Les investisseurs, une tribu à part?

Les investisseurs, une tribu à part?

Marc Séclin

Rédacteur en chef

Les investisseurs, une tribu à part?

Les colonnes économiques de la presse spécialisée et grand public nous parlent souvent de ce groupe mystérieux nommé « les investisseurs ». Les experts scrutent la moindre de leurs expressions, de leurs annonces, voire de leurs humeurs et en tirent des conclusions nuancées. Chose curieuse, ce mot ne possède pas de synonyme en français et vient de l’anglais « investor ». Son usage est assez récent au regard de l’histoire. (1937 en français et 1862 en anglais)

Mais, dites-moi, ma grand-mère a aidé mon cousin à monter son entreprise, ma tante m’a conseillé d’acheter des parts dans une société immobilière, mon voisin a ouvert un compte sur un fond sécurisé pour assurer les études de ses enfants. Voilà bien des investisseurs, non ? C’est ici qu’il faut éclairer le propos : au singulier, un investisseur, c’est effectivement vous et moi. En revanche, exprimé au pluriel nous parlons bien d’organismes collecteurs d’épargne qui agissent sur des masses de valeurs colossales. Nous pouvons y trouver des institutions telles que les compagnies d’assurances, les caisses de retraite, les sociétés d’investissements… ou encore Blue Bridge, société de gestion de patrimoine. En fait, nous parlons ici des investisseurs institutionnels ou grands investisseurs. Par souci d’économie, le terme est le plus souvent réduit au simple mot « investisseurs », surtout quand ceux-ci représentent tantôt des fonds publics, tantôt des fonds privés, d’où la confusion possible.

Voilà pourquoi les observateurs sont très attentifs à la moindre décision de ces « gros joueurs », si vous me permettez l’expression. En effet, leurs capacités d’action à la taille d’un continent, pour ne pas dire du monde, ont des répercussions très sérieuses et très tangibles sur nos propres porte-monnaie. Ils sont capables d’imprimer des mouvements impressionnants qui freinent ou relancent des pans entiers de l’activité humaine.

Il y a bien longtemps (mais dans une galaxie pas si lointaine) le latin créait le mot investire,de « in », sur, et « vestire », vêtir. Ce mot avait un caractère très officiel, voire solennel qui consacrait une personne ou confirmait son titre. La même racine a également produit le mot « investiture ». Voilà donc les décideurs revêtus de la lourde responsabilité de protéger et faire fructifier les fonds dont ils ont la charge.