Donald Trump, un héros américain?

Donald Trump, un héros américain?

Guillaume-Jeannin

Guillaume Jeannin, MBA

Consultant, investissement alternatif

guillaume.jeannin@bluebridge.ca

Donald Trump, un héros américain?

Le phénomène Trump a occupé plus de temps d’antenne que tout autre fait d’actualité en 2015-2016[1]. Il semble aujourd’hui que ses chances de gagner se réduisent comme peau de chagrin. Le précipité de cette campagne est néanmoins intéressant à analyser. Il est révélateur d’une Amérique fort méconnue en Europe.

Le Trumpisme est une sotériologie[2].  En ces temps troublés, de nombreux américains cherchent une incarnation du salut, plutôt un homme, blanc et riche de préférence. Les États-Unis n’ont pas d’aristocratie depuis qu’ils ont bouté les anglais hors de leurs terres le 4 juillet 1776. Ce pays est le chantre de la méritocratie dont une des expressions est l’argent. Dans l’imaginaire américain, si on est riche c’est qu’on l’a mérité. La fortune affichée[3] de Donald Trump est un passeport de capacité. Le racisme, particulièrement vaillant dans le camp républicain, pousse les électeurs à croire plus facilement le fils d’un allemand et d’une écossaise que celui d’un kenyan et d’une hawaiienne.

Les états du centre et leur populations rurales, cette Amérique peu connue à l’étranger, votent majoritairement pour Trump. Elle voit ses enfants mourir dans les guerres américaines, ses revenus stagner et ingurgite les horreurs présentées par les médias à longueur de journée. Il est donc facile d’attiser ses peurs puis de se poser en sauveur. Cette Amérique cherche simplement à accorder sa confiance à quelqu’un qui va lui dire les bons mots. Donald Trump est cette personne.

Ne nous méprenons pas, le candidat républicain ne représente pas une majorité du parti. Si 13 millions d’électeurs ont voté pour lui lors des primaires républicaines, 15 millions ont voté pour un autre candidat. Mais la dispersion des candidatures et le mode électoral ont fait que Trump a gagné haut la main les primaires républicaines.

Or, le mode de scrutin[4] qui l’a aidé durant les primaires va jouer contre lui durant les élections générales. Sur les 270 grands électeurs nécessaires pour l’emporter il y a une forte probabilité que 258 soient d’ores et déjà acquis à Clinton alors que Trump n’en a que 139. Les états indécis, ou « swing states »sont au nombre de 8 cette année. Il suffit à Clinton de remporter 1, 2 ou 3 États selon leur taille pour être élue[5].

Du point de vue de l’investissement, il semble que le match soit joué et qu’on puisse dormir tranquille. L’expérience nous prouve que c’est le moment précis où il nous faut rester en alerte. Le marché va certainement intégrer dans le prix des actifs une victoire de Hillary Clinton. Si ce scénario se confirme, il est probable que le marché restera calme au lendemain de l’élection. Si à l’inverse Donald Trump crée la surprise, les marchés seront très volatils. En outre, il faut prendre en compte les décisions des banques centrales entre aujourd’hui et le 8 novembre, positions qui pourraient constituer d’autres surprises.

Étant donné ces risques, on peut considérer qu’il soit prudent de se protéger, fût-ce à court terme, contre une surprise des marchés. Une assurance achetée à faible coût aujourd’hui pourrait se révéler payante à la mi-novembre.

[1] http://nyti.ms/1R07jzR

[2] Une sotériologie est une doctrine du salut. C’est l’art de dire: « tout va mal, mais voici un Salut possible » http://www.littre.org/definition/sotériologiehttp://www.cnrtl.fr/definition/sotériologie

[3]http://www.forbes.com/profile/donald-trump/

[4] Plus de précisions dans notre Carnet de Notes, à la fin de cette édition.

[5] Pour plus d’information et pour suivre l’évolution des sondages en direct: http://nyti.ms/29MYiv0