Revue des marchés-Décembre 2017

Revue des marchés-Décembre 2017

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Le froid extrême ayant envahi le nord-est du continent pendant le temps des Fêtes est sans commune mesure avec un marché boursier des États-Unis échauffé, au quatrième trimestre. L’indice S&P 500 a clôturé l’année avec un autre trimestre solide, grimpant de 6,6 % à la suite de nouvelles économiques plus favorables que prévu et d’attentes élevées par rapport à la croissance des bénéfices des sociétés, soit 11 %. Ce résultat a, entre autres, été gonflé par les retombées positives promises par le nouveau projet de loi fiscal. Entre-temps, les actions européennes ont refroidi leurs ardeurs : l’indice MSCI Europe a récolté un faible gain de 0,6 % malgré des attentes de croissance des bénéfices de 16 % au quatrième trimestre, des nouvelles économiques favorables et un appui maintenue de la banque centrale. En revanche, les actions de marchés émergents ont conservé leur dynamisme avec une performance de 5,7 % pour l’indice MSCI Emerging Markets. Au Canada, l’indice S&P/TSX a enregistré un gain de 4,5 %. À l’échelle mondiale, les secteurs de la technologie, des matériaux et de la consommation discrétionnaire sont arrivés premiers au cours du trimestre, tandis que les secteurs des soins de santé, des télécommunications et des services publics se sont classés en fin de peloton.

Au cours du trimestre, le taux de rendement des obligations du gouvernement américain à 10 ans n’a connu qu’une faible hausse, passant de 2,33 % à 2,40 %, tandis que le taux de rendement des obligations allemandes à 10 ans est resté relativement stable en clôturant à 0,43 %. Au même moment, le taux de rendement des obligations du gouvernement américain à 2 ans a connu une progression constante pour passer de 1,48 % à 1,89 %, en partie grâce à l’augmentation des taux directeurs de la Réserve fédérale en décembre, alors que le taux de rendement des obligations allemandes à 2 ans a enregistré une très faible hausse, en restant toutefois en territoire négatif, soit à -0,63 %. Pendant ce temps, l’écart de rendement entre les obligations à rendement élevé et les bons du Trésor, qui rétrécissait depuis le début de l’année, est resté stable en cours de trimestre. Dans un contexte de stabilité des taux de rendement, la performance des obligations à l’échelle mondiale est demeurée modeste ce trimestre, reflétée par la timide hausse de 1,1 % de l’indice Barclays Global Aggregate, en dollars américains.

Sur le plan des devises, l’euro a continué de grimper par rapport au dollar américain, sa valeur s’appréciant de 1,5 % ce trimestre, et ce, malgré une croissance économique et des écarts de taux d’intérêt qui en laissaient présager autrement. À l’inverse, le dollar canadien a perdu 0,2 % face au dollar américain, un résultat plus logique si l’on tient compte des facteurs d’analyse fondamentale. Quant à lui, l’or a progressé de 1,8 % au cours de la même période.

En vue de la nouvelle année, quelques observations méritent d’être signalées.

L’indice S&P 500 vient de clôturer sa neuvième année consécutive de rendements positifs. Selon Yardeni Research, il s’agit du deuxième cycle de marché haussier en importance depuis 1928 en ce qui a trait à la longévité et à la profitabilité. À ce titre, pour reprendre une expression familière au baseball, le cycle du marché des États-Unis se trouve dans les « dernières manches du match ». Toutefois, certains experts persistent à croire qu’il reste quelques manches supplémentaires au match. De ce fait, le risque économique immédiat au marché est très faible. La Réserve fédérale de New York estime à seulement 11,5 % la probabilité d’une récession au pays au cours des douze prochains mois. De plus, les analystes prévoient toujours une hausse de 12,9 % des bénéfices des sociétés en 2018, ce qui viendrait appuyer les valorisations actuelles. Finalement, le sentiment des investisseurs et le « momentum » du marché demeurent positifs. Néanmoins, le marché semble encore coûteux lorsqu’évalué sur  la plupart des mesures traditionnelles, et donc, court le risque de faire marche arrière si les attentes élevées quant à la croissance des bénéfices ne sont pas satisfaites. Le marché combat également la Réserve fédérale, laquelle est manifestement entrée dans un cycle de resserrement de sa politique monétaire et a supprimée une des mesures incitatives les plus importantes ayant soutenu le marché pendant ce plus récent cycle haussier. Après tout, on connaît tous le fameux précepte « Don’t fight the Fed » (n’allez pas à l’encontre de la Réserve fédérale).

Le taux de rendement des obligations du gouvernement américain à 10 ans est resté relativement stable tout au long de 2017 et le taux de rendement des obligations à 2 ans a augmenté d’environ 0,7 %.  Cet aplatissement de la courbe de rendement devient de plus en plus préoccupant pour certains experts du marché. Historiquement, une telle courbe de rendement est un signe avant-coureur de la déroute de l’économie et du marché. Nous n’en sommes pas encore là, mais cet indicateur mérite tout de même qu’on le surveille de près.

En dernier propos, quelques mots sur les devises. Le dollar américain a traversé une année difficile après avoir perdu de la valeur par rapport à la plupart des principales devises. Il a notamment reculé d’environ 14 % par rapport à l’euro et de 7 % face au dollar canadien. Ces fluctuations de change sont cruciales pour les investisseurs détenant des portefeuilles mondiaux. Par exemple, pour un portefeuille basé en Europe, un investissement sur le marché des États-Unis n’aurait rapporté qu’un bénéfice de 7 %. Ce résultat est peu reluisant si on le compare au gain de 21,8 % qu’auraient récolté des investisseurs américains. Toutefois, en ce début 2018, on pourrait s’attendre à ce que le billet vert reprenne sa position, appuyé par les facteurs fondamentaux. L’écart de taux d’intérêt actuel entre les obligations des États-Unis et celles de l’Allemagne ainsi que les politiques de resserrement monétaire de la Réserve fédérale, qui se différencient des politiques souples de la Banque centrale européenne (BCE), sont de bon augure pour le dollar américain.

Il ne reste qu’à espérer qu’au fil des prochains mois, les marchés ne se mettent pas à refroidir alors  que la température extérieure commence à se réchauffer.

 

Meilleurs vœux pour 2018.