Un marché sur fond de tensions commerciales…

Un marché sur fond de tensions commerciales…

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

   Tensions commerciales…

Les politiques commerciales du président américain Donald Trump créent des tensions, non seulement auprès des dirigeants mondiaux, dont notre premier ministre Justin Trudeau, mais aussi sur les marchés financiers. En raison d’une joute verbale, cette menace d’une guerre commerciale entre le Canada et les États‑Unis a pris de l’ampleur lors de la réunion du G7 au début de juin, ce qui a eu pour effet de faire passer le dollar canadien de 1,29 $ CA par dollar américain, au sommet de sa récente fourchette de négociation, à 1,33 $ CA, pour finalement clôturer le trimestre à 1,31 $ CA. À moins que vous ne soyez Canadien, ce conflit commercial est relativement insignifiant par rapport aux marchés mondiaux, en comparaison avec la guerre commerciale qui se prépare actuellement entre les États‑Unis et la Chine. Les marchés financiers ont été prompts à réagir à chaque « tweet » présidentiel ainsi qu’à chaque réplique.

La menace des tarifs douaniers ne fait qu’ajouter à l’anticipation d’une inflation plus élevée aux États‑Unis. Dans le contexte d’une économie américaine qui fonctionne à plein régime, l’inflation de base est déjà en hausse, passant de 1,8 % au début de l’année à 2,2 % aujourd’hui. Dans le même esprit, et dans un mouvement très attendu, la Réserve fédérale américaine a augmenté son taux cible de 0,25 % pour atteindre 2 %, lors de sa réunion de juin. Cette année, il y a de fortes probabilités (90 %) d’au moins une hausse de taux, tandis que les probabilités de voir deux autres hausses s’élèvent à plus de 50 %. Dans ce contexte, la courbe des taux américains continue de s’aplatir, c’est-à-dire que l’écart entre les taux d’intérêt à long terme et à court terme se réduit. Les taux à court terme sont passés de 2,27 % à 2,53 % au cours du trimestre, en concert avec la hausse du taux de la Fed. Les taux à long terme, après avoir dépassé les 3 % pendant quelques jours en mai, n’ont terminé que légèrement supérieurs à leur niveau d’il y a trois mois, à 2,86 %, ce qui témoigne de l’incertitude liée aux guerres commerciales et à la détérioration des perspectives économiques à long terme. Comme nous l’avons déjà mentionné précédemment, l’aplatissement de la courbe de taux est perçu par de nombreux experts comme un précurseur d’une période économique difficile.

Pendant ce temps, depuis le début de l’année dans la zone euro, l’inflation de base s’est maintenue autour de 1 %, en raison du manque de vigueur de la reprise économique. Néanmoins, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle mettait fin à son programme d’assouplissement quantitatif par la diminution graduelle de ses achats d’obligations d’ici la fin de l’année. Toutefois, Mario Draghi n’a pas tardé à souligner qu’il n’y aurait pas de hausse du taux directeur de la banque avant au moins l’été prochain. Quant à lui, le taux de rendement du Bund allemand à 2 ans a chuté, passant de -0,61 % à -0,67 %, tout comme celui du Bund à 10 ans, qui est passé de 0,49 % à 0,30 %. En conséquence, avec le différentiel de taux d’intérêt qui favorise de plus en plus le dollar américain au détriment de l’euro, ainsi que des données économiques et un climat beaucoup plus favorable pour l’économie américaine, l’euro, qui s’échangeait à 1,2324 $ en début de trimestre, a chuté pour se fixer à 1,1684 $, soit un recul de 5,19 %.

Avec des taux d’intérêt qui évoluent comme ils le font aux États‑Unis, les obligations à rendement élevé ont dépassé de beaucoup ceux du gouvernement, ainsi que les obligations corporatives. L’écart de taux d’intérêt pour les émissions de titres à haut rendement, ou la prime de rendement offerte pour l’augmentation du risque de crédit encouru, sont demeurés étonnamment stables au cours du trimestre, ce qui démontre que les investisseurs évaluent la probabilité de faillites d’entreprises à un faible niveau. En Europe, le profil de performance des obligations a été différent et témoigne d’un environnement économique décevant. Les obligations à rendement élevé ont sous-performé ceux du gouvernement alors que les écarts de taux ont rapidement augmenté vers la fin du trimestre. Au total, l’indice Barclays Global Aggregate Bond a chuté de 2,78 % lors du trimestre (non couvert, en $ US).

Malgré la rhétorique sur la guerre commerciale et l’augmentation des taux de la Fed, le marché boursier américain a persévéré, non sans quelques faux pas, pour aller de l’avant. Sous la direction des secteurs de l’énergie, de la technologie et de la consommation discrétionnaire, l’indice S&P 500 a gagné 3,43 % au cours du trimestre. Le marché a bénéficié de la croissance des bénéfices des sociétés au premier trimestre, qui ont progressé à un rythme surprenant de 26,6 % de plus qu’il y a un an, ainsi que des bénéfices attendus, dont la croissance est estimée à 22 % pour l’ensemble de 2018. De leur côté, les actions européennes ont également poursuivi leur progression. Malgré un environnement économique plus difficile, l’indice MSCI Europe a enregistré une hausse de 4,0 %, alors que les bénéfices des entreprises n’ont progressé que de 4,3 % au premier trimestre. Pour l’ensemble de l’année 2018, les bénéfices des sociétés européennes devraient croître de 9,1 %. Une Banque centrale européenne toujours en mode accommodant et un euro à la baisse peuvent également avoir contribué à soutenir le marché des actions. Contrairement aux marchés des pays développés, les actions des marchés émergents ont connu un deuxième trimestre difficile. L’indice MSCI Emerging Markets (en dollars américains) est en repli de 7,96 %. Un dollar américain fort, un environnement macroéconomique défavorable pour certains pays, notamment des données de croissance décevantes pour la Chine, ont fait pression sur les actions des marchés émergents.

La prudence est de mise…

Une économie américaine solide et une excellente croissance des bénéfices des entreprises contribuent au maintien des convictions haussières du marché des actions américaines. De plus, certains indicateurs clés, précurseurs du marché, restent positifs et suggèrent toujours de maintenir une surpondération aux actions. Il faut cependant se demander si les choses ne sont pas à leurs meilleurs, que ce soit pour l’économie américaine aussi bien que pour le marché boursier. De plus, le contexte semble maintenant un peu moins prometteur pour le reste de l’économie mondiale. Ajoutez à cela l’incertitude et les embûches résultant des guerres commerciales et des tarifs douaniers, et il serait judicieux d’adopter une approche très prudente à l’égard des marchés au cours du prochain trimestre et surtout de demeurer alerte et flexible.