Comment se préparer pour le prévu imprévu

Comment se préparer pour le prévu imprévu

Julia 3

Julia Ainsworth, Directrice adjointe, Investissements

julia.ainsworth@bluebridge.ca

Difficile d’imaginer que quelqu’un ait inclus dans sa liste de vœux du Nouvel An celui  d’éviter d’être infecté par un coronavirus sur le point de franchir la barrière inter-espèces. Sauf à être dans un état d’alerte permanent pour parer à toute catastrophe éventuelle, vous n’étiez certainement pas en train de faire des réserves de papier toilette pour l’année, de vous approvisionner en désinfectant pour les mains ou d’apprendre à produire votre propre savon. Avec le recul, il est facile de savoir ce que nous aurions dû faire. Cela vaut pour tous les domaines de la vie, mais nous allons aujourd’hui nous pencher sur les portefeuilles d’investissement.

Fin 2019, aucune récession ne se profilait à l’horizon. L’économie n’était pas en plein essor mais elle était suffisamment saine pour susciter un optimisme modéré. Contrairement à la récession précédente, il est peu probable que des économistes ou des experts financiers puissent prétendre avoir prévu les bouleversements que nous connaissons en ce début 2020. Cette fois, le système financier n’est pas à l’origine de la crise et nous ne pouvions pas nous attendre à ce que les tensions commerciales gèlent l’économie mondiale et plongent les marchés financiers dans un niveau de panique exceptionnel.

Les gestionnaires de portefeuille de toutes les classes d’actifs ont été pris au dépourvu et en ont subi les conséquences. À moins que leurs portefeuilles ne soient garnis à 100 % en liquidités ou en lingots d’or, ou qu’ils n’aient pris une position courte sur le secteur de l’énergie, il y a de fortes chances pour qu’ils aient vu la valeur de leurs avoirs chuter. Aucun investisseur n’a pu échapper aux répercussions de la Covid-19. Cependant, en dépit de ses effets fort préjudiciables au marché, voici l’occasion pour les professionnels de l’investissement de se distinguer. Il n’existe aucun modèle de portefeuille unique permettant de faire parfaitement face à de telles circonstances, mais il est possible de prendre des mesures pour parer aux scénarios extrêmes.

Avant 2020, les autorités sanitaires mondiales n’avaient pas mis en place de solution idéale pour faire face à une éventuelle pandémie. Trop de facteurs inconnus. De nombreux pays avaient cependant pris des mesures en ce sens. Parmi celles-ci, on peut citer l’investissement dans la recherche scientifique -pour continuer à mieux se protéger face aux épidémies causées par les agents pathogènes-, l’investissement dans le développement de médicaments et de vaccins, ainsi qu’un financement important des infrastructures et du personnel hospitaliers. Les conséquences ultimes de la Covid-19 restent incertaines, mais il est probable que les pays qui étaient les mieux préparés obtiendront les meilleurs résultats.

Chez Blue Bridge, nous pensons que cela vaut également pour les investisseurs. Ceux qui disposent d’un processus d’investissement solide devraient mieux résister aux événements de 2020, passés et à venir, que ceux ayant surfé sur la force du marché de la décennie qui a suivi la crise financière de 2008. Instaurer un processus solide et y adhérer de manière cohérente est un acte de bon sens, fondamental, mais pas aussi simple qu’il y paraît. Il est facile de s’égarer pour diverses raisons, comme les préjugés comportementaux humains ou la complaisance. C’est pourquoi Blue Bridge place le processus au cœur de son approche en matière de gestion de portefeuille.

Qu’entendons-nous par processus ? Le processus englobe de nombreuses facettes, depuis la sélection des investissements jusqu’à la construction du portefeuille, en passant par la gestion des risques et les procédures opérationnelles. Le processus permet de s’assurer qu’un gestionnaire de portefeuille ne consacre pas uniquement son temps à ce qui l’intéresse le plus, à savoir la sélection des investissements. Il fournit un cadre dans lequel des décisions d’investissement judicieuses peuvent être prises. Il force le gestionnaire à remettre en question la place de chaque investissement au sein du portefeuille. Celui-ci apporte-t-il une valeur ajoutée ? Que représente-t-il pour le profil de risque global ? Ce ne sont là que deux des questions fondamentales auxquelles le gestionnaire doit répondre. Investir sans aucune structure revient à investir à l’aveugle et peut avoir des conséquences importantes.

La gestion des risques est un pilier essentiel de tout processus. La notion classique de diversification est un facteur important de réduction des risques. Un portefeuille bien diversifié intègre des flux de rendement provenant de sources multiples, notamment des titres à revenu fixe, des actions de sociétés publiques et de l’or, ainsi que des investissements alternatifs tels que les investissements en private equity et les dettes privées, l’immobilier, l’agriculture et les infrastructures. Au sein de ces grandes classes d’actifs, le portefeuille permet de diversifier davantage les risques en fonction des zones géographiques, des secteurs, des industries et des devises. L’idée est de constituer un portefeuille dont les multiples composantes ne réagissent pas de la même manière aux tensions économiques/financières/politiques et de générer ainsi un point d’ancrage en période de turbulences.

En ce qui concerne la sélection des investissements, un gestionnaire de portefeuille dont le processus exige l’inclusion de titres de qualité supérieure sera avantagé lors de marchés difficiles. Pour ce faire, il peut se tourner vers des entreprises dont le bilan est solide (faible endettement, flux de trésorerie disponible élevé, revenus récurrents élevés, etc.), utiliser des titres à revenu fixe offrant un niveau de protection plus élevé (obligations de qualité investissement, titres garantis par l’État, investissement plus haut dans la structure du capital, etc.),  s’assurer que le portefeuille dispose de liquidités suffisantes pour répondre à tout besoin de trésorerie ou profiter des occasions qui se présentent.

L’être humain a besoin de structure. A défaut, ses réflexes comportementaux peuvent l’entraver. À mesure qu’il s’éloigne de la précédente crise, il perd le souvenir de cette époque et sa confiance s’accroît. Sans processus de contrôle, la gestion des risques est susceptible de passer au second plan alors qu’elle devrait régir chaque décision. Qu’il s’agisse d’un gouvernement qui décide de réduire le financement de la science au profit d’une perspective économique à plus court terme ou d’un gestionnaire d’investissement sacrifiant la protection du capital pour se lancer dans la spéculation à court terme, le risque est de se retrouver devant un préjudice économique considérable à long terme. Chez Blue Bridge, nous sommes conscients de ce risque et nous avons établi une méthodologie nous permettant d’éviter les biais courants.

Face à l’incertitude, et en l’absence de tout contrôle sur le futur, nous ne pouvons que nous préparer à faire face au prévu imprévu. Il est cependant possible de trouver un sens et des effets positifs aux situations difficiles. Dans la situation présente, les gouvernements, les individus et les entreprises seront peut-être plus enclins à appliquer une vision à long terme et, par conséquent, à échapper à la tendance néfaste du court terme qui a dominé ces dernières décennies.