Les obligations sont-elles vraiment moins risquées que les actions ?

Les obligations sont-elles vraiment moins risquées que les actions ?

Anthony Ménard

Analyste Stagiaire- Investissement

anthony.menard@bluebridge.ca

On entend généralement dire que les obligations sont plus sécuritaires que les actions. Cette affirmation est un peu simpliste et donne un sentiment de sécurité erroné quant aux obligations.

Lorsqu’on parle de risque, à quoi fait-on référence exactement ? Le risque financier est généralement défini selon la volatilité des actifs. À titre d’exemple, un titre qui varie entre – 0,25 % et + 0,25 % dans une journée est considéré moins risqué qu’un titre variant entre -1 % et +1 %. Cette définition prend en considération le risque de perte à court terme.

Pourtant, le risque c’est bien plus que la volatilité. Si votre désir est d’accroître votre richesse à long terme, les obligations en grande quantité sont plus risquées pour votre portefeuille que les actions en termes d’objectif à long terme. Le coût d’opportunité de choisir les obligations peut être très élevé à long terme.

 

Graphique tiré de l’article Do Long-Term Investors Need Bonds du blogue A Wealth of Common Sense. Le graphique commence en 1941 et l’échantillon en 1926 dû à l’horizon de placement de 15 ans.

 

Si l’on prend le rendement du S&P500 et les obligations 5 ans américaines, on s’aperçoit que sur un horizon de 15 ans, l’obligation 5 ans a fait mieux que le S&P500 sur trois sous-périodes depuis 1926. Sur certains cycles, c’est plus de 1000 % de différence qui auraient été perdus en investissant dans les obligations. Ceci implique que sur un horizon de quinze ans et avec un investissement de 10,000$, on aurait pu obtenir 100,000$ supplémentaire en investissant dans le S&P500.

Est-ce que les individus désirant conserver leur pouvoir d’achat devraient détenir uniquement des obligations et être très prudents ? Contre intuitivement, être trop prudent dans l’allocation du portefeuille pourrait être risqué. Dans le sens traditionnel du terme, c’est-à-dire en considérant simplement la volatilité, le portefeuille est effectivement peu risqué. La probabilité de subir des pertes est assez faible. En considérant la perte de pouvoir d’achat, le tout est différent.

Si une obligation procure 1.5 % de rendement, mais que l’inflation a été de 2.5 %, le portefeuille a perdu 1% de sa valeur réelle. Ce n’est pas parce qu’un portefeuille augmente que celui-ci conserve son pouvoir d’achat, d’où l’importance de viser des rendements plus hauts que ceux que les obligations à court terme peuvent procurer, particulièrement dans la période actuelle de taux d’intérêt bas. L’objectif est d’obtenir un rendement au moins supérieur à l’inflation.

Source : Bloomberg

Bien que le taux d’intérêt des obligations 5 ans a été, pendant une longue période, supérieur à l’inflation, ce taux ne prend pas en compte l’imposition. En considérant un taux d’imposition marginal de 50%, on remarque la façon dont les obligations de très haute qualité peinent à battre l’inflation. Par comparaison, les actions procurent un rendement plus élevé et ont des dividendes imposés à un taux plus avantageux que les coupons d’obligations. Par ailleurs, le gain en capital est reportable jusqu’au moment de la vente de l’actif.

Est-ce qu’un investisseur désirant accroître sa richesse et ayant un horizon de temps très éloigné devrait mettre toute son épargne dans les actions ? En théorie, certainement. Cependant, ce serait faire abstraction du risque de panique de l’investisseur. Ce dernier, ayant de la difficulté avec la volatilité court terme des actions, pourrait se retrouver à vendre alors que le marché chute de 30, 40, voire 50%, et perdre la reprise importante. Dans ce sens, les obligations viennent diminuer ce risque. Si une baisse de 50 % peut être difficilement tolérée par un individu, une baisse de 25 % serait en revanche plus facile à accepter.

Ce qui rend les obligations intéressantes dans la construction d’un portefeuille, c’est la combinaison des risques entre les actions et les obligations. Les actions performent bien en début/milieu de cycle et celles-ci sont vulnérables aux ralentissements économiques. Inversement, les obligations performent en fin de cycle avec des taux d’intérêt élevés et les ralentissements économiques annoncent des baisses de taux d’intérêt, ce qui est favorable pour les détenteurs d’obligations. En revanche, en début/milieu de cycle, les taux sont bas et augmentent, créant des pertes pour les investisseurs. Il faut le concéder, les actions varient davantage vers la baisse que les obligations lorsque leurs risques respectifs surgissent. Chose certaine, un mixte des deux actifs est préférable pour obtenir une combinaison rendement/risque intéressante.

Le risque va au-delà du risque financier de court terme. Dans le contexte actuel, une utilisation abusive des obligations est une certitude de perdre de l’argent du point de vue réel.  En gestion de portefeuille, on peut décrire le risque comme étant la probabilité de ne pas atteindre ses objectifs de long terme. Il est souvent sage de prendre des risques financiers à court terme pour mieux réaliser ses objectifs à long terme.