Transition énergétique, risques et opportunités

Transition énergétique, risques et opportunités

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

La transition énergétique, qui consiste à passer progressivement de l’usage de ressources fossiles non renouvelables à l’utilisation de technologies vertes, est en marche.

La consommation des trois principales sources d’énergie utilisées dans le monde (charbon, pétrole, gaz) est amenée à se stabiliser ou à décroitre. Les industries vont devenir de moins en moins dépendantes aux carburants fossiles et de plus en plus aux nouvelles technologies dites « vertes ».

Arrêter à plus ou moyen terme l’exploitation des énergies fossiles est certes louable, mais à quoi cela laisse-t-il la place?

Il faut savoir que ces technologies « vertes » sont principalement développées à partir des fabuleuses propriétés magnétiques et chimiques des métaux rares, tels que le vanadium, le tungstène, le germanium ou le cobalt. Leur rareté dans la croute terrestre nécessite, par exemple, de raffiner chimiquement plus de mille deux cents tonnes de roches pour produire un kilo de lutécium. La purification de chaque tonne de terres rares requiert l’utilisation d’au moins 200 mètres cubes d’eau qui, au passage, va se charger d’acides et de métaux lourds.

L’extraction des métaux rares est donc extrêmement polluante et la pollution qu’elle occasionne n’est pas exclusive à la Chine d’où provient aujourd’hui la majorité de ces métaux. Elle concerne tous les pays producteurs, à l’image de la République démocratique du Congo qui comble plus de la moitié des besoins de la planète en cobalt. L’extraction de cette ressource, indispensable à la fabrication de nombreux types de batteries utilisées dans les véhicules électriques, s’opère dans des conditions moyenâgeuses et extrêmement polluantes.

Les technologies « vertes » nécessitent en réalité autant de matières premières que les technologies plus anciennes.

À l’intérieur de nos voitures électriques, mais aussi des batteries rechargeables, des éoliennes, des panneaux photovoltaïques et de toutes les nouvelles technologies (smartphones, ordinateurs, téléviseurs, etc.), se cachent en effet des métaux rares : une éolienne offshore de 7MW, par exemple, contient plus d’une tonne de terres rares.

M. Carlos Tavares, lui-même, patron du groupe automobile PSA (Peugeot, Citroën, etc.), s’est exprimé sur les effets néfastes de l’électromobilité sur l’environnement. En effet, une voiture électrique génèrerait, durant l’ensemble de son cycle de vie, ¾ des émissions carbones d’une voiture fonctionnant à l’essence. Elle pourrait même émettre davantage de CO2, si l’électricité qu’elle consomme provient majoritairement de centrales à charbon. Ces observations sont contre-intuitives, mais elles ont de nouveau été confirmées par une étude menée conjointement par l’Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME), la Fondation pour la Nature et l’Homme et l’European Climate Foundation.

De plus, ces métaux rares se sont révélés indispensables aux nouvelles technologies de l’information. Or le digital nécessite l’exploitation de quantités considérables de métaux rares et utilise une énorme quantité d’électricité : un courriel avec pièce jointe utilise la même quantité d’électricité qu’une ampoule pendant une heure ! Or, chaque heure, ce sont 10 milliards de courriels qui sont envoyés à travers le monde, l’équivalent de la production électrique de 15 centrales nucléaires pendant une heure. De manière plus générale, si le cloud était un pays, il se classerait au 5e rang mondial en termes de demande en électricité…

À l’instar de M. Bertrand Piccard, inventeur de l’avion Solar Impulse, devons-nous simplement conclure à «la ­nécessité d’encadrer l’exploitation minière » ?  En effet, selon ce dernier : « On ne peut pas faire n’importe quoi. Mais cela ne doit pas invalider la nécessité de poursuivre la transition énergétique. La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère ». En effet, il est possible de concilier profit et écologie. C’est même la seule manière, selon lui, de faire avancer la cause du développement durable. Sa fondation se fixe pour objectif de labelliser 1000 innovations écologiques et rentables !

Autre axe de développement et d’investissement, l’économie circulaire, le recyclage, et en particulier celui des métaux rares à grande échelle. Actuellement, le taux de recyclage des terres rares ne dépasse pas 2%, contre plus de 50% pour des matériaux plus courants comme le cuivre. Mais aux prix actuels des terres rares, le recyclage n’est pas encore rentable. Des entreprises se sont néanmoins lancées dans l’aventure. Au Japon, les constructeurs automobiles Toyota et Honda ont mis en place des systèmes de récupération des métaux rares contenus dans les batteries. De plus, de vastes campagnes de collecte sont organisées et soutenues par des stars locales. Cependant, la collecte ne suffit pas et Tokyo a également investi des centaines de millions de dollars dans des programmes scientifiques visant à remplacer les quantités de terres rares contenues dans les nouvelles technologies.

Force est de constater que la transition énergétique proposée aujourd’hui génère en réalité un impact écologique considérable ! Nous devons très rapidement en prendre conscience et adapter notre modèle. C’est là, en tant qu’investisseurs, que nous entrons en jeu, car nous avons un rôle important à jouer en soutenant des projets éthiques, minimisant les dégâts environnementaux et sociaux.