Risque inflationniste ou risque de plafonnement de l’économie ?

Risque inflationniste ou risque de plafonnement de l’économie ?

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

L’année 2017 a confirmé la solidité et la synchronisation de la croissance mondiale ainsi que la reflation des économies, conséquence du soutien massif des autorités monétaires. L’année 2018 est celle de la transition pour les marchés obligataires qui vont devoir apprendre à se passer progressivement des injections massives de liquidités et apprendre à composer avec les incertitudes (risque d’une accélération plus forte de l’inflation). Cette normalisation des politiques monétaires ultras accommodantes dans un contexte moins certain devrait se faire progressivement, ce qui devrait limiter toute dérive des taux.

Retour sur ce qui nous conduit à la situation actuelle

Pour schématiser, avant l’arrivée au pouvoir de Trump, les marchés s’inquiétaient surtout de la durée du cycle économique américain et du risque de récession. Depuis, les marchés ont joué l’accélération de la croissance américaine, soutenue par l’imposant plan de baisse des impôts voulu par le président. Mais les investisseurs sont en train de se demander si ce coup de pouce fiscal, dans une économie en plein-emploi, ne va pas se transformer en cauchemar inflationniste.

La progression de 2,9 % des salaires aux États-Unis au mois de janvier a provoqué un électrochoc. Le déclencheur de la mini-correction a donc bel et bien été la crainte de l’inflation, et c’est ce que je soulignais dans un article précédent.

En effet, les marchés boursiers n’attendaient qu’une étincelle pour s’enflammer.

Elle est venue du marché obligataire. Les taux américains ont bondi à des niveaux inédits depuis plusieurs années. Une mauvaise nouvelle pour les marchés boursiers, puisque le renchérissement du crédit risque de peser sur la rentabilité des entreprises et donc sur leurs résultats. D’autant que le mouvement de hausse de taux semble parti pour durer.

Quels sont les risques ?

Le risque aujourd’hui serait donc que la Fed se décide à accélérer son rythme de hausse des taux.

En fait, les inquiétudes sur la hausse des taux sont un peu exagérées dans le sens où elle est la conséquence directe de la bonne santé de l’économie actuelle. Ainsi, 79 % des entreprises du S&P 500 ont publié des résultats du quatrième trimestre meilleurs qu’attendu; la proportion atteint 84 % pour celles du Dow Jones et 76 % pour celles du Nasdaq.

Ce qui n’exclut pas de nouveaux chocs. D’abord, parce que l’histoire montre que l’ajustement des taux à la performance de l’économie n’est jamais linéaire et se fait par paliers. Ensuite, parce que le risque d’une surréaction des marchés obligataires n’est pas à exclure. Idem pour les banques centrales face à la montée de l’inflation. Un resserrement monétaire trop brutal pourrait faire déraper l’économie. Toutefois, la Fed devrait se montrer prudente. Selon les marchés, la probabilité que la Banque centrale américaine augmente trois fois ses taux en 2018 est passée de 57 % à 34 % après ce mini-krach.

Autrement dit, le risque de dérapage inflationniste demeure limité, ce qui devrait permettre à la Fed d’augmenter son taux objectif des federal funds de façon très modérée.

En revanche, il existe un risque quasiment ignoré et qui pourtant ne cesse de croître, en l’occurrence, celui d’un ralentissement marqué de l’activité. En effet, après déjà une fin d’année décevante, les ventes au détail américaines ont reculé de 0,3 % en janvier. De 5,9 % en novembre dernier, leur glissement annuel est ainsi tombé à 3,65 %. Et ce, sans prendre en compte l’inflation, ce qui signifie qu’en réalité, en volume, la baisse est bien plus forte.

Parallèlement, après un mois d’octobre exceptionnel, la production industrielle américaine a continué de corriger cet excès. En janvier, elle a même reculé de 0,1 %. Avec un glissement annuel stabilisé autour des 3,5 %, elle montre que la croissance américaine est en fait peut-être en train de plafonner…

Alors, sommes-nous face à un risque inflationniste ou allons-nous assister à un plafonnement de l’économie ? La réponse à cette question vaut son pesant d’or et l’effet sur les taux d’inflation en sera bien différent…