Revue des marchés financiers Du pessimisme à l’optimisme

Revue des marchés financiers Du pessimisme à l’optimisme

René

René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

L’attitude des investisseurs a connu tout un revirement, le pessimisme ayant laissé place à l’optimisme. L’indice S&P 500, qui avait connu son pire mois de décembre en près de 80 ans, a rebondi pour afficher son meilleur trimestre en une décennie, ainsi que son meilleur premier trimestre en 20 ans. Stimulé par les secteurs de la technologie, de l’immobilier et de l’énergie, l’indice boursier des États‑Unis a augmenté de 13,6 % durant le trimestre. De plus, compte tenu de la nature du rebond, les titres à faible capitalisation et les valeurs de croissance ont aussi affiché un rendement supérieur. Ce revirement de situation a pu être observé dans tous les marchés boursiers mondiaux, notamment dans ceux de l’Europe, du Japon et du Canada, qui ont affiché de forts rendements totaux de 13,0 %, de 7,6 % et de 14,1 %, en devises locales. Les marchés émergents ont également profité de ce changement d’attitude des investisseurs, l’indice MSCI EM ayant affiché un rendement de 10,2 % en USD.

L’une des principales raisons de ce changement d’humeur a été le message de la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed), qui a indiqué au marché qu’elle appliquerait une approche plus patiente aux hausses de taux futures. Le message de la Fed a été perçu de façon très positive par le marché, car plutôt que de s’attendre à des hausses futures, on a rapidement commencé à croire à une diminution des taux en 2019. Les attentes du marché étaient partagées de façon presque égale entre une hausse des taux (probabilité de 11 %) et une baisse des taux (13 %) à la fin de 2018. Cependant, à la fin de ce trimestre, une hausse était complètement hors de question et la probabilité d’une baisse des taux en 2019 avait augmenté pour s’établir à 70 %. La Banque centrale européenne (BCE) a emboîté le pas en indiquant qu’il n’y aurait pas de hausses des taux avant la fin de l’année. Cela signifiait que les politiques monétaires souples, qui ont stimulé le marché haussier des 10 dernières années, n’allaient pas être éliminées aussi rapidement qu’on l’avait craint au départ.

L’attitude plus positive des investisseurs s’expliquait également par l’amélioration perçue de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, alors que les États-Unis ont suspendu les hausses de tarifs appliquées à 200 milliards de dollars en marchandises chinoises. Tout au long de 2018, la guerre commerciale avait été perçue comme un risque important pour la croissance mondiale. La fin de la suspension du gouvernement américain a également soulagé les investisseurs. Enfin, la correction boursière marquée a permis de ramener les évaluations boursières à des niveaux attrayants qui n’avaient pas été vus depuis de nombreuses années. Pas même la saga continue du Brexit n’a fait fléchir l’attitude positive des investisseurs au premier trimestre.

Grâce à l’amélioration de l’humeur des investisseurs et à un environnement moins risqué, le différentiel des obligations à rendement élevé a rétréci pour passer de 5,3 % à la fin de 2018 à 4,0 % à la fin du premier trimestre, alors que le risque de crédit s’est atténué. Par conséquent, le secteur mondial des titres à rendement élevé a affiché un rendement de 6,3 % durant le trimestre. Les obligations gouvernementales, quant à elles, sont restées assez stables tout au long de la période. Le taux de rendement des obligations américaines sur 10 ans, par exemple, a oscillé entre 2,60 % et 2,75 % pendant presque tout le trimestre, avant de fléchir rapidement durant la dernière semaine pour s’établir à 2,40 %. La même tendance a également pu être observée pour les obligations de l’Allemagne, du Royaume‑Uni et du Canada, alors que des préoccupations au sujet de la croissance ont refait surface, surtout en Europe et en Chine, et que la BCE a émis quelques commentaires plus prudents. Par conséquent, les obligations mondiales ont repris de la vigueur et affiché un rendement de 2,2 % au cours du trimestre, selon les mesures de l’indice Global Agg.

Les devises ont donné des résultats mitigés durant le trimestre, le USD ayant augmenté de 2,2 % par rapport à l’euro et de 1,3 % par rapport au franc suisse. Inversement, la livre sterling et le dollar canadien ont tous deux connu une hausse de 2,2 % par rapport au dollar américain en raison des données économiques qui surpassaient les prévisions tant au Royaume-Uni qu’au Canada.

Les marchés ont été stimulés principalement par le sentiment des investisseurs durant ce trimestre. Alors que le message de la Fed a suscité l’enthousiasme des investisseurs, une personne réaliste (ou pessimiste, dirons certains) pourrait avoir perçu les mesures prises par la Réserve fédérale et la BCE comme un signe d’avertissement au sujet de la conjoncture de l’économie américaine et mondiale. En fait, il y a encore beaucoup d’éléments qui indiquent que tout ne va pas pour le mieux dans l’économie mondiale. D’une part, les indicateurs économiques avancés à l’échelle mondiale continuent de se détériorer. En France, en Italie et au Royaume-Uni, les indices composites du Purchasing Manager’s Index (PMI) ont chuté sous la barre de 50, une donnée qui laisse entrevoir une contraction de l’activité économique. D’autre part, le Brexit demeure un nuage qui plane au-dessus de l’activité économique dans toute l’Europe. Ailleurs, la Chine continue de connaître un ralentissement, ce qui a un effet direct sur les pays voisins. Enfin, le rebondissement rapide du marché boursier, combiné aux attentes toujours à la baisse en matière de bénéfices des sociétés, a fait remonter les évaluations boursières, laissant moins de place pour une hausse future du marché.

Nous ne sommes ni optimistes, ni pessimistes. Nous adoptons une approche réaliste dans notre analyse des facteurs boursiers et économiques. Nous sommes également prudents avec le capital de nos clients. Ainsi, dans des périodes d’incertitude, nous préférons pécher par excès de prudence en constituant des portefeuilles bien diversifiés.