L’effet Trump

L’effet Trump

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

L’effet Trump

À la surprise de presque tous, nos voisins du Sud ont décidé d’élire Donald Trump à la présidence. La réaction initiale du marché a été rapide et marquée. Alors que les républicains gagnaient en popularité pendant la soirée du 8 novembre, on observait au même moment une chute de 900 points des « futures » sur l’indice Dow Jones (une baisse de presque 5 %). Cependant, les marchés boursiers ont immédiatement changé de cap le lendemain, alors que les investisseurs commençaient à positionner leur portefeuille en prévision des diverses nouvelles politiques qui pourraient être mises en œuvre pendant la présidence de M. Trump. Cette tendance a persisté essentiellement pendant le reste du mois de novembre.

La possibilité d’une montée du protectionnisme et la menace d’une augmentation des tarifs ont fait grimper les anticipations d’inflation. Cette conjoncture a entraîné des répercussions immédiates dans certains secteurs clés du marché. Par exemple, la prévision d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine en décembre est pour ainsi dire devenue une certitude, les probabilités ayant bondi à 100 %. Parallèlement, les taux de rendement obligataires ont connu une brusque remontée. En effet, le taux sur les obligations à 10 ans du gouvernement américain est passé de 1,86 % avant les élections à 2,37 % à la fin du mois. Par conséquent, les obligations américaines ont chuté de 2,4 % durant le mois. Entre-temps, le dollar américain s’est raffermi par rapport aux monnaies principales, passant de 1,10 $ à 1,06 $ pour l’euro et de 105 yens à 114 yens par dollar.

Les marchés boursiers américains ont également profité de l’effet Trump puisque l’indice S&P 500 a généré un rendement de 3,7 % en novembre. Les actions bancaires américaines (en hausse de 13,9 %) ont augmenté en raison d’une hausse des taux d’intérêt -représentant une amélioration directe de leurs marges- et du fait qu’un allégement de la réglementation financière est envisagé. Les actions à dividende élevé ont profité de l’espoir de baisses d’impôt sur les dividendes et les gains en capital. Quant aux titres à petite capitalisation, ils ont bondi de 11,1 % en raison du protectionnisme et de l’aide promise aux petites et moyennes entreprises. En revanche, les titres à grande capitalisation sous-performent, et le secteur de la consommation de base chute, en raison des restrictions commerciales et du dollar américain élevé. Les marchés européens ont profité de ce sentiment favorable face aux actions et ont progressé de 1,09 %. Par contre, les marchés émergents ont fortement chuté (baisse de 2,3 % en monnaie locale et de 4,7 % en dollars américains), le Mexique en particulier accusant la majeure partie des pertes à la suite de cet effondrement (chute de 5,0 % en monnaie locale et de 12,8 % en dollars américains).

Personne ne peut prédire le nombre exact de politiques que le président désigné Donald Trump mettra réellement en œuvre au cours des quatre prochaines années, ni quelle en sera l’incidence réelle sur l’économie et les marchés. Bien entendu, certaines réactions initiales des marchés et transactions boursières sont exagérées ou peu judicieuses. Cependant, une chose est certaine : des changements sont à venir. D’une part, à l’échelle mondiale, les mouvements populistes gagnent en force (nous n’avons qu’à penser à Brexit, Trump, l’Italie…), et d’autre part, les signes d’une inflation en hausse se font également sentir. Ainsi, même si le mouvement immédiat a probablement été démesuré en raison de l’effet Trump, les taux d’intérêt augmenteront à long terme. Nous restons donc prudents quant à notre allocation aux titres à revenu fixe et sommes satisfaits de la protection assurée par la faible durée dans nos divers portefeuilles.