Le Gouvernement c’est nous!

Le Gouvernement c’est nous!

Jean-Luc-Gravel

Jean-Luc Gravel

Membre du comité d’investissement Blue Bridge

À ce jour, la déclaration qui m’a le plus marqué est celle-ci : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Cette affirmation ne venait pas de la bouche d’un dirigeant de droite, mais de feu John F. Kennedy, chef des démocrates, lors de son discours inaugural de Président des États-Unis en 1960.

Parce que le Gouvernement c’est nous. Des choses m’inquiètent cependant. Les gouvernements prennent de plus en plus de place dans nos vies. Un article récemment publié dans le magazine The Economist rapporte que la part prise par les gouvernements dans l’économie de la plupart des pays développés est passée de moins de 5 % en 1870 à plus de 40 % en 2021.

On peut être en accord ou en désaccord avec le fait que le Gouvernement prenne de plus en plus de place, mais si l’on veut être cohérent, il faut s’impliquer davantage comme citoyens, pas moins! Pourtant, nous sommes de moins en moins nombreux à aller voter.

Selon moi, l’économie est le nerf de la guerre. Une situation économique saine permet de nous assurer des services de toute nature, dont les plus importants sont sans doute la santé, l’éducation et la sécurité, incluant la lutte contre les changements climatiques. Le tout doit cependant être réalisé sur une base soutenable et j’ai certaines inquiétudes à ce niveau. Investir dans des infrastructures qui supportent la croissance économique est tout à fait justifié. Emprunter pour payer les dépenses courantes l’est moins.

Quand le gouvernement emprunte et s’endette, c’est chacun d’entre nous qui emprunte et s’endette. Et qui dit emprunt, dit remboursement dans le futur. On nous dit que le niveau de dette est gérable pourvu qu’il diminue au fil du temps en pourcentage du PIB. Cela est facile quand l’économie se porte bien et croît à un bon rythme. Le problème se pose lors de situations semblables à celle que l’on vient de vivre avec la pandémie. Le niveau de la dette s’est considérablement accru en pourcentage du PIB. Cela finira donc par nous rattraper. Des sacrifices s’imposeront, comme ce fut le cas à de nombreuses reprises dans le passé, ce que l’on a tendance à oublier.

Il faudra donc couper dans les dépenses qui ne cessent de croître, ou augmenter les revenus, soit par le biais de hausses d’impôts, soit en laissant l’inflation progresser comme c’est le cas actuellement, deux alternatives peu attrayantes pour le contribuable. Et pour ceux qui pensent que les mieux nantis et les grandes corporations prendront la facture, ne vous faites pas d’illusion. Parlez-en aux Français ou même aux Américains ou aux Allemands. Leurs gouvernements ont dû reculer en raison de l’inefficacité réalisée (France) ou prévu des mesures proposées.  Au Canada, l’augmentation du taux marginal de 29 % à 33 % pour les revenus supérieurs à 200 000 $, censée rapporter environ 3 milliards, aurait généré moins de 2 milliards, soit une fraction de 1 % du déficit de 2020 qui se chiffrait à plus de 350 milliards.  On peut présumer qu’une autre augmentation de 4 % rapporterait encore moins.  Quant aux grandes entreprises, il serait souhaitable de les mettre davantage à contribution. Mais là encore, cela requiert une coordination de tous les pays. Sans compter que les hausses d’impôt infligées aux dites entreprises seront ultimement répercutées aux consommateurs sous la forme de prix plus élevés.

En conclusion, tout le monde devra payer. Le premier ministre déclarait récemment que le gouvernement empruntait pour éviter aux citoyens de trop s’endetter. Mais quand le gouvernement emprunte, c’est nous qui empruntons, parce que le Gouvernement, c’est nous! Certes, le taux est plus attrayant que si on le faisait individuellement, je vous le concède, mais le résultat est le même. Si ce n’est pas nous qui en subissons les conséquences, ce seront nos enfants. Est-ce l’héritage que nous voulons leur transmettre ?

Des gouvernements plus rigoureux et plus efficaces, des citoyens plus impliqués et réalistes quant à leurs attentes, voilà qui pourrait représenter une bonne piste de solution !