Économie de partage et sélection naturelle

Économie de partage et sélection naturelle

Linda Monteiro

Coordonatrice des communications, Investissements

Linda.Monteiro@bluebridge.ca

Économie de partage et sélection naturelle

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » — Charles Darwin

Au-delà l’éclosion d’Airbnb et d’Uber qui poussent dans les grandes villes comme des champignons, l’économie de partage est un phénomène planétaire en pleine expansion. Véritable « vache à lait collaborative », sa valeur marchande devrait atteindre les 335 milliards de dollars d’ici 2025.[1] Grâce à la confiance entre voisins du village global,  les gens peuvent se partager de nombreux biens et des services, tels que des outils, des places de stationnement, des sacs à main haut de gamme ou même un coup de main pour les tâches ménagères.

Même si la majorité des consommateurs n’aime pas prêter ses jouets,  90 millions d’utilisateurs avertis en Amérique du Nord[2] récoltent les fruits de cette économie  : coûts, commodité et réduction des déchets.

Ce changement culturel est en voie de transformer l’économie, que les gens l’acceptent ou non.

Les opposants martèlent que ces plateformes numériques sont nuisibles. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer tous les impacts de l’économie de partage,   les changements dans le secteur manufacturier, sur l’emploi, dans les dépenses, la dette et la consommation d’énergie auront des conséquences. La crainte est qu’une mentalité fondée sur l’emprunt conduira les gens à acheter moins de maisons, de voitures et de biens de consommation, réduisant de ce fait la croissance économique. Pourtant, la génération du millénaire qui compte les plus fervents défenseurs de l’éco-partage, ne dépense pas ses économies dans les frivolités du moment présent. Contrairement aux baby-boomers, ils ne peuvent tout simplement pas se permettre d’acheter une maison. Ces nouveaux consommateurs déjà endettés par leurs études arrivent à dépenser autrement,  gagner un revenu d’appoint et même rembourser un emprunt.

Bien entendu, le changement entraîne des résistances qui s’expriment ici à travers la règlementation. La devise de ces nouvelles technologies  est : « on se lance maintenant, on pose des questions après. » Même si cela peut occasionner au bout du compte des sanctions juridiques et financières, il vaut mieux selon ce point de vue suivre le courant plutôt que d’attendre que les autorités et les lobbyistes se mettent d’accord. Uber a fait les manchettes dans le monde entier en perturbant les services de taxi ultra-réglementés, mais l’entreprise a également réussi à bâtir une société d’une valeur de 62,5 milliards de dollars, à étendre ses services dans la restauration et la livraison de colis et à développer de nouvelles technologies, comme la voiture sans conducteur.

En dépit des innovations que ces start-ups  apportent au marché, la plupart des régulateurs résistent au changement et soutiennent les entreprises traditionnelles qui correspondent à leurs modèles fiscaux. D’autres proposent des solutions pour minimiser les pertes de recettes fiscales. Le Royaume-Uni a d’ailleurs récemment annoncé un allégement fiscal de 1000 £ pour les « micro-entrepreneurs ». Les utilisateurs  d’Airbnb à Londres seront maintenant mieux disposés à déclarer comment ils parviennent à se loger dans l’une des villes les plus chères au monde.

Aux entreprises qui redoutent l’obsolescence et  réclament des réformes pour contrôler une concurrence déloyale, les visionnaires répondent qu’on ne peut pas endiguer l’évolution. Le géant de la distribution en ligne Alibaba lance un marché aux puces virtuel en Chine. L’économie de partage peut même donner une nouvelle vie aux industries archaïques. Les services d’abonnement en ligne compensent la perte des ventes de CD, DVD et magazines. Acheteurs et locataires peuvent agréablement cohabiter — nombre d’entreprises tendent à le démontrer. La montée des services de location pour les sacs à main de luxe n’a pas empêché les recettes de Louis Vuitton d’augmenter de 75 {009d5cb7d75cc91dccad979fa0488db0885eae8dbaa99ccedc660e7d20ca6464} de 2010 à 2015. C’est ce qu’on appelle la survie économique du plus fort.

[1] 2015-2016. PwC. The sharing economy – sizing the revenue opportunity