L’intelligence de demain ou l’Homo travaillus 2.0

L’intelligence de demain ou l’Homo travaillus 2.0

Alain Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Dans un récent article[1], je me demandais comment une intelligence artificielle médicale (Artificial Intelligence in Medicine – AIM) aurait géré la pandémie du coronavirus. Quel intérêt supérieur aurait guidé cette IA? La santé de quelques centaines de milliers d’individus ou le plein emploi pour des milliards ? La réponse à cette question me fait froid dans le dos, mais le développement de l’IA et sa présence dans notre quotidien a de quoi nous alarmer encore plus.

En effet, si la pandémie du COVID 19 nous a permis de tester le télétravail à grande échelle, c’est le remplacement des humains par l’IA qui bouleversera réellement le marché du travail et l’économie dans les prochaines décennies.

Mais l’IA, qu’est-ce que c’est ? Selon le Larousse, il s’agit d’un « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine » (Éditions Larousse, 2018).

La réalisation imminente de ce projet va pousser l’homo-travaillus à s’adapter, se réinventer continuellement. En effet, si mon père à travaillé 35 ans pour la même entreprise en effectuant le même travail et que les gens de ma génération connaitront trois ou quatre employeurs en effectuant plus ou moins le même genre de travail jusqu’à leur retraite, il n’en sera pas de même pour mes enfants et leurs congénères qui connaitront de nombreuxemployeurs et devront apprendre de nouveaux métiers tout au long de leur vie…

Vous pensez que l’IA va simplement remplacer le chauffeur de taxi, le conducteur de bus, le soudeur, l’éboueur, etc ? Et bien, détrompez-vous, l’IA va mettre les cols blancs au chômage ! Toutes les personnes qui font d’une manière ou d’une autre de l’analyse de données sont menacées à très court terme. Votre fille veut devenir juge ? Découragez-la. Votre fils rêve d’être médecin ? Convainquez-le de n’en rien faire. Et surtout qu’il ne se rabatte pas sur le métier de journaliste, notaire, avocat, traducteur ou secrétaire.[2]

Cette « disruption technologique » décrite par l’historien Yuval Noah Harari dans son livre « 21 leçons pour le XXIe siècle »[3] remet en cause les fondements mêmes de l’humanité et de l’économie mondiale.

L’IA a déjà envahi notre quotidien. Chacune de nos recherches sur Internet, chacun de nos messages envoyés sur la toile, chacune des photos exhibées sur nos réseaux sociaux lui permettent de « comprendre » et d’imiter de mieux en mieux les humains.

Pour l’historien, l’IA sera bientôt plus intelligente que n’importe quel Homo Sapiens et sa connaissance des mécanismes neuronaux lui permettra de comprendre et de « hacker » les choix personnels.

C’est inéluctable ! On peut y résister par principe, mais il vaudrait mieux s’adapter. Comment ? Même si l’on ne peut prévoir ce en quoi ils changeront, il vaudrait mieux ne pas préparer nos adolescents aux métiers et emplois d’aujourd’hui[4]. Le meilleur choix à faire serait d’apprendre aux enfants à s’adapter.

Aujourd’hui, on continue à enseigner comme si dans trente ans les emplois seront les mêmes qu’aujourd’hui, alors qu’ils auront profondément changé. L’informatique et la programmation ne sont pas considérées comme des matières essentielles dans le cursus de nos enfants. L’histoire et la géographie priment encore sur la programmation informatique et le développement de logiciels, alors qu’il faudrait développer ce genre de compétences chez nos descendants afin de leur donner une chance de pouvoir se réinventer au cours de leur vie professionnelle.

Si l’IA va dramatiquement changer le monde du travail et sacrifier les individus les moins bien adaptés, elle pourrait en revanche ajouter 13’000 milliards de dollars au PIB mondial d’ici à 2030, selon une étude publiée par McKinsey[5].

En effet, le cabinet de conseil américain a évalué les conséquences de l’IA, que ce soit l’apprentissage automatique, la reconnaissance d’image, le traitement du langage naturel, les assistants virtuels, la robotisation et l’automatisation des chaînes des tâches, et il ressort que ces technologies pourraient augmenter de 1,2 % par an la valeur économique créée par tous les pays du monde.

On le pressent, le risque principal lié à la progression de l’IA consiste à voir nos décideurs ne retenir que les bons cotés économiques de cette inéluctable révolution et de négliger la mise à niveau des humains.

L’Homo travaillus 2.0 doit naître maintenant pour pouvoir survivre.

A bon entendeur…

 

 

[1] « Nous ne sommes pas seuls au monde », https://bluebridge.ca/nous-ne-sommes-pas-seuls-au-monde/, Alan Roch, 220

[2] Quelle est la prochaine vraie technologie disruptive ? Jean-Pierre Leac https://www.lescahiersdelinnovation.com/quelle-est-la-prochaine-vraie-technologie-disruptive/

[3] « 21 leçons pour le XXIe siècle », Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2018

[4] « Osons l’AI à l’école », Ugo Cavenaghi et Isabelle Senécal, Édition Château d’Encre, 2019

[5] « Notes from the frontier : modeling the impact of AI on the world economy »; McKinsey&Company, 2019