives de liquidité des gouvernements nationaux et supranationaux, même les analystes plus pessimistes comme David Rosenberg du Globe & Mail s’accordent pour dire que nous devrions échapper à la dépression : “At first, I was of the view that the hole being driven into the economy by the spreading virus and the national lockdown was going to be far too big for policymakers to fill. (…) But the fiscal proposals being rolled out day after day since last week have been absolutely over the top. [1]

Il n’en reste pas moins que la récession, statistique ou réelle, est à nos portes et que les générations futures vont payer longtemps ces injections historiquement massives de liquidité.

Alors que faire maintenant?

D’un point de vue macroéconomique, beaucoup vont proposer le nationalisme économique comme solution, en pensant que l’autarcie économique est une solution pour relancer l’économie. L’histoire nous montre une autre voie, plus transfrontalière, plus internationale.

Selon une estimation du FMI, une hausse permanente de dix points de pourcentage des tarifs américains sur les importations étrangères provoquerait une baisse permanente de 1% du niveau du PIB réel. [2]

De plus, s’il y a eu une époque où chaque territoire, région ou État, pouvait vivre en autosuffisance et où les industries locales produisaient des biens répondant aux besoins des habitants de la région, il n’en est plus de même aujourd’hui. En effet, la globalisation économique mondiale a engendré une spécialisation des industries et des productions de masse vendues partout sur la planète. Prenons comme exemple Bombardier Produits récréatif – BRP : pensez-vous que BRP puisse survivre en ne vendant qu’au Québec, voir au Canada, sachant qu’avant la pandémie 70% de ses ventes se faisaient à l’extérieur du pays ? La réponse est non. Alors que faire ?

Il semble dès lors plus judicieux de suivre la proposition du président chinois Xi Jinping qui a appelé récemment les membres du G20 à réduire les droits de douane, à lever les barrières douanières et à faciliter les flux commerciaux. En effet, une plus grande coordination internationale de la politique macroéconomique permettrait de restaurer la confiance dans la croissance mondiale face à l’impact du coronavirus. Il faut se rappeler cependant qu’avant même le début de l’épidémie, l’économie chinoise avait fortement ralenti l’an dernier du fait de la guerre commerciale déclenchée par le président américain Donald Trump, qui avait imposé des droits de douane punitifs aux produits chinois.

Les mesures sanitaires étant instaurées et implantées pour le long terme, sans possibilité apparente de pouvoir débattre de leurs impacts sur l’économie réelle, donc sur nos vies, la profondeur de la contraction et la rapidité de la reprise ne dépendent donc plus que de la solidité et de la coordination des mesures de politiques monétaire et budgétaire de tous les États. Or, la dernière fois que tous les États ont coordonné leurs politiques économiques remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque plusieurs institutions internationales comme l’Organisation des Nations Unies (ONU), le Fonds Monétaire International (FMI) ainsi que la Banque Mondiale, ont été fondées et que l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce a été mis en place. Espérons que les gouvernements sauront éviter les écueils du nombrilisme.

A bon entendeur…

 

 

[1] David ROSENBERG, Silver linings and why a depression may now be averted, The Globe and Mail, March 25, 2020

[2] Derek ANDERSON et collab., Getting to Know GIMF: The Simulation Properties of the Global Integrated Monetary and Fiscal Model, Fonds Monétaire International, IMF Working Paper WP/13/55, 27 février 2013, 66 p.