Investissements fossiles par ici la sortie?

Énerfie fossile

Investissements fossiles par ici la sortie?

Alain E. Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Depuis plusieurs années, la société Blue Bridge est « carboneutre » et a été certifiée « écoresponsable » par le Conseil des Industries Durables en 2018. En tant qu’écoleader du domaine financier au Québec, nous nous devons de nous interroger et de sensibiliser nos clients sur l’impact des investissements que nous proposons.

L’opinion publique considère en général que les investissements dans les activités favorables à l’environnement sont moins rentables que ceux dans les énergies polluantes, produites en utilisant du charbon ou du pétrole. En réalité, comme plusieurs études scientifiques l’ont montré récemment, les investissements dans les activités économiques favorables à l’environnement ont des rendements moyens équivalents à ceux des entreprises liées aux énergies non-renouvelables. D’ailleurs, à l’instar de la Banque centrale européenne (BCE), un nombre croissant de banques centrales sont en train d’implanter des programmes d’investissements favorables à l’environnement.

Les institutions financières, à commencer par les fonds de pension et les Family Offices, devraient évaluer les risques climatiques et réorienter par conséquent leurs propres choix d’investissements, étant entendu que les changements climatiques pourraient avoir des effets sur la rentabilité des entreprises ainsi que sur le prix de leurs titres en bourse.

La finance durable n’est plus synonyme d’utopie, mais les risques climatiques ne sont encore que très peu traduits en termes de risques économiques et financiers…

Ces dernières années ont vu une croissance rapide de la finance responsable avec notamment la création d’indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), mis en place par l’ONU. Une forme plus audacieuse d’investissement durable consiste à trouver des entreprises qui se bâtissent un avantage compétitif en intégrant un objectif spécifique de durabilité au cœur du processus d’investissement. À la différence de l’investissement socialement responsable, et de l’investissement ESG qui consistent principalement à exclure les placements indésirables, l’Impact Investing a pour but de produire activement un résultat positif mesurable.

La finance durable semble avoir désormais la cote et n’est plus synonyme d’utopie.

Malgré tout, les derniers chiffres sur le sujet portent à croire que cette tendance n’a pas été assimilée par les joueurs clefs de la finance mondiale. En effet, l’étude Banking on climate chaos 2021 fait le constat qu’au cours des cinq années qui ont suivi l’accord de Paris (2015), les 60 plus grandes banques du monde ont financé les combustibles fossiles à hauteur de 3 800 milliards de dollars. Le financement effréné de l’extraction et des infrastructures de combustibles fossiles alimente le chaos climatique et menace la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes. Ceci va nécessairement à l’encontre d’une limitation du réchauffement au-dessous de 1.5 °C, tel que les grandes puissances mondiales se sont engagées à respecter lors des Accords de Paris.

Plusieurs motifs sont à l’origine de ce constat, mais à l’évidence, les risques climatiques ne sont encore que très peu traduits en termes de risques économiques et financiers. Dès lors, on peut se demander quelles sont les perspectives d’action nécessaires pour engendrer une réelle transformation de la classe financière. Il est plus que jamais nécessaire que les femmes et hommes politiques prennent en charge ces questions et mettent les acteurs financiers, tels que les banques, les Family Offices et les caisses de pension, devant l’obligation de divulguer les risques climatiques liés à leurs investissements. Cette pratique, appelée “climate financial related disclosure” en anglais, a notamment été adoptée par le Gouvernement britannique qui a créé une commission à ce propos. Il ne nous reste qu’à rejoindre le mouvement pour participer à la transformation positive, plus urgente que jamais, de notre économie.

 

A bon entendeur,

 

Références :

 

Banking on climate chaos 2021 : https://www.ran.org/bankingonclimatechaos2021/

Les investissements “verts” font du bien à la finance de marché, Le Temps, 18 mars 2019, Sergia Rossi

Face aux évolutions internationales, la Suisse doit élaborer un plan d’action pour la finance durable, Le Temps, 19 mars 2019, Adèle Thorens Goumaz

Finance verte : entre mythe et réalité, Le Temps, 21 mars 2019, Emilie Tricarico