Les crypto-monnaies : révolution technologique ou secret bancaire moderne?

Les crypto-monnaies : révolution technologique ou secret bancaire moderne?

Une menace pour l’écosystème financier?

Les crypto-monnaies sont une forme de monnaie alternative qui, comme leur nom l’indique, met le cryptage au service d’un moyen d’échange. Il s’agit d’un moyen parallèle d’échange, dont la valeur varie uniquement en fonction de l’offre et de la demande, selon un principe de rareté. À la différence des autres monnaies, émises par une banque centrale, le système n’utilise aucun intermédiaire financier dans son processus. La mission des crypto-monnaies est d’offrir un moyen de transaction à une clientèle insatisfaite ou mal desservie par le système financier traditionnel. Elle permet donc de satisfaire d’une part les gens qui ont perdu la confiance dans le système financier et, d’autre part, les 2,5 milliards d’adultes qui ne possèdent pas de compte bancaire[4]. Les crypto-monnaies pourraient donc représenter un vecteur important de développement économique, notamment dans les pays du tiers monde. Complètement indépendantes des intermédiaires financiers traditionnels et uniquement valorisées en fonction du principe de l’offre et la demande, ces monnaies prônent ainsi un libéralisme économique à son état le plus pur. Les opérations sur les crypto-monnaies utilisent le principe de blockchain, dans lequel les opérations sont décentralisées vers des milliers d’ordinateurs qui se partagent le rôle d’effectuer des partielles de transactions. Il devient alors très difficile, voire impossible, d’en prendre le contrôle ou de pirater le système. Ce système de cryptage fournit également un anonymat total des utilisateurs et des opérations, une caractéristique recherchée par les utilisateurs puristes, mais fortement critiquée par les autorités qui y voient un facilitateur pour les opérations commerciales illicites, le financement des activités terroristes et le blanchiment d’argent.

De nombreuses monnaies ont fait leur apparition au cours des dernières années, mais le bitcoin demeure celui qui attire le plus d’utilisateurs. Le bitcoin est une crypto-monnaie émise en janvier 2009 à 0,001 $, dont l’identité de son initiateur, Satoshi Nakamoto, demeure aujourd’hui un mystère non résolu. Au terme de l’opération en mai 2140, l’algorithme aura mis en circulation 21 millions d’unités, alors que son nombre atteint aujourd’hui 16,5 millions d’unités[5]. Cette année, sa valeur atteint les 6 500 $, une progression de 540 % depuis le début de l’année, alors que de nombreux spéculateurs à la recherche de gains rapides se sont joints à la fête. Le bitcoin a été tristement rendu populaire dans le scandale Silk Road (2013), un site Internet du Dark Web (Web invisible) reconnu comme le « eBay de la drogue » qui permettait l’achat et la vente de drogues et d’armes et dont la particularité était d’utiliser le bitcoin comme seul moyen d’échange. À la suite de l’arrestation de l’initiateur du site, mais également de l’implication démontrée d’un spéculateur bitcoin aguerri dans le stratagème[6], la valeur de la crypto-monnaie a pris un dur coup en 2013-2014 alors que les volumes quotidiens ont momentanément été réduits. Il n’en fallait pas moins pour que les autorités saisissent l’occasion de publiquement relier les crypto-monnaies au volume d’opérations illicites, notamment en matière de blanchiment d’argent. La réalité est qu’après cette contraction de sa valeur, le bitcoin a remonté en flèche, porteur du message que les opérations illicites ne représentaient finalement qu’un faible pourcentage du volume total de transactions. Selon le New York Times, le volume d’opérations illicites sur le bitcoin est de l’ordre des 6 %, c’est donc dire que le nombre de spéculateurs dépasse maintenant largement le volume des opérations douteuses[7].

Force est d’admettre que les raisons initiales de sa popularité ne sont plus nécessairement les vecteurs de son succès actuel, mais l’anonymat que procure son fonctionnement rend accessible l’utilisation de ces monnaies à des fins criminelles. Il est tout à fait légitime de se poser la question sur l’origine de ces 160 milliards de dollars américains qui ont afflué depuis les huit dernières années dans les crypto-monnaies. La réponse a fait couler beaucoup d’encre, et plusieurs intervenants lancent des appels à la prudence. Certains vont même jusqu’à positionner le bitcoin comme le prochain scandale financier, alors que d’autres, comme Warren Buffet, se contentent de qualifier le phénomène d’un « mirage dont il faut se méfier » et affirment que la valorisation intrinsèque actuelle de la monnaie relève plus d’une mauvaise blague qu’autre chose, cette dernière ne reposant sur aucune base fondamentale[8].