L’or n’est peut-être plus jaune …

l'or numérique

L’or n’est peut-être plus jaune …

Alain E. Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Le bitcoin a vu son prix dépasser les 40,000 USD pour la première fois de son histoire, avant de subir un recul d’une grande amplitude, soulignant ainsi son caractère toujours hautement volatil et spéculatif.

Sa récente envolée a débuté fin octobre, avec le lancement d’un service d’achat, de vente et de paiement en cryptomonnaie par le géant des paiements en ligne PayPal. Sans pouvoir parler d’un changement de paradigme, il convient de constater l’accélération d’une tendance lourde.

Les analystes de la banque américaine JPMorgan Chase, très critiques jusque-là, ont récemment estimé que « l’utilisation du bitcoin par des investisseurs traditionnels ne fait que commencer ». Ils comparent même la monnaie numérique et décentralisée à l’or.

 

Or numérique vs or physique

Même si certains médias représentent le bitcoin sous la forme d’une pièce de monnaie dorée frappée d’un « B », le bitcoin, et les autres crypto-monnaies, sont par définition virtuelles, des lignes de codes informatiques.

En 2009, ses créateurs ont décidé que cette monnaie virtuelle ne disposerait que de 21 millions d’unités maximum (bitcoins). Il n’y en aura pas plus. Ce qui fait dire à ses défenseurs qu’avec le temps, si l’usage est avéré, on se battra pour obtenir quelques unités ou fractions d’unités et que par conséquent le prix s’envolera. En revanche, cela en fait en même temps une monnaie déflationniste, c’est-à-dire une monnaie qui circulera de moins en moins car ses possesseurs voudront la conserver[1]. Selon une partie des experts[2], le bitcoin serait une valeur refuge bien plus qu’un moyen de paiement, même si, contrairement à l’or, le bitcoin peut en effet être utilisé dans ces deux buts.

Pour l’or, tout comme pour toutes les matières premières, on estime que les stocks planétaires sont limités. Après l’épuisement des mines, il restera le recyclage. Mais on sait également que si le cours de l’or monte, on mettra en place de nouvelles techniques d’extraction plus coûteuses. On pourra alors aller chercher ce métal précieux au fond des océans ou même sur les astéroïdes : en témoigne la création en 2018 de la Luxembourg Space Agency (LSA) qui vise à développer des activités économiques autour de l’espace, et plus particulièrement l’exploitation de minerais célestes…

L’avantage de l’or réside dans son usage en orfèvrerie, mais surtout dans des applications industrielles en odontologie et en électronique, en raison de sa très bonne tenue face à la corrosion et de son excellente conductivité électrique. Cependant, à l’instar du bitcoin, sa principale utilisation demeure la thésaurisation, c’est-à-dire la volonté de garder son argent en dehors du circuit économique traditionnel.

Si dans leur Livre Blanc, leur document fondateur, les créateurs du bitcoin avaient des objectifs d’évitement des dérives financières, à l’évidence ce sont principalement des spéculateurs qui détiennent aujourd’hui les unités, provoquant ainsi des fluctuations importantes sur le marché.

A l’opposé, quand tout va mal, l’or joue encore et toujours son rôle de valeur refuge, démontrant ainsi son indépendance et sa résistance à la démonétisation. Il représente toujours une épargne de précaution.

Toutefois, si la monnaie numérique est pour l’heure essentiellement utilisée pour acheter ou payer des services numériques, le bitcoin pourrait constituer une forme de valeur refuge dans un contexte où la confiance en la monnaie fiduciaire est mise à mal[3]. Comme le métal jaune, le bitcoin profite donc de la politique très accommodante des grandes banques centrales qui multiplient les efforts pour contrer les effets dévastateurs des mesures prises pour lutter contre la pandémie de la COVID-19, au risque de faire baisser l’attractivité de leurs monnaies.

A noter que les détenteurs actuels d’unités bitcoin ont généralement moins de 35 ans et que ces milléniaux seront nos leaders politiques et économiques de demain, donnant définitivement leur place aux cryptomonnaies…

A bon entendeur…

 

[1] Jean-François Faure, « Oret bitcoin : que la confrontation commence! », lerevenu.com, 2 décembre 2018

[2]Max Yakubowski. « Is Bitcoin a Store of Value? Experts on BTC as Digital Gold », sur Cointelegraph, 29 juillet 2019

[3] « Le bitcoin pourrait faire concurrence à l’or estiment des analystes », rtbf.be, 8 novembre 2020