La dépréciation de l’Euro en 10 ans quels sont les facteurs ?

euro

La dépréciation de l’Euro en 10 ans quels sont les facteurs ?

Anthony Ménard

Analyste Stagiaire- Investissement

anthony.menard@bluebridge.ca

En 2008, l’euro a atteint son sommet d’un euro pour environ 1,60 $ US. Dix ans plus tard, l’EUR s’échange à 1,10 $ US. Du point de vue du consommateur européen, il fallait 100 EUR pour avoir 160 USD en 2008. Aujourd’hui, il lui faut 145 EUR pour obtenir ce même montant soit un coût plus élevé de 45%!

Malgré que plusieurs croient que les devises évoluent de façon purement aléatoire, la recherche économique pose des nuances. En fait, une devise peut se comparer à une action. À court terme, les mouvements semblent effectivement aléatoires. Similairement, tenter de prédire avec exactitude les rendements journaliers d’Apple serait extrêmement difficile. Par contre, tenter de prédire le rendement à long terme d’Apple n’est pas non plus une tâche facile, mais tout de même plus accessible. Pourquoi? À court terme, peu de facteurs peuvent nous aider à effectuer une analyse. Pour connaître le rendement à long terme d’Apple, on peut se baser sur sa rentabilité, sa croissance, ses investissements, la gouvernance, etc. Pour une devise, c’est similaire : l’inflation, la croissance du PIB, le taux d’intérêt, la balance commerciale et la balance fiscale sont des éléments à surveiller. Une particularité des devises par rapport aux actions est que les fondamentaux sont plus lents à s’ajuster à la trajectoire long terme. Ainsi, les analyses sont généralement moins précises que celles effectuées pour des actions.

Quels sont les changements depuis 2008? L’Europe a eu de la difficulté à se remettre de la crise financière suivie immédiatement par la crise de la dette grecque. Une croissance molle, un chômage relativement élevé, des pays fortement endettés avec des déficits budgétaires importants et une monnaie unique limitant une politique monétaire efficace ont semé le doute sur la capacité de l’Europe à se sortir des mauvaises passes. De l’autre côté, les Américains ont eu le vent dans les voiles. La dépréciation de la monnaie a pour but de stimuler les exportations, limiter les importations et stimuler l’investissement pour augmenter la croissance économique et réduire le chômage. La dépréciation n’est pas mauvaise en soi même s’il est certain que du point de vue du consommateur européen il s’agit d’un irritant.

Les monnaies tout comme les actions sont susceptibles au sentiment des investisseurs. Pour une action, son ratio price/earnings serait plus bas lors des moments de pessimisme. Pour une devise, on remarque un prix relativement plus faible par rapport aux fondamentaux économiques. Actuellement, les investisseurs semblent plutôt pessimistes sur l’Europe. Les indicateurs économiques pour la zone euro et plus particulièrement l’Allemagne qui est sensible au climat commercial mondial sont en décroissance. La baisse des taux européens et la reprise des achats d’actif par la Banque Centrale Européenne ne sont pas à l’avantage de l’EUR à court terme. En période d’incertitude mondiale, comme c’est le cas présentement, l’USD a tendance à s’apprécier contre la majorité des devises.

Tout n’est pas noir pour l’EUR. Sa basse inflation, les surplus commerciaux et les balances fiscales qui s’améliorent par rapport aux américains au fil des années sont des éléments favorables à l’augmentation de l’EUR. Le taux de chômage connait aussi une diminution encourageante depuis quelques années qui pourraient signifier une croissance plus forte. Finalement, l’augmentation des déficits américains en fin de cycle pourrait créer un effet de boom and bust soit une expansion très forte suivie d’un ralentissement marqué qui pourrait rendre l’Europe plus attrayante à moyen terme.