Le coup d’essai ?

Le coup d’essai ?

Alain Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Finalement, que les scientifiques aient bien analysé ou pas les risques réels du COVID-19, que les politiciens aient pris les bonnes ou les mauvaises décisions, que les banques centrales aient déversé suffisamment de milliards ou pas assez n’a plus réellement d’importance. Ce qui est fait est fait ! En revanche, il est essentiel de tirer les leçons de cette mésaventure, de relancer immédiatement l’économie et de se demander si nous sommes prêts pour la prochaine crise.

En effet, la pandémie COVID-19 a révélé plusieurs déficiences communes à la majorité des pays dans la gestion de la crise : système d’alerte déficient, hésitations scientifiques, amateurisme dans la prise de décision politique, manque de coordination des gouvernements, absence de vision globale, surmédiatisation anxiogène, fake news, etc.

Que faire pour transformer ce coup d’essai en coup de maître ? Constats et réflexions :

Investir aux bons endroits :

La recherche scientifique : La diffusion très rapide de la pandémie est allée de pair avec l’augmentation de publications scientifiques sur le Covid-19, des articles pas toujours très fiables[1].

En effet, le monde scientifique a manqué de moyens humains et financiers qui auraient pu lui permettre de construire une recherche fondamentale à long terme et utile dans cette crise. Ces problèmes nécessitent un réarmement des institutions scientifiques à longue échéance. Un tel chantier ne peut pas faire l’économie d’un investissement substantiel et structurel à travers le financement durable de postes permanents et d’équipes de recherche.

La Protection civile : Qui aurait dû aider et protéger la population dès les premiers jours de la pandémie ? Les policiers étaient trop occupés à verbaliser, les organismes communautaires étaient débordés et l’armée n’est intervenue que très tardivement. De plus, au Canada, le Premier Ministre Trudeau a confirmé que l’envoi de troupes militaires n’était pas une solution à long terme et que « nos militaires ne devraient pas prendre soin de nos aînés », étant sous-entendu qu’il ne s’agit pas de leur mission et qu’ils ne sont pas formés pour cela.

Une piste de solution se trouve en Suisse, qui a pu compter dès les premiers jours sur la Protection civile, une organisation fédérale créée en 1963 dont la mission est de protéger la population et ses bases d’existence en cas de catastrophe, de conflit armé et en situation d’urgence. Pour rendre cette organisation efficace, la loi prévoit que les hommes de nationalité suisse doivent servir dans la Protection civile pour autant qu’ils y soient aptes et qu’ils n’effectuent pas déjà le service militaire. Elle est formée aujourd’hui de 8000 personnes, entrainées et formées annuellement.

Dorénavant, une partie du budget militaire devrait être utilisé dans tous les pays du monde pour créer et former un corps de protection civile, incluant un service sanitaire disposant d’infrastructures et de personnel médical.

Les secteurs névralgiques de l’économie : En ordonnant la fermeture des entreprises et des magasins, les gouvernements ont sciemment provoqué une récession. Comme le dit l’économiste Pierre Fortin, Professeur émérite de sciences économiques à l’UQAM, il s’agit pour ainsi dire, d’une récession volontaire, donc relativement maîtrisée…[2]

Heureusement pour nos politiciens, les circonstances économiques sont parfaites pour s’endetter. En effet, le Canada détient l’une des cotes de crédit des plus élevées sur le plan financier au niveau international et bénéficie actuellement de taux d’intérêt très faibles sur les marchés d’emprunt… Cette situation favorable permet d’avoir accès à des fonds considérables, dont le remboursement, selon le Professeur Fortin, ne devrait pas constituer un fardeau pour l’économie canadienne à sa reprise.

Nos gouvernements devraient-ils cependant être tentés par une hausse des impôts ? Nos responsables politiques devraient se rappeler la mésaventure de la France en 2012, lorsque la hausse massive des impôts instituée par le gouvernement de François Hollande a tué dans l’œuf la reprise française…

Ce n’est donc pas la capacité des gouvernements à emprunter qui est en jeu, mais leur capacité à réinjecter cet argent aux bons endroits pour permettre une reprise économique rapide.

Si distribuer de l’argent directement aux citoyens n’aura vraisemblablement que peu d’effets, il faut se rendre compte que les plans de relance économique arrivent généralement trop tard et sont par conséquent souvent inutiles, ou agissent au mauvais endroit. Par exemple, si les entreprises exportatrices connaissent des difficultés, il ne sert à rien de construire plus d’infrastructures…

Alors, que faut-il faire? Il convient d’identifier rapidement les secteurs clefs de la relance économique régionale, nationale et surtout… internationale. N’en déplaise à certains, les marchés étrangers représentent la meilleure opportunité pour la plupart de nos entreprises. Même Donald Trump, qui encense le « made in America » et menace d’appliquer de nouvelles sanctions commerciales à la Chine, l’accusant d’être responsable de l’épidémie et de ses conséquences économiques, s’est engagé ces derniers jours à mettre en œuvre l’accord commercial signé en début d’année avec la République populaire de Chine[3], démontrant par là même qu’il compte sur ce marché pour écouler la production américaine et vice versa.

Acheter local, oui, mais échanger internationalement !

[1] https://www.courrierinternational.com/article/science-covid-19-risques-dinfoxication-avec-lavalanche-darticles-scientifiques

 

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1698484/pierre-fortin-aide-gouvernement-impots-inflation-reprise-economie

 

[3] https://www.letemps.ch/economie/chine-etatsunis-sengagent-mettre-oeuvre-accord-commercial