L’écho de la Catalogne

L’écho de la Catalogne

Photo Nicole Bovard

Nicole Bovard

Fondée de pouvoir | Directrice administrative – Bureau de Lausanne

nicole.bovard@bluebridge.ca

Spontanément, les Québécois souverainistes se sont identifiés aux Catalans : ils suivent ce combat pour l’indépendance avec intérêt et espoir. Mais qu’en est-il des peuples européens chez qui existent ces mêmes velléités indépendantistes?

Écosse 

Pour les médias écossais, le fait que le référendum a eu lieu est crucial. Qui plus est, le journal indépendantiste National ajoute : « Si le gouvernement de droite de M. Rajoy réussit à contrecarrer l’autodétermination catalane, ça va encourager Theresa May à refuser à l’Écosse son deuxième référendum [sur l’indépendance par rapport au Royaume-Uni]. Les unionistes britanniques purs et durs, prêts à remuer ciel et terre pour empêcher un vote démocratique sur l’avenir de l’Écosse, s’en trouveraient encore plus déterminés ».

Pour le journal unioniste The Scotsman, « la région espagnole reçoit des signes de soutien du gouvernement écossais. Certains pensent même qu’un référendum réussi encouragera la Première ministre, Nicola Sturgeon, à organiser un deuxième référendum en Écosse – avec ou sans l’approbation de Londres ».

Irlande du Nord 

Slugger O’Toole, un blogue nord-irlandais très influent, se demande si la « voie catalane » pourrait devenir une stratégie pour les nationalistes en Irlande du Nord :

« Si le vote permet aux Catalans d’obtenir un effet de levier supplémentaire dans les négociations à venir, ou s’il mène indirectement à l’approbation d’un éventuel référendum par le gouvernement espagnol, la démarche du gouvernement catalan pourrait bientôt devenir un outil très utile pour des nationalistes en Irlande du Nord dans les années à venir. »

Belgique

« En Flandre, ce combat bénéficie d’une attention particulière », souligne De Standaard. Et pour cause : la région du nord du pays a vu grandir, elle aussi, un mouvement indépendantiste qui a fait du parti N-VA la première force politique flamande.

La N-VA observe donc « avec jalousie cette crise systémique qui, en Belgique, n’est pas à l’ordre du jour. En Catalogne, l’aspiration indépendantiste est plus forte, et le territoire est plus homogène, ce qui simplifie l’aspect pratique d’une scission ».

Le problème, complète De Morgen, c’est que la N-VA fait partie de la coalition gouvernementale. Si le référendum catalan devait aboutir à un oui, « la N-VA ne pourrait pas faire autrement que de reconnaître une Catalogne indépendante. Ce qui pourrait déclencher […] une crise au sein du gouvernement. Belge, pas espagnol ».

Pologne 

Le quotidien libéral polonais Gazeta Wyborcza est partagé sur le jugement à apporter sur l’initiative catalane. Maciej Stasiński, qui est également correspondant de longue date pour le journal de Barcelone La Vanguardia, parle de « coup d’État ».

« Le spectateur néophyte se dit : voilà une nation opprimée qui exige l’autodétermination et qui est tenue sous la botte de l’Espagne éternellement impériale. Les minorités éveillent la sympathie, car il est vrai qu’elles sont souvent victimes d’États forts et autoritaires. Pourtant, cette fois, la réalité est toute différente. » Et de lister les « mensonges » des indépendantistes catalans : non, « l’Espagne n’est pas un État centralisateur, impérial ou autoritaire »; non, « l’Espagne ne vole pas la Catalogne »; non, « la Catalogne ne peut pas se prévaloir du droit à l’autodétermination ».

Son collègue du même journal regrette pour sa part que la réponse de Madrid consiste à « arrêter les opposants politiques, saisir les bulletins de vote et les affiches de promotion du référendum ainsi qu’à ignorer le million de manifestants dans les rues de Barcelone – tout cela au nom de la loi. […] Quand les politiques punissent le désir de voter, c’est que les choses vont mal. »

République tchèque 

« L’idée de décider la partition d’un pays au moyen d’un référendum n’apporte que des problèmes », titre Lidové noviny, qui fait l’analogie avec la dissolution de la Tchécoslovaquie il y a 25 ans. « Dans ce cas-là aussi, il était clair que plus Prague faisait pression pour maintenir l’unité du territoire, plus l’aspiration des Slovaques à l’indépendance se renforçait. »

Hongrie 

Magyar Nemzet estime que « les droits des minorités linguistiques ont été mis sous le tapis depuis des dizaines d’années en Europe et qu’il est temps d’en parler », comparant le combat catalan à celui des 160 000 Hongrois d’Ukraine ferraillant actuellement contre Kiev. « Les Magyars de Transcarpatie se battent pour que leurs enfants puissent continuer d’apprendre leur langue à l’école et pour continuer d’exister tout court », écrit Gábor Stier, expliquant que les magyarophones d’Ukraine « n’osent même pas rêver de droits qui paraîtraient largement insuffisants aux Catalans ». « Pour reprendre une métaphore footballistique, nous avons d’un côté la deuxième division hongroise et de l’autre la Liga », conclut amèrement le chroniqueur.

Bibliographie

02/10/17 Courrier international https://www.courrierinternational.com/article/dans-la-presse-europeenne-apres-le-referendum-catalan-un-effet-domino-en-europe

22/09/17 Courrier international https://www.courrierinternational.com/article/vu-deurope-ce-que-dit-la-presse-europeenne-du-referendum-en-catalogne

 

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