Et l’Oscar revient à …

Et l’Oscar revient à …

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Et l’Oscar revient à …

La cérémonie des Oscars de cette année restera dans nos mémoires pour une chose, et une chose seulement : la gaffe qui a mené à l’annonce du mauvais gagnant pour le prix du meilleur film, ce qui a semé un vent de stupéfaction, de chaos, de désolation et de jubilation.  Ces jours-ci, investir sur les marchés financiers est un peu comme assister à une remise de prix; c’est une fête, tout le monde est heureux d’y être, les gagnants sont euphoriques, et même les perdants sont contents d’avoir pu simplement y participer.

Le S&P 500 a grimpé de 4,24 % en février, de 6,21 % par rapport à l’année dernière et de 11,22 % depuis les élections présidentielles en novembre.  Les indices MSCI d’Europe et des marchés émergents ont progressé de 2,35 % et de 1,68 % respectivement (en devises locales) pendant le mois.  Les attentes d’accroissement de revenu dans toutes les régions, les évaluations intéressantes pour les fonds d’Europe et des marchés émergents, un contexte économique favorable en Europe, et l’espoir aux États-Unis que le président Trump tiendra ses promesses, sont tous des facteurs ayant contribué à soutenir le cours des actions.

Même devant la possibilité d’une hausse des taux par la Réserve fédérale américaine à sa prochaine assemblée de la mi-mars, les marchés ont poursuivi leur ascension. La présidente de la Réserve, Janet Yellen, a tacitement confirmé cette hausse en affirmant que l’inflation est en reprise aux États-Unis (et dans le reste du monde), que le marché du travail est solide et que le risque économique provenant de l’étranger a diminué. Par conséquent, le dollar américain a rebondi en février, en comparaison à l’euro, la livre sterling et le dollar canadien. Les investisseurs en obligations ont joyeusement pris part aux célébrations des marchés, comme le démontre l’indice Barclays Global Aggregate Bond avec son gain de 0,39 % en février.

Toutefois, nous ne devons pas ignorer les risques qui se cachent derrière cette humeur bon-enfant. Un taux d’intérêt élevé n’est certainement pas bénéfique aux prix des obligations. De plus, cela peut avoir un impact négatif sur les multiples utilisés pour la valorisation des actions. Ces multiples sont déjà élevés pour le marché américain et les prix sont en pleine croissance de bénéfices. Les bénéfices entraînent d’autres inquiétudes : puisque la croissance des chiffres d’affaires est freinée par une économie qui n’enregistre que 2 % de progression, par des marges d’entreprises se trouvant déjà à des sommets historiques et des coûts de main-d’œuvre en constante hausse, à moins que le président Trump ne puisse réduire les taux d’imposition des sociétés, les bénéfices pourraient avoir de la difficulté à croître suffisamment pour compenser une compression possible des multiples. S’ajoutent aussi à cela les inquiétudes créées par les élections européennes à venir.

L’évaluation des marchés financiers actuels par les investisseurs est évidemment clémente et optimiste, comme l’indique le faible niveau de l’index de volatilité des actions et le flux continu d’argent vers les marchés boursiers. Si l’histoire est bonne conseillère, la fête pourrait continuer pendant un certain temps. Toutefois, nous sommes bien conscients que le marché pourrait avoir une lecture faussée de la situation, et que les choses pourraient ne pas être ce qu’elles semblent, ce qui donnerait lieu à un vent de stupéfaction, de chaos et de désolation.