Méfiez-vous du repli de l’automne

Méfiez vous du repli d'automne

Méfiez-vous du repli de l’automne

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Une fois de plus, grâce à la croissance étonnamment forte des bénéfices d’entreprises et de la solidité des indicateurs économiques, les marchés boursiers des pays développés ont connu un bon début de trimestre. Cependant, le mois de septembre leur a fait subir un net recul, avec une chute de 4.2% de l’indice MSCI World, ayant ainsi effacé tous les gains réalisés en juillet et août (voir le tableau 1). L’élément déclencheur de ce repli économique : l’annonce selon laquelle Evergrande, l’un des plus grands développeurs immobiliers de Chine (et également l’un des plus endettés avec un montant estimé à 300 milliards de dollars), pourrait faire faillite. Cette nouvelle a créé une onde de choc dans le système financier international, engendrant des inquiétudes quant à son large impact sur une économie chinoise déjà ralentie et la crainte de voir la crise se propager dans le reste du monde. Fin septembre, la banque centrale chinoise a déclaré illégales toutes transactions impliquant les cryptomonnaies et a renforcé la lutte contre sa production illicite. De plus, ces deux manchettes sont survenues après l’annonce des autorités chinoises, fin juillet, du durcissement des règles à l’égard des secteurs de l’éducation et des technologies, qui avait déjà entraîné une importante liquidation des actions chinoises. Dans l’ensemble, ce troisième trimestre a donc été tourmenté par des nouvelles provenant de la Chine, un phénomène récurrent au cours de l’année 2021. La Chine représentant plus d’un tiers de l’indice des marchés émergents, les difficultés connues par son marché ont fortement pesé sur les rendements de l’indice.

Tableau 1

 Tableau 1

Le repli de septembre devrait être un signal d’alarme pour les investisseurs, non pas en raison des nouvelles provenant de la Chine, mais essentiellement à cause de la hausse des préoccupations concernant une inflation plus élevée et possiblement plus persistante, le plafonnement de la croissance économique et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. Le bond soudain des taux d’intérêt vers la fin du mois de septembre a également contribué au déclin des marchés.

L’autre source d’anxiété pour certains acteurs du marché est plus technique et concerne les cycles boursiers. Je vous réfère à une étude de NDR Research qui met en relief des données composites sur le sujet. Ces dernières ont pour but de révéler comment le schéma répétitif des cycles boursiers passés pourrait indiquer un schéma potentiel pour l’année en cours. Ces graphiques cycliques reposent sur l’idée que la saisonnalité (tendance des cours boursiers à se comporter différemment selon les périodes de l’année) et les cycles pluriannuels présentent des modèles ayant tendance à se répéter au fil du temps sur le marché boursier. En outre, des cycles de quatre ans (durée d’un mandat présidentiel américain) et de dix ans (décennal) se sont avérés avoir des tendances répétitives significatives au cours de l’histoire. Les données composites tentent de combiner ces trois modèles de cycles en un seul modèle représentatif. Le résultat obtenu pour une année civile déterminée, en l’occurrence 2021, est un schéma dans lequel le marché américain augmente régulièrement au cours des huit premiers mois de l’année, avant de perdre la majorité de ses gains initiaux en septembre, pour ensuite évoluer de façon irrégulière le restant de l’année.

Comme nous pouvons le voir dans le graphique 1 ci-dessous, la performance réelle du marché depuis le début de l’année (ligne pointillée jaune) est presque parfaitement alignée avec la courbe de prédiction pour 2021 (ligne solide bleue). Il y a peut-être juste un léger retard sur la tendance cette année. Bien que nous ne préconisions pas une stratégie d’investissement basée sur ces cycles, il faut en être conscient, car d’autres investisseurs effectuent des transactions sur la base de ces données techniques. Cela peut également aboutir à une prédiction qui se réalise d’elle-même, puisque les traders vendraient davantage le marché à l’automne, anticipant la baisse prévue par les cycles historiques.

Graphique 1

Graphique-1

Comme mentionné précédemment, les taux d’intérêt ont bondi de façon inattendue à la fin du mois de septembre. La hausse rapide du taux de rendement des obligations du gouvernement américain sur 10 ans, de 1,30% à 1,54%, s’est produite à la suite de la réunion de la Réserve fédérale américaine, au cours de laquelle il a été annoncé que la Fed commencerait à ralentir le rythme de son programme d’achat d’actifs (aussi appelé « tapering ») en novembre, dans l’espoir d’y mettre fin d’ici le milieu de l’année prochaine. Dans le même temps, la Fed a également annoncé ses prévisions des taux au cours des prochaines années, prévoyant un taux cible des fonds fédéraux atteignant 1,75% en 2023 – un rythme plus rapide que celui anticipé par les marchés. La hausse de septembre a simplement eu pour effet de faire revenir les taux de rendement sur 10 ans à leurs niveaux de juin. Ainsi, les marchés des obligations américaines et européennes ont conclu le trimestre avec des résultats stables (voir le tableau 2). Au Canada, les taux de rendement ont évolué de la même manière qu’aux États-Unis, mais ils ont terminé légèrement plus élevés qu’à la fin juin, d’où la performance négative enregistrée pour le trimestre. L’indice obligataire mondial, libellé en USD, a terminé en zone négative, principalement en raison de l’effet de l’appréciation du dollar sur la portion des obligations non américaines de l’indice. Dans le même temps, les écarts de crédit, qu’il s’agisse de crédits aux entreprises, de crédits à haut rendement ou de crédits structurés, sont restés généralement aux mêmes niveaux tout au long du trimestre, ce qui indique que les investisseurs obligataires sont toujours très à l’aise avec l’environnement économique et évaluent le risque de défaillance à un niveau faible. En conséquence, le secteur du haut rendement a été en mesure de fournir des rendements positifs, principalement grâce au carry, c’est-à-dire aux rendements plus élevés. La hausse des taux américains à la fin du trimestre a stimulé l’USD, qui a terminé le trimestre avec des gains de 2,3 % et 2,4 % par rapport au CAD et à l’EURO.

Tableau 2

 Tableau 2

Si les cycles du marché sont intéressants et peuvent, ou pas, avoir des fonctions prédictives pour les traders, ils sont moins intéressants pour nous, investisseurs à long terme. Permettez-moi de vous rappeler que nous ne sommes pas des traders, qui se concentrent davantage sur l’achat et la vente à court terme. Nous sommes des investisseurs et nous construisons des portefeuilles pour nos clients dans une perspective à long terme. En tant que tels, nous sommes davantage préoccupés par les fondamentaux du marché et beaucoup moins par les cycles, schémas ou tendances à court terme. Cela me ramène à l’inflation et à la hausse des taux d’intérêt, ainsi qu’à leurs ramifications négatives sur les valorisations des actions et les performances du marché obligataire, comme expliqué dans mon dernier article en août. Dans cette optique, je vous rappelle une fois de plus les avantages d’une bonne construction de portefeuille, avec une allocation diversifiée aux stratégies d’investissement alternatif qui ne sont pas corrélées aux caprices des marchés publics et des traders à court terme. Nous continuons à orienter les portefeuilles de nos clients dans cette direction, non en raison de préoccupations à court terme concernant le cycle du marché, mais plutôt en raison de préoccupations plus fondamentales relatives aux rendements attendus à long terme des obligations et des actions publiques.