Changements climatiques tirer la sonnette d’alarme

Changements climatiques tirer la sonnette d’alarme

Julia Ainsworth, Directrice adjointe, Investissements

julia.ainsworth@bluebridge.ca

Au début du mois d’août, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié sa 6e évaluation du climat depuis sa création en 1988. Cette évaluation souligne plus que jamais l’urgence d’agir et n’hésite pas à imputer à l’homme la responsabilité de la grande majorité du réchauffement planétaire. En effet, la déclaration suivante a suscité beaucoup d’attention : « Il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffée l’atmosphère, l’océan et les terres ». C’est la première fois que le GIEC écarte tout doute quant à l’implication de l’activité humaine dans les changements climatiques. Il a affirmé que « l‘ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique et l’état actuel de nombreux aspects du système climatique sont sans précédent depuis plusieurs siècles à plusieurs millénaires ».

Le rapport souligne que la planète s’est déjà réchauffée d’environ 1,1 oC par rapport aux niveaux préindustriels et que ce réchauffement pourrait être arrêté à 1,5 oC vers 2040 si nous parvenons à réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre. Si le réchauffement de 1,5 oC est dépassé et que nous nous approchons du 2 °C, les conséquences augmentent considérablement. Même un réchauffement de 3 oC n’est pas exclu. Il est important de comprendre que chaque petite augmentation de température devient de plus en plus dangereuse, car les événements extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et intenses. Les exemples d’événements cités sont les chaleurs extrêmes, les vagues de chaleur marines, les fortes précipitations, les sécheresses agricoles et écologiques et les cyclones tropicaux. Le fait que nous avons déjà vécu de nombreux événements graves lors d’un réchauffement de seulement 1 °C signifie qu’il n’est pas difficile d’imaginer les défis que représente la vie dans un monde à 2 à 3 °C.

Tout d’abord, en Arctique, une réduction croissante de la glace de mer, de la couverture neigeuse et du pergélisol, ce qui entraîne des conséquences pour l’ensemble de la planète. En effet, l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde et cette tendance devrait continuer pour le reste du siècle. Il en résulte donc un taux de chaleur extrême trois fois plus élevé que dans le reste du monde, une situation qui est exacerbée par l’allongement de la saison des incendies. La libération de méthane résultant du dégel du pergélisol et l’impact sur les températures mondiales de la diminution de la neige et de la glace sont d’autres problèmes qui représentent des coûts énormes pour notre planète.

Le rapport souligne que, même si nos actions peuvent aider dans de nombreuses catégories, certains dommages sont désormais considérés comme irréversibles pour les siècles à venir, tels que les changements dans les océans, les nappes glaciaires et le niveau mondial des mers.

Pour atteindre l’objectif de 1,5 °C, il faut au moins parvenir à des émissions nettes nulles de CO2 et réduire fortement les émissions d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane. Il s’agit d’une tâche colossale qui nécessite une refonte économique et financière. Les principaux défauts de notre système économique sont le manque de prise en compte de l’environnement dans le calcul des coûts, la vision à court terme et la recherche d’une croissance infinie des profits dans un monde aux ressources limitées.

L’industrie pétrolière et gazière illustre à elle seule le défi qui nous attend si notre économie ne change pas. En juillet, la World Benchmarking Alliance a publié une étude complète sur l’industrie pétrolière et gazière et a montré que, sans action immédiate et décisive, le secteur empêcherait le monde d’atteindre l’objectif de 1,5 °C fixé par le GIEC. L’étude a révélé que, bien que la plupart des entreprises (l’étude a porté sur 100 des plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde) conviennent de la nécessité de réduire les émissions, aucune ne s’est engagée à arrêter l’exploration. Ces entreprises sont collectivement en passe d’utiliser près de 80 % du budget de CO2 pour tous les secteurs et toutes les activités humaines.

Heureusement, le système financier montre des signes de changement avec un intérêt accru pour l’investissement durable. De nombreux investisseurs exigent des entreprises qu’elles investissent significativement dans la transition de leurs activités pour prospérer dans une économie à faible émission de carbone et qu’elles améliorent la transparence en matière d’impact environnemental. Le financement par l’emprunt a également évolué et peut avoir un impact considérable sur le comportement des entreprises. Par exemple, des dettes sont émises pour financer des initiatives écologiques ou pour financer des objectifs de transition écologique. Il est possible de lier le financement et/ou le coût du financement à la réalisation d’objectifs de durabilité spécifiques.

Bien que les progrès du système financier soient importants et très encourageants, la réalisation du niveau de changement requis dépendra en grande partie de la mise en œuvre de politiques gouvernementales qui incitent et rendent possibles les changements de comportement des citoyens et des entreprises. Si on se dote des bons outils, il sera possible de contribuer à la réalisation des objectifs du GIEC.

Chez Blue Bridge, nous croyons à l’importance d’intégrer des considérations liées à l’investissement responsable dans notre processus et nous continuerons à faire évoluer notre approche si nécessaire pour suivre le rythme des améliorations des normes réglementaires, de la transparence des entreprises, de l’action gouvernementale et des outils analytiques.

En novembre prochain, les gouvernements de 197 pays se réuniront à Glasgow pour discuter de la politique en matière de changements climatiques lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques COP26. Bien sûr, il est difficile d’être optimiste alors que les progrès ont été si lents au cours de la dernière décennie. Il suffit de se remémorer les précédentes conférences des Nations Unies sur le climat, qui ont souvent suscité un élan positif apparemment fort, mais qui n’ont débouché que sur peu de changements. Espérons que le message clair du GIEC, selon lequel il n’y a pas de temps à perdre, trouvera un écho et conduira à une action décisive, bénéfique pour tous ceux qui habitent cette planète.

 

 

https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/

https://www.theguardian.com/science/2021/aug/09/humans-have-caused-unprecedented-and-irreversible-change-to-climate-scientists-warn

https://www.cbc.ca/news/science/ipcc-report-canada-1.6134879

https://www.theatlantic.com/science/archive/2021/08/latest-ipcc-report-catastrophe/619698/

https://www.forbes.com/sites/feliciajackson/2021/08/09/its-time-for-a-new-approach-as-ipcc-report-doubles-down-on-need-for-rapid-climate-action/?sh=53a84ad24ce4

https://www.worldbenchmarkingalliance.org/news/wba-launches-oil-and-gas-benchmark/