Inflation, le sujet du moment

Inflation, le sujet du moment

Mathieu Giroux

Mathieu Giroux

Analyste – Investissement

Après avoir progressé de 4,1% en août et de 4,4% en septembre 2021, le taux de l’Indice des prix à la consommation (IPC) canadien (Statistiques Canada) a affiché une augmentation de 4,7% pour le mois d’octobre, un rythme de croissance jamais vu au cours des 18 dernières années! Cette flambée, particulièrement élevée, est l’effet d’un rebond temporaire puisque les prix affichés l’an dernier dans certains secteurs étaient anormalement bas.

L’inflation s’explique par plusieurs facteurs.

La hausse de l’inflation est essentiellement due à la pandémie. Elle est avant tout liée à la baisse des prix remarquée en 2020 et à la hausse de la demande dans certains secteurs. À titre d’exemple, la diminution des déplacements de la population a créé d’importants déséquilibres entre l’offre et la demande. La chute drastique du prix de l’essence a eu pour conséquence une inflation quasi nulle pour 2020. De plus, les dépenses des ménages se sont vues transformées. À défaut de pouvoir voyager, nombreux sont ceux qui ont décidé de rénover leur maison ou de s’équiper pour les activités de plein air, secteur où la demande a explosé, causant ainsi une hausse des prix.

Cette ascension sévère des taux et des prix a également été causée par la masse monétaire injectée par le gouvernement canadien qui a dû réagir face à une situation critique et à l’arrêt total de l’économie. Si cette mesure d’urgence a permis de soutenir financièrement la population, cela n’a pas été sans impact. En effet, cela a engendré une augmentation de l’argent en circulation, créant ainsi une demande plus élevée pour les biens et services. En outre, l’augmentation des liquidités disponibles pour une même quantité de biens offerts a déclenché un effet de rareté, entrainant une augmentation des prix. L’aide gouvernementale y a également contribué puisque le pouvoir d’achat d’une partie de la population a augmenté de façon significative, créant une demande excessive pour certains produits et une surenchère des prix.

L’inflation prononcée est également en grande partie attribuable aux perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. La pandémie a causé des interruptions de production, une réduction de la main-d’œuvre disponible et la fermeture des frontières, affectant ainsi l’importation et l’exportation des marchandises.

Certains secteurs ont été beaucoup plus touchés que d’autres. 

L’Indice des prix à la consommation est établi à partir de huit composantes principales, dont certaines ont une pondération considérablement plus importante que d’autres. Pour le mois de septembre, les trois secteurs ayant le plus gros impact sur le calcul de l’IPC, à savoir le logement (30,3%), le secteur alimentaire (16,2%) et celui du transport (16,0%), ont tous démontré une augmentation fulgurante des prix avec des taux respectifs de 4,8%, 3,8% et 10,1%, dépassant ainsi le niveau d’inflation désiré et ciblé par la Banque du Canada qui est de 2%. La fermeture des frontières et la perturbation des chaînes d’approvisionnement ont eu une grosse influence sur l’augmentation des prix. De plus en plus de produits sont indisponibles sur le marché, au moment même où la demande explose.  En ce qui a trait aux cinq autres principales composantes de l’indicateur clé de l’inflation, soit les dépenses courantes des ménages (14,9%), les loisirs et formations (9,4%), les soins de santé et soins personnels (4,7%), les vêtements et chaussures (4,0%) ainsi que les boissons alcoolisées et produits du tabac/cannabis (4,8%), leur contribution à l’augmentation des prix s’est vue moindre. En effet, outre une pondération moins accentuée, ils ont affiché des résultats variants entre 0,6% et 3%, restant ainsi dans la fourchette des 1-3% d’inflation par année.

Certes, l’inflation n’est pas négative en soi, sauf si elle est excessive et non planifiée. Toutefois, si elle est trop élevée et continue d’augmenter, elle pourrait devenir nocive pour l’économie et le pouvoir d’achat en serait alors grandement affecté. En conclusion, si l’on tient compte du ralentissement de l’économie à venir et de la progression continue de l’augmentation des prix, sommes-nous à la veille d’une période de stagflation?

À suivre…