World Economic Forum (WEF) l’écho consensuel!

World Economic Forum (WEF) l’écho consensuel!

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

L’édition 2018 du sommet annuel du World Economic Forum (WEF) vient de s’achever. Certains d’entre vous ont suivi l’équipe Blue Bridge présente en Suisse durant cette période et ont pu lire des résumés quotidiens sur ma page LinkedIn.

Alors que retenir de ce sommet de Davos ?

Quatre jours de sessions à foison, des leaders économiques et politiques en vedettes, des analyses poussées de problématiques cruciales pour le développement de la planète… Une édition riche en débats et échanges, avec la montée en puissance de nouveaux paradigmes : place des femmes dans l’économie et sur la place publique, incertitudes sur le dollar, duel entre multilatéralisme et protectionnisme…

Mais que peut-on vraiment retenir de ce forum ? Est-il encore d’une réelle utilité ? Débouche-t-il sur les décisions concrètes qui changeront notre monde ?

Les organisateurs font tout pour casser l’image du « club de défense du néolibéralisme » qui colle à leur manifestation depuis la fin des années 1990. Mais pas facile d’y échapper quand on est financé par les plus grands groupes mondiaux, de Citigroup à Siemens, en passant par Microsoft, Nestlé, ou BP… Il leur faut donc multiplier les démonstrations de transparence, être ouverts et même parfois critique.

Le premier rôle de Davos est le réseautage. Jacques Attali résume bien ce fait en précisant : « Il ne faut y voir rien de plus qu’une machine à café mondiale où des gens se rencontrent, bavardent, se serrent la main, échangent des tuyaux et s’en vont. »

À écouter certains participants, on y brasse, dans les salons des hôtels, des affaires à pleins bras. La station de Davos a servi de point de départ à de nombreux deals, même si ce n’est quasiment jamais là qu’ils sont conclus formellement.

Le second rôle, plus important peut-être, est de produire un langage commun. Lorsqu’ils quittent la station suisse, les divers participants, leaders ou influenceurs, repartent chez eux avec des éléments de langage, un jargon commun qui se diffuse aux quatre coins du monde. Comme le précise Pascal Riché dans son article de l’OBS du 25 janvier 2018 intitulé « Davos, une machine à produire le langage des élites globales », la technologie doit être « smart », le marché du travail « flexible », la finance « stable » et l’avenir « challenging »…

Davos a promu par exemple dans les années 1990 la « croissance durable » (sustainable growth), une formule qui souligne l’importance de la question environnementale, mais qui a l’avantage de ne pas remettre en cause le système capitaliste, puisqu’il s’agit de le solidifier.

Plus récemment, il a été question de « remodeler le monde » (2014), de « créer un futur partagé dans un monde fracturé » (2018) en s’appuyant sur « un leadership réactif et responsable » (2017) capable de « maîtriser la quatrième révolution industrielle » (2016) dans « le nouveau contexte global » (2015)…

Les ateliers permettent d’analyser les problèmes, d’évaluer les rapports de force, et de s’entendre sur un discours approprié pour les affronter.

Ceci étant dit, est-ce que Davos a si peu d’impact ? Parce que c’est l’un des rares endroits au monde où se mélangent les continents, les générations, le public, le privé, son rôle est précieux et sa mission est noble : « améliorer l’état du monde ». C’est en tout cas la promesse revendiquée par la fondation privée à but non lucratif qui chapeaute le WEF de Davos. Le Forum de janvier n’est en réalité que la figure de proue du navire, mais d’une stature tellement imposante qu’elle masque le reste, à commencer par le « Davos de l’été » en Chine, une demi-douzaine de forums régionaux et autres happenings à Durban ou à New York.

Dès le départ, son fondateur Klaus Schwab a eu l’idée d’orchestrer une sorte de gouvernance mondiale parallèle en rassemblant autour de la table des personnes qui se méfiaient les unes des autres. Par opposition aux très bureaucratiques réunions de l’ONU ou de la Banque mondiale, dominées par le politique, le WEF est parvenu, aux dires des participants, à créer un cadre d’échanges neutre, moins formel, où gouvernements, multinationales, ONG, Interpol ou l’Organisation mondiale du commerce palabrent sur un pied d’égalité.

On réfléchit ensemble sur l’utilité sociale de l’entreprise ou les enjeux de la cybersécurité. Il y a là une intelligence collective très puissante, qui fait bouger les lignes. Ainsi, même si le discours final peut sembler très consensuel et aseptisé, je suis convaincu que certaines causes, comme les enjeux climatiques par exemple, ont beaucoup progressé grâce à Davos.