Combien vaut mon image ?

Combien vaut mon image ?

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Alexandre Bilodeau (invité) et Jean-Michel Charette, Analyste senior, Investissements

jean-michel.charette@bluebridge.ca

Gérer son image publique de nos jours est un savoir-faire à développer. Les sportifs de haut niveau le savent bien et la maîtrise de cet art peut devenir un enjeu au fur et à mesure de leur progression de carrière. Alexandre Bilodeau, double champion olympique Vancouver 2010 et Sotchi 2014 et ambassadeur Blue Bridge auprès des athlètes de haut niveau, se souvient de ses débuts et nous livre ses conseils pour une gestion d’image structurée et porteuse.

Dis-moi Alexandre, pourquoi l’image est devenue si importante de nos jours et comment en tirer parti ?

Alexandre : Les conditions entourant la pratique d’un sport sont bien différentes d’un athlète à un autre, mais en général, il faut apprendre à utiliser au maximum son image publique pour attirer les commandites et la sympathie des partisans. Savoir se vendre, mettre une valeur sur la visibilité projetée, trouver une compatibilité et une réciprocité entre l’image du commanditaire et la nôtre, cela s’apprend. Premier conseil : se forger un profil cohérent et axé sur l’authenticité.

Au début, on n’a pas beaucoup de ressources, alors que toute notre énergie est canalisée dans notre sport. Mon conseil est de tisser son réseau très tôt pour aller chercher des « sponsors », de commencer par les réseaux de proximité, comme la famille, les amis, les commerces locaux. Il faut se préparer un pitch décrivant qui on est, ses valeurs, ses ambitions et la visibilité qu’on planifie de leur accorder. En parallèle, il est important de commencer à être actif sur les réseaux sociaux. De nos jours, c’est indispensable ! C’est un peu comme nourrir le capital sympathie. Attention toutefois à contrôler les messages. Les erreurs sont multiples, j’en ai fait. L’idée est de veiller à ne pas nuire à sa réputation en mélangeant le « trop personnel » de l’image publique.

Puis ensuite ?

  • Choisir des commanditaires avec lesquels il y a un vrai coup de cœur. À mes débuts, je trouvais cela cool de porter des lunettes Oakley, je voulais vraiment les avoir comme commanditaires. Je n’avais pas grand-chose à leur vendre, ils ont pris un pari sur moi, comme d’autres commanditaires, séduits par ma confiance en moi.
  • Diversifier les possibilités d’engagement : Penser au-delà de la visibilité sur le matériel et sur les vêtements, sur les réseaux sociaux. Penser aux actions sociales : comme offrir votre participation à des activités d’entreprises, à des séminaires de motivation, à des soupers avec des clients etc.

Enfin ? Avec le succès, l’image prend une tout autre valeur. Pour moi, cela s’est cristallisé aux J.O. de Vancouver. Je me suis alors tourné vers une agence de gestion d’image pour m’épauler et rester concentré sur mon sport.

Si je résume, voici tes 5 conseils :

  1. Débuter tôt;
  2. Rester fidèle à ses valeurs et croire en soi;
  3. Se tourner vers les réseaux de proximité;
  4. Diversifier les approches et rester visible (conférence, entrevue, médias sociaux);
  5. Se faire accompagner lorsque cela devient trop chronophage.

Comment mettre un prix sur une image ? Nous avons interrogé Jean-Michel Charette, analyste investissement chez Blue Bridge sur cette question.

Il est à noter que mon expertise sur l’image de marque est, somme toute, basique. Par contre, il est intéressant de poser un regard rationnel et financier sur le sujet comme pour tout autre type d’évaluation.

Tel que mentionné par Alexandre, la gestion de l’image est un processus qui commence tôt dans une carrière, c’est donc dire que le tout évolue. C’est le même principe pour le prix de cette image. Généralement, cette image a une valeur relativement faible en début et carrière, voire même en fin de carrière/retraite, où la visibilité peut être réduite pour l’athlète.

Au début de la carrière d’un(e) athlète, l’image de marque n’a pratiquement aucune valeur. Cependant, cela n’empêche pas qu’il est possible d’obtenir des produits et du financement de la part de commanditaires et partenaires. Les entreprises locales peuvent y voir une belle façon de redonner à la communauté, et cela, a une certaine valeur. Il est généralement bien vu pour les entreprises de s’impliquer socialement et de soutenir des causes ou d’investir dans une commandite qui les inspire et qui fait écho à leurs valeurs. Dans tous les cas, il s’agit plus de « capital sympathie ».

Ensuite, lorsque la visibilité du commandité devient plus importante, il s’agit simplement d’évaluer pour le donateur/commanditaire le multiple rendement/risque ou revenus/dépenses. La question que l’on se pose alors est : combien coûte la commandite et combien cela peut rapporter ? Le lien n’est pas nécessairement direct, il s’agit souvent une tactique de renforcement de l’image de marque de la compagnie qui appuie l’athlète.

Même lorsqu’un athlète a atteint une certaine notoriété, la valeur que ce dernier peut retirer de cette image peut être très différente d’une personne à l’autre, dépendamment des organismes en partenariats, ou bien du type de clientèle que l’athlète rejoint. Cependant, on observe un changement depuis les dernières années. Il semble maintenant possible, dans une certaine mesure, d’estimer la valeur de l’image ou à tout le moins, la visibilité et la loyauté des fans d’un athlète. Effectivement, avec l’avènement des réseaux sociaux, il est possible de connaître le nombre exact de personnes suivant l’athlète et du lien qu’entretiennent les fans avec l’athlète. Dorénavant, grâce au big data, on peut analyser d’innombrables données sur les usagers des réseaux sociaux et en extraire de l’information pour déterminer les retombées potentielles d’un projet basé sur la crédibilité que procure l’utilisation de l’image de marque d’un athlète.

En définitive, comme pour tous les actifs intangibles, il est toujours difficile d’évaluer un élément contenant beaucoup de variables volatiles. Ce qui est sûr, c’est que la valeur de l’image de marque a plus de chance d’être maximisée grâce à une bonne planification et un bon entourage pour bien accompagner l’individu dans son cheminement.