Pandémie et dons majeurs – une équation avec beaucoup d’inconnues

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Pandémie et dons majeurs – une équation avec beaucoup d’inconnues

Alain E. Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Si la gestion de la crise de la COVID-19 a d’innombrables conséquences sur nos vies, notre économie et nos relations humaines, elle en a plus encore sur les fondations et autres organismes à but non lucratif, obligés de se réinventer et de limiter leurs interventions.

En effet, le Guide des tendances en collecte de fonds 2021 d’Imagine Canada[1] relate que les organismes canadiens ont annoncé une baisse de revenus de 30,6 % depuis le début de la pandémie. 69 % d’entre eux ont vu leurs recettes diminuer et 30 % ont dû licencier du personnel (contre 23 % pendant la crise financière de 2008-2009). Les pertes financières du secteur caritatif pourraient s’élever à 6,3 milliards de dollars.

Qui plus est, dans le contexte de la pandémie, beaucoup d’organismes enregistrent une hausse de la demande pour leurs services parallèlement à une diminution drastique de leurs ressources.

Malgré tout, les fondations ont joué un rôle essentiel en 2020 comme en témoigne Celeste Bannon Waterman, associée chez KCI, chef de file des experts-conseils du secteur sans but lucratif au Canada, dans son récent article Les dons majeurs au Canada durant la pandémie de la COVID-19 – les premiers six mois[2]. En effet, les fondations se sont vraiment démarquées en valeur puisque 25 % des dons de 500 000 $ et plus ont été des dons d’entreprises et 58 % des dons de fondations (comparativement à 17 % et 19 % respectivement en 2018 et 2019 pour des dons au même niveau).

Alors que les fondations et les entreprises ont agi rapidement pour offrir leur soutien aux organismes de bienfaisance et aux gens qu’ils soutiennent, force est de constater qu’il y a eu beaucoup moins d’annonces de dons majeurs provenant d’individus. Or, les dons d’individus représentent habituellement la majorité des dons majeurs.

Comme le mentionne Mme Watermann, pour les individus, nul doute que prudence et incertitude ont été des thèmes clés durant cette période, surtout si l’on tient compte de la tourmente économique que nous avons connue, en particulier au niveau du marché boursier. Les dons majeurs de ce niveau proviennent typiquement des actifs et des investissements d’un individu. Plus récemment, nous avons pu constater que le marché boursier s’est stabilisé et a même connu une certaine croissance. En supposant que cette tendance se maintienne, les Canadiens les plus nantis pourraient être dans une position financière suffisamment stable pour leur permettre de faire avancer leurs intérêts philanthropiques à l’avenir.

Il est intéressant de constater que les dons reçus au cours des six premiers mois de la pandémie ont été principalement orientés vers des causes communautaires (43 %) ou des organismes de bienfaisance en santé (34 %). Habituellement, ces mêmes organismes en santé reçoivent environ le tiers des dons de 500 000 $ et plus. La différence essentielle dans ce cas-ci est qu’un nombre beaucoup plus élevé de dons ont été distribués à des organismes de service communautaire par comparaison avec ce que nous constatons habituellement, alors que d’autres secteurs, en particulier ceux de l’éducation et des arts et de la culture, ont été quelque peu relégués à l’arrière-plan durant cette période.

 

Que nous réserve l’avenir?

 Comme le disait Mme Chantal Thomas dans son article Aider le client donateur – un rôle social[3], « …on donne comme on est et il y a souvent une histoire derrière le geste de donner. Une histoire que l’on raconte parfois, mais dont l’essence est le plus souvent profonde, personnelle et privée. Plus le geste est important, plus ce qui le motive risque d’être complexe… ».

En effet, si les donateurs « baby-boomer », nés entre 1944 et 1965, donnent essentiellement à des organismes œuvrant dans le domaine de la santé, des services sociaux et des causes religieuses, les donateurs « millénariaux », nés entre 1980 et 1994, sont qu’en à eux partisans des droits civiques, des soins de santé et de l’éducation. On le voit, les champs d’activités des organismes bénéficiaires de dons changent au gré des préoccupations du moment et des centres d’intérêts des générations… Bientôt, les donateurs de la génération Z, nés entre 1995 et 2015, nous montrerons la voie pour sauvegarder l’environnement, lutter pour les droits de la personne et l’équité.

En attendant, la philanthropie est une béquille essentielle de notre société, un bon samaritain au fait des besoins des individus et plongé au cœur du marasme économique et psychologique. Alors, donnons généreusement!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Guide des tendances en collecte de fonds 2021 (FR)_ImagineCanadaKeela_0.pdf

[2] Les dons majeurs au Canada durant la pandémie de la COVID-19 – les premiers six mois / KCI Ketchum Canada Forward Thinking (kciphilanthropy.com)

[3] Aider le client donateur – un rôle social | Blue Bridge

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