Investissements

Un air de «déjà-vu»


René Julien, MBA, CFA

Directeur Principal | Investissement

rene.julien@bluebridge.ca

Il y a un an de cela, mon article s’intitulait « Bon débarras, 2020 ! ». Il ne me semble pas nécessaire de rappeler pourquoi j’avais choisi ce titre-là. Un an plus tard, nous sommes toujours confrontés à la COVID-19, bien qu’il s’agisse cette fois d’un nouveau variant, et à de nouveaux confinements. Fort heureusement pour les investisseurs, tout comme ce fut le cas l’année dernière, les marchés boursiers ont malgré tout atteint de nouveaux sommets. Il aurait été tentant d’intituler cet article « Bon débarras 2021 », mais j’ai préféré le titre ci-dessus.

Les marchés boursiers mondiaux ont poursuivi leur envolée au quatrième trimestre (voir le tableau 1), et ce, malgré l’émergence du nouveau variant hautement contagieux Omicron apparu fin novembre, sa propagation rapide, et de nouveaux confinements et restrictions instaurés à l’échelle mondiale. Toutefois, les premiers avis selon lesquels ce nouveau variant était moins grave que le variant Delta ont semblé apaiser les marchés. En outre, ceux-ci ont été bien soutenus par des résultats d’entreprises meilleurs au troisième trimestre que prévu, notamment aux États-Unis où 81 % des sociétés du S&P 500 ont affiché des bénéfices supérieurs aux attentes. En outre, les prévisions de croissance des bénéfices pour le quatrième trimestre sont restées robustes, dépassant les 20 %. Par conséquent, les marchés boursiers mondiaux ont terminé l’année avec un impressionnant rendement de 21,8 % (en dollars américains). Les marchés émergents ont été la seule région décevante, affichant des rendements annuels et trimestriels négatifs, et ce, tant en dollars américains qu’en devises locales. Principaux responsables de ces rendements décevants? Un dollar américain à la hausse, des inquiétudes concernant un ralentissement économique et le Covid en Chine, ainsi que l’extrême volatilité de la devise en Turquie.

Tableau 1

Source : Morningstar

Le quatrième trimestre a vu une grande divergence de performances entre les secteurs mondiaux. La technologie, les matériaux et les services publics ont ouvert la voie avec des rendements à deux chiffres. En revanche, le secteur des services de communication est le seul à s’être retrouvé en territoire négatif (-1,7 %). Sur l’année, le secteur de l’énergie a été le plus performant, avec un rendement de 40,1 %. Viennent ensuite les secteurs de la technologie et des services financiers, avec des rendements respectifs de 29,9 % et 27,9 %. Les autres secteurs ont tous affiché un rendement oscillant entre 10 % et 20 %. L’inflation est restée un sujet brûlant au cours du quatrième trimestre, l’IPC américain ayant atteint un taux annuel de 6,8 % en novembre, le plus élevé depuis juin 1982.  Il s’agit du neuvième mois consécutif où l’inflation est restée au-dessus de la cible de 2 % de la Réserve fédérale américaine (Fed). La forte demande, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées à la pandémie, les pressions salariales, la flambée des coûts de l’énergie et le faible effet de base de l’année dernière sont autant de facteurs qui expliquent la flambée de l’inflation. Ainsi, les déclarations des membres de la Fed, et de son président Jay Powell, se sont faites de plus en plus sévères, laissant même entendre que la réduction du programme d’achat d’obligations pourrait être accélérée, et qu’ils pourraient cesser de qualifier l’inflation de transitoire. Ce changement de perception s’est reflété dans les projections économiques de la Fed publiées en décembre, alors que les perspectives pour le taux médian des fonds fédéraux étaient de 0,9 % pour 2022, de 1,6 % pour 2023 et de 2,1 % pour 2024, soit supérieures aux prévisions de 0,3 %, de 1,0 % et 1,8 % en septembre dernier. Parallèlement, l’inflation dans la zone euro a atteint 4,9 %, son niveau le plus élevé depuis 1991. Alors que la présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), Christine Lagarde, est restée plutôt discrète, d’autres membres de la BCE se sont montrés plus agressifs dans leurs commentaires. Cela contraste nettement avec le soutien exceptionnel apporté par les banques centrales aux marchés en 2020.

 Si l’impact de la pression inflationniste et de la hausse des taux d’intérêt attendue des banques centrales ne s’est pas fait sentir dans les rendements des obligations d’État de 10 ans qui ont terminé à des niveaux semblables à ceux de la fin du troisième trimestre (tableau 2), il a pu être observé sur les bons du Trésor à court terme, le taux de rendement à deux ans étant passé de 0,28 % à 0,73 % au cours du trimestre.

 

Tableau 2

Source : Koyfin

Aux États-Unis, les rendements des obligations d’État et des obligations de société ont été assez faibles au cours du trimestre (tableau 3). L’indice global américain a été porté par le secteur des obligations à haut rendement, principalement en raison des taux de coupon plus élevés, mais il a été freiné par le secteur des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS). Les taux négatifs et légèrement en progression ont engendré un autre trimestre décevant pour les rendements obligataires européens. Une fois de plus pour ce trimestre, l’indice global mondial, qui est en dollars américains, a subi l’impact négatif de l’effet de change de certaines des obligations non américaines faisant partie de cet indice. Somme toute, l’année a été difficile pour le marché obligataire dans son ensemble, les taux de rendement ayant connu une hausse considérable au cours de l’année dans les principales économies. Le secteur des obligations à haut rendement est le seul à avoir été épargné. Il a enregistré des rendements positifs aux États-Unis et en Europe, soutenus par des taux d’intérêt plus élevés et par des écarts qui ont continué à se resserrer, et ce, tout au long de l’année.

 

Tableau 3

Source : Morningstar

En ce qui concerne les devises, le dollar américain a de nouveau connu un fort trimestre par rapport à l’Euro (tableau 4). Le ton plus ferme de la Fed par rapport à celui de la BCE, en phase avec une inflation plus marquée observée aux États-Unis et avec l’élargissement des écarts de taux d’intérêt, en particulier pour les émissions plus courtes de deux ans, a eu pour effet de stimuler le dollar américain. Celui-ci est resté relativement stable par rapport au dollar canadien et à la livre sterling, les rendements ayant évolué de manière similaire.

 

Tableau 4

Source : Koyfin

Une nouvelle année se profile, mais les mêmes préoccupations restent bien présentes pour les investisseurs : la pandémie, la croissance économique, l’inflation, les taux d’intérêt, la croissance des bénéfices et la valorisation des marchés, pour n’en citer que quelques-unes. Il est donc inutile de tenter de prédire ce qui pourrait se passer en 2022, car qui aurait pu prédire ce qui allait se passer au cours des deux dernières années? Il faut donc, pour le moment, s’en tenir aux faits.

Le monde est une fois de plus confronté à une nouvelle vague d’infections due au variant Omicron. Bien que beaucoup plus contagieux, les indications montrent que ses effets sont moins graves et que cette nouvelle vague pourrait être de courte durée. Celle-ci n’en a pas moins perturbé l’économie mondiale, qu’il s’agisse des problèmes persistants de la chaîne d’approvisionnement, des pénuries de main-d’œuvre, des annulations de vols, etc. L’économie mondiale se trouve donc à un point de basculement et l’un des principaux indicateurs économiques, le Composite Purchasing Managers’ Index (PMI), indique que la plupart des grandes économies pourraient connaître un ralentissement. Pourtant, l’inflation demeure, les derniers chiffres de décembre atteignant 7 % aux États-Unis et 5 % dans la zone euro. La crainte d’une inflation persistante a déjà contraint les banques centrales à adopter des prises de position plus fermes, ce qui devrait se traduire par des taux d’intérêt encore plus élevés. Cette situation est clairement de mauvais augure pour le marché obligataire et devrait exercer une pression sur les valorisations boursières.

Si les taux d’intérêt plus élevés peuvent avoir un impact négatif sur les valorisations boursières, la croissance des bénéfices peut parfois compenser et contribuer à maintenir la valeur des actions. Malheureusement, les analystes ont déjà commencé à revoir leurs prévisions de bénéfices pour le dernier trimestre de 2021 à la baisse (qui seront annoncées dans les semaines à venir) et pour 2022. Le marché est donc vulnérable tant au recul des multiples qu’aux bénéfices prévus plus bas. Enfin, le S&P 500 a enregistré un rendement de 28,7 % (annualisé) au cours des trois dernières années. Selon Rosenberg Research, il n’y a eu que six périodes, depuis 1945, où le marché a connu un taux de croissance annualisé de plus de 20 % sur une période de trois ans. Le rendement moyen de la quatrième année pour ces six périodes est de -2 %.

Espérons que je n’aurai pas à envisager le titre « Déjà-vu, prise deux » pour mon article de l’an prochain. Sauf, éventuellement, si je fais référence au marché boursier pour lequel une quatrième année de forts rendements serait certainement la bienvenue.

Que l’année 2022 vous apporte santé et bonheur!

...

Par René Julien, MBA, CFA

24/01/2022

Articles qui pourraient vous intéresser

...

Fondation Blue Bridge

27/04/2022

Guerre en Ukraine : comment aider ?

...

Investissements

27/04/2022

Transition énergétique accélérée en temps de guerre

...

Point de vue

27/04/2022

Relations internationales et marchés boursiers

...

Investissements

24/01/2022

Retour sur la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26)

...

Point de vue

24/01/2022

Perspectives 2022 – la fuite en avant…

...

Investissements

07/12/2021

Inflation, le sujet du moment