Revue des marchés financiers Un Noël pas si joyeux!

Revue des marchés financiers Un Noël pas si joyeux!

René v6

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Habituellement, le mois de décembre est l’un des mois où l’indice S&P 500 offre les meilleurs rendements. Depuis 1928, l’indice a connu une variation moyenne en pourcentage de 1,3 % en décembre, ce qui le plaçait à égalité avec le mois d’avril et en seconde place par rapport à juillet, mois pour lequel le rendement moyen a été de 1,6 %. Le mois de décembre a permis aux investisseurs d’obtenir un rendement positif durant 66 des 91 dernières années1. Le concept du « rallye du père Noël » a donc un certain fondement. Malheureusement, cette année, le Grincheux a réussi à voler Noël.

Après la montée du marché boursier américain des 10 dernières années, un important repli était inévitable. La grande question était à quel moment ce repli se produirait. Certains le prédisaient depuis les deux ou trois dernières années, tandis que d’autres continuaient de croire que la conjoncture demeurait favorable au maintien d’un marché haussier. Le marché américain a atteint un sommet à la fin de septembre avant de chuter de façon précipitée à la fin de l’année. Il a chuté de 13,5 % durant le quatrième trimestre, trimestre qui incluait le pire mois de décembre depuis 1931 avec un recul de 9,0 %. Par conséquent, le marché américain a terminé l’année 2018 en affichant une perte de 4,4 %.

Ces mauvaises conditions se sont répercutées sur l’ensemble des investisseurs en actions autour du monde. Les marchés boursiers européens, qui avaient peiné toute l’année à maintenir des chiffres positifs, ont reculé de 11,3 % au cours du quatrième trimestre, ce qui s’est soldé par une perte annuelle de 10,6 %. Quant aux indices boursiers du Canada, du Japon et des marchés émergents, ils ont chuté respectivement de 10,1 %, de 17,6 % et de 7,4 % durant le trimestre, ce qui s’est traduit par des pertes annuelles de 8,9 %, de 16,0 % et de 10,1 % (dans les monnaies locales).

Augmentation des taux d’intérêt américains, ralentissement des activités économiques et les préoccupations géopolitiques en Europe et en Chine

De nombreux facteurs ont contribué au changement de sentiment des investisseurs et au mauvais rendement des marchés boursiers qui en a découlé au quatrième trimestre. L’augmentation des taux d’intérêt américains, qui étaient perçus plus tôt dans l’année comme un signe prometteur de croissance économique aux États-Unis, et un résultat nécessaire de cette croissance, était alors vue comme un fardeau qui pesait sur les dépenses de consommation et les gains des sociétés. Même le ton utilisé par le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a changé au cours du trimestre, en passant d’un ton plus belliciste (en faveur d’autres augmentations des taux) à un ton plus conciliant (en faveur d’une pause ou d’une réduction). Le ralentissement des activités économiques et les préoccupations géopolitiques en Europe et en Chine, y compris les problèmes politiques en Italie, le Brexit, les manifestations en France, les tensions commerciales entre les États‑Unis et la Chine, et les événements qui ont mené à l’arrêt des activités gouvernementales aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là, ont accentué l’anxiété sur les marchés.

L’autre élément qui a contribué au repli des marchés était la révision à la baisse des prévisions concernant la croissance des bénéfices des sociétés, notamment parce qu’on s’attendait à ce que la croissance économique aux États-Unis allait ralentir en même temps que le reste de l’économie mondiale en 2019. Ainsi, les prévisions de marché2 du 1er octobre indiquaient que les bénéfices de l’indice S&P 500 allaient augmenter de 10,2 % en 2019. Le 31 décembre, ces prévisions ont été révisées à la baisse pour correspondre à un taux de croissance de 7,3 %. La combinaison de ces prévisions à la baisse et de la contraction des multiples de valorisation, qui est attribuable à la hausse des taux d’intérêt, n’est jamais bonne.

Attirance pour les titres à revenu fixe de nature défensive

En réaction à l’agitation sur les marchés boursiers, les investisseurs se sont rués sur les titres à revenu fixe de nature défensive et plus attrayante, d’autant plus que les taux de rendement étaient plus intéressants qu’ils ne l’avaient été toute l’année. Le marché des obligations gouvernementales sur 10 ans aux États‑Unis affichait un taux de rendement d’un peu plus de 3,0 % au 30 septembre, comparativement à 2,4 % au 1er janvier. De plus, les obligations de sociétés américaines de haute qualité (cote AAA) affichaient un taux de rendement de 4,0 % au début du trimestre, comparativement à 3,5 % au début de 2018. Les taux de rendement des obligations de sociétés étaient aussi très séduisants par rapport au rendement des bénéfices (inverse du ratio cours/bénéfice) de l’indice S&P 500 de 4,7 % au 30 septembre. Autour du monde, les obligations gouvernementales, même en Allemagne et au Japon, ont généralement vu leurs taux de rendement augmentés en début de trimestre avant le mouvement vers des valeurs sûres.

Ainsi, au quatrième trimestre, l’indice Barclays Global Aggregate Bond Index a affiché un rendement positif de 1,20 % (en dollars US, à découvert), stimulé par un gain de 2,12 % dans le secteur de la trésorerie, alors que les taux de rendement des obligations gouvernementales ont diminué à l’échelle mondiale. Par contre, en raison des inquiétudes entourant la conjoncture économique mondiale, le secteur mondial des obligations corporatives a décliné de 0,81 % et le secteur mondial des obligations à rendement élevé a chuté de 3,49 %. Par exemple, le différentiel du taux de rendement des obligations américaines à rendement élevé est passé de 3,28 % au début du trimestre à 5,33 % le 31 décembre. Une augmentation des différentiels des taux sur les obligations à rendement élevé est habituellement un bon précurseur de difficultés économiques à venir, car les investisseurs obligataires ont besoin d’une rémunération plus élevée pour compenser le risque accru de défaut des sociétés. Pour l’année dans l’ensemble, l’indice mondial des obligations a affiché un résultat négatif, soit un rendement de -1,20 %.

En raison du mouvement vers des valeurs sûres, le dollar américain a continué d’afficher des gains durant le trimestre par rapport aux autres grandes devises, sauf pour le yen. Le dollar américain a augmenté de 5,65 %, de 2,17 % et de 1,19 % par rapport au dollar canadien, à la livre sterling et à l’euro, respectivement. Cependant, il a reculé de 3,53 % par rapport au yen. L’or était un autre actif qui a profité du contexte de réduction de risque, sa valeur ayant augmenté de 7,69 % pour s’établir à 1 282 $ durant le trimestre.

À l’heure actuelle, il est difficile de déterminer si le marché est effectivement rétabli et prêt à reprendre une tendance haussière à long terme, ou s’il s’agit du début d’un long cycle baissier. D’une part, les marchés boursiers mondiaux affichent clairement les valorisations les plus basses des cinq dernières années. De plus, même si l’économie mondiale ralentit, elle ne se dirige pas encore vers une récession. D’autre part, les bénéfices des entreprises sont révisés à la baisse. En outre, les politiques monétaires clémentes qui ont propulsé le marché haussier au cours des 10 dernières années sont en train d’être renversées, ce qui pourrait sans doute produire l’effet contraire à l’avenir.

La prudence est de mise…

Compte tenu de l’incertitude et de la nervosité dans les marchés à l’heure actuelle, nous préférons pécher par excès de prudence. Les actions sont toujours la classe d’actifs qui présentent le plus grand risque. Cependant, avec le recul des taux d’intérêt, les obligations ne constituent pas non plus une solution de remplacement intéressante. Par conséquent, et comme nous l’avons mentionné dans certaines de nos communications précédentes, nous préférons les actifs qui offrent des rendements absolus et non corrélés aux marchés publics traditionnels comme : l’immobilier, le private equity, la dette privée, l’agriculture, l’infrastructure et certaines stratégies de fonds de couverture.

 

Nous profitons de cette occasion pour souhaiter une bonne année à nos lecteurs et à leur famille!

 

1 Source : Yardeni Research, Inc.

2 Source : Thompson Reuters, données du Institutional Brokers’ Estimate System (I/B/E/S) de Refinitiv