Vieillissement et rendement boursiers Y-a-t-il des impacts?

Vieillissement et rendement boursiers Y-a-t-il des impacts?

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Anthony Ménard

Analyste Stagiaire- Investissement

anthony.menard@bluebridge.ca

L’Institut québécois de planification financière (IQPF) projetait en 2014 une diminution de la rentabilité des placements en bourse. Sur quels critères se fondent-ils ? Est-ce que cela se réalisera ?

En effet, l’IQPF a déclaré que, selon ses projections, le rendement d’un placement en bourse atteindrait un niveau de 6,5 % annuellement pour un portefeuille d’actions à long terme, au lieu de plus ou moins 10 % précédemment utilisés par les professionnels.[1] On a vu alors les projections de rendement fondre comme neige au soleil.

Pourquoi une telle correction ?

1- Le facteur démographique :

Le lendemain de la deuxième guerre mondiale est marqué par une période faste pour les naissances, connue sous le nom de Baby-Boom. Alors que la population totale augmentait de 11% entre 1931-1941 au Canada, elle a cru de 30 % entre 1951 et 1961.[2]

Quel est le principal impact de ces nombres sur notre économie aujourd’hui ? Un écart entre le nombre de personnes sur le marché du travail et ceux à la retraite.

Tout d’abord, rappelons quelques notions de base : la population active divisée par la population totale est définie comme étant le taux d’activité (exprimé en pourcentage). Dans ce cas-ci, il est très élevé au milieu des années 60.[3] En 2018, une majeure partie de ces personnes sont soit à la retraite soit en phase de l’être, entraînant, par le fait même, une diminution du nombre de travailleurs actifs dans les prochaines années. Ainsi, on estime que ce ratio va s’effondrer (et c’est déjà commencé) dans plusieurs pays développés. Cet environnement de faible rendement boursier rajoute un poids sur les investisseurs qui ont déjà des maux de tête avec des taux d’intérêt historiquement faibles pour faire fructifier leurs avoirs.

Ainsi, il est à prévoir un ralentissement de la croissance de notre niveau de vie qui s’ajustera à l’environnement économique. Pour faire une analogie entre l’économie et un ménage, ce sera un peu comme si, ce dernier vivait tout à coup sur un seul salaire et non plus sur deux pour faire vivre sa famille.

2- Une économie qui traîne la patte :

Aux États-Unis, l’économie a progressé en moyenne de 3,5 % sur la période 1965-2000 pour ralentir ensuite à un rythme de 1,8 % de 2001 à 2016.[4] De 1965 à 2000, on observait une croissance supérieure à 3 %, 3 années sur 4. Suite à 2005, ce niveau de croissance n’a plus jamais été atteint.

Le marché boursier est fortement corrélé à la croissance de l’économie. Une économie plus faible donne des rendements boursiers plus faibles, comme on a pu le voir dans les projections précédentes, mais est-ce que les hypothèses se révèleront exactes ?

3- La productivité : le débat de deux écoles de pensées.

La productivité est le facteur considéré comme le plus important dans une économie. Ironiquement, c’est aussi le plus difficile à calculer. Si le calcul de la productivité se base principalement sur le PIB, on doit être assez confiant envers celui-ci. Pourtant, la fiabilité du calcul du PIB est fréquemment remise en question.

Une autre analogie : Il est très utile d’avoir un dictionnaire en ligne et ceci aide un grand nombre de gens. Pourtant, un dictionnaire en ligne ne produit que très peu de PIB. Cela mobilise très peu de ressources : la maintenance d’un site internet et sa mise à jour de temps en temps et c’est tout ! Ce dictionnaire numérique est accessible et utilisé par des millions voire des milliards de personnes, qui alors n’achèteront pas de dictionnaire physique. Le gain est énorme pour les usagers, mais le résultat est dramatique pour le PIB…

Là où le débat s’active entre les deux écoles de pensées, soit :

Une des écoles de pensée prône l’idée qu’à PIB égal, une économie numérique voit son activité économique sous-estimée. La productivité serait affaiblie par un PIB qui traque moins bien les données économiques. En d’autres termes, les gains technologiques permettraient d’égaler la croissance du passé grâce à l’intégration de grappes d’innovation. Des innovations qui en génèrent de nouvelles, en somme.

L’autre école de pensée avance que le progrès technologique futur ne compensera pas les pertes occasionnées par le vieillissement de la population, ce qui va conduire à une croissance plus faible. Malheureusement, c’est le scénario sur lequel s’appuient plusieurs institutions financières.

Peut-on conclure ?

Les données penchent vers une croissance boursière plus faible que par le passé, mais cela ne serait pas la première fois que des estimations seraient erronées. Quoi qu’il en soit, le résultat final du débat entre 10 % et 6,5 % de rendement sur les actions influencera fortement la taille et la solidité de votre portefeuille. Chose certaine, si vous voulez vous assurer une retraite confortable, épargner davantage serait l’option la plus conservatrice.

 

 

 

 

[1] Morningstar. 2016 Morningstar Andex Chart, (2016). En ligne : «http://tradex.ca/en/files/2014/07/Andex-Chart-2016.pdf». Consulté le 1er février 2018

[2]  Gouvernement du Québec, Institut de la Statistique. Population, Québec et Canada, 1851-2017 (2017). En ligne «http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/structure/102.htm». Consulté le 1er février 2018

[3] Excluant certains aspects spécifiques de l’époque comme la faible activité des femmes sur le marché du travail.

[4] Université de Sherbrooke, Perspective Monde. Croissance annuelle du PIB (%), États-Unis, (2016). En ligne «http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/USA/en/NY.GDP.MKTP.KD.ZG.html». Consulté le 1er février 2018