Certainement incertain

Certainement incertain

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Le troisième trimestre a principalement été marqué par un semblant de retour à une vie « normale » et, par conséquent, par une amélioration de l’activité économique dans la plupart des grandes économies. Le dernier indice composé des directeurs d’achat (Composite PMI) était supérieur à 50, indiquant ainsi une croissance, notamment aux États-Unis, en Chine, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Inde et en Russie. La France et le Japon sont les deux seules grandes économies qui demeurent en contraction. Aux États-Unis, où la consommation est la clé de la croissance économique, la création d’emplois, la confiance des consommateurs et les ventes au détail étaient toutes à la hausse. Pendant ce temps, au Canada, les indicateurs liés à la fabrication et à la consommation affichaient également des signes d’amélioration.

Ainsi, malgré le recul de septembre, quelque peu prévisible après un rebond aussi fort par rapport aux creux de mars, les marchés boursiers ont de nouveau dégagé de solides rendements ce trimestre, l’indice MSCI World gagnant 7,93 %. Le trimestre s’est avéré intéressant dans la mesure où on a pu observer deux tendances distinctes. D’une part, les gagnants perçus à long terme dans la nouvelle normalité mondiale ont continué de s’en tirer haut la main. Ainsi, bien que les actions des FANMAG (Facebook, Amazon, Netflix, Microsoft, Apple, Google) soient les principaux coupables du recul de septembre, elles ont clairement dépassé d’environ 5 % le rendement des 494 autres actions cotées au S&P au cours du trimestre. À l’échelle mondiale, il est ressorti d’une analyse de l’indice MSCI World (tableau 1) que les secteurs des technologies et des services de communication ont de nouveau affiché un rendement supérieur à celui du marché. D’autre part, on a assisté à plus d’intérêt pour le thème de la reprise, car les secteurs économiques sensibles tels que ceux des matériaux, de l’industrie et des produits de consommation discrétionnaire, ont également enregistré un rendement supérieur. Abstraction faite des retardataires habituels cette année (l’énergie, les services financiers), les secteurs plus défensifs, dont les biens de consommation de base, la santé et les services publics, ont affiché un rendement inférieur.

Tableau 1

La dispersion de la composition et des rendements sectoriels a eu un impact significatif sur la répartition des rendements entre les régions, en particulier lorsque l’on compare les États-Unis à l’Europe (tableau 2). À titre d’exemple, le secteur technologique au rendement solide ne représente que 5 % de l’indice MSCI Europe, mais 27 % de la composition du S&P 500 américain. À l’inverse, le secteur à faible rendement des services financiers représente 21 % de l’indice européen, mais uniquement 10 % de l’indice américain. Ces divergences expliquent en partie l’écart entre les rendements ce trimestre, et depuis le début de l’année, du S&P 500 et de l’indice MSCI Europe. En outre, les enjeux attribuables aux nouveaux cas d’infection confirmés ont suivi des tendances distinctes aux États-Unis et en Europe au cours du trimestre, ce qui a également eu une incidence sur le climat économique et les rendements du marché.

 

 

Tableau 2

Taux de rendement (%)

au 30 septembre 2020

T3 AAJ Devise
S&P 500 8,93 % 5,57 % USD
MSCI Europe 0,10 % -12.75 % EUR
S&P/TSX 4,73 % -3,09 % CAD
MSCI EM 9,56 % -1,16 % USD
MSCI World 7,93 % 1,70 % USD

 

L’activité sur le marché obligataire a été relativement plus modérée ce trimestre, les taux de rendement sur les obligations gouvernementales à 10 ans aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne n’ayant guère changé. Cela dit, les obligations européennes ont bénéficié de l’accord des dirigeants européens sur un fonds de relance de 750 milliards d’euros pour relancer les économies de l’UE ravagées par la pandémie, en plus d’un nouveau budget de près de 1,1 billion d’euros pour les sept prochaines années. Ces mesures ont été bien accueillies et perçues comme un signe de force renouvelée pour l’Union européenne. Ainsi, les taux de rendement des obligations italiennes et espagnoles ont nettement baissé, aidant ainsi l’indice obligataire européen à obtenir un rendement supérieur à celui de l’indice américain (tableau 3). De plus, cet accord a donné un véritable électrochoc à l’euro, l’aidant à se raffermir de façon marquée par rapport à l’USD en particulier (tableau 4). Aux États-Unis, la Réserve fédérale a annoncé un changement à son régime d’objectifs d’inflation, déclarant qu’elle aurait désormais un taux d’inflation moyen cible de 2 %, et ce, tout en prévoyant des périodes de dépassement. Elle a également déclaré qu’elle maintiendrait son taux directeur à un niveau proche de zéro jusqu’en 2024 au moins. Dans une conjoncture avec plus d’appétit pour le risque, les obligations à haut rendement et les obligations de sociétés se sont mieux portées que les obligations gouvernementales plus défensives.

 

Tableau 3

Taux de rendement (%) 

au 30 septembre 2020

T3 AAJ Devise
Barclays Global Agg 2,66 % 5,72 % USD
Barclays US Agg 0,62 % 6,79 % USD
Barclays Euro Agg 1,50 % 2,76 % EUR
Barclays Global Treasury 2,80 % 6,11 % USD
Barclays Global Corporate 3,10 % 5,85 % USD
Barclays Global High Yield 4,28 % -0,58 % USD

 

 

Tableau 4

Taux de rendement (%)

au 30 septembre 2020

Taux de change T3 AAJ
EUR/USD 1,1726 6,3 % 4,5 %
EUR/CHF 1,0774 1,2 % – 0,9 %
EUR/GBP 0,9071 -0,2 % 7,0 %
GBP/USD 1,2928 4,6 % -2,4 %
USD/CHF 0,9178 -3,0 % -5,1 %
USD/CAD 1,3358 -1,9 % 3,0 %
USD/JPY 105,53 -2,2 % -2,9 %

 

La prudence est cependant toujours de mise. Les marchés n’aiment pas l’incertitude, et il y a certes encore beaucoup à craindre. Pour commencer, la deuxième vague du virus semble prendre de l’ampleur, de nombreux pays connaissant une résurgence du nombre de cas de COVID. À ce titre, les gouvernements commencent à rétablir divers niveaux de restrictions et de confinement. Quel sera l’impact de ces mesures sur une économie mondiale qui peine déjà à se remettre de la première vague? Aux États-Unis par exemple, la création d’emplois a été positive ce trimestre, avec environ 3,8 millions d’emplois créés. En revanche, on compte toujours 10,8 millions d’emplois de moins qu’en février. Qu’en est-il du soutien continu du gouvernement, comme le programme de secours de 2,2 billions de dollars américains aux États-Unis, qui est actuellement dans les limbes politiques? Quand pouvons-nous nous attendre à un vaccin? Pour faire bonne mesure, ajoutons simplement à l’équation l’élection présidentielle américaine, le Brexit et la dispute omniprésente entre les États-Unis et la Chine.

En ces temps d’incertitude, alors que les obligations gouvernementales procurent un très faible rendement, les obligations de sociétés et les actions sont au mieux pleinement valorisées et au risque d’une nouvelle secousse d’incertitude, nous sommes très à l’aise avec les portefeuilles diversifiés que nous avons constitués pour nos clients. Ces portefeuilles comprennent une portion importante de placements non traditionnels, qui ne sont pas corrélés aux caprices des marchés publics.