Volatilité 2.0

Volatilité 2.0

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

La volatilité est de retour sur les marchés des actions. L’indice VIX, l’indicateur clé de la volatilité des marchés, également appelé l’indice de la peur, a bondi d’un niveau de 13,6 pour atteindre un sommet de 50,3 en l’espace de trois jours au début de février, avant de rechuter autour de 20. Cela est survenu après une période de volatilité extrêmement faible, maintenue depuis environ un an, pendant laquelle l’indice s’est maintenu autour de 10. Pour remettre les choses en perspective, l’indice VIX s’est maintenu à une moyenne d’approximativement 20 depuis 1990. La dernière fois que nous avions assisté à un tel pic de volatilité remonte à août 2015, dans un contexte où les marchés subissaient une sévère correction en raison de la crainte inspirée par un éventuel ralentissement économique en Chine. Cependant, le récent pic de volatilité n’a rien à voir avec la Chine. Il a en fait tout à voir avec les États-Unis. Nous y reviendrons plus tard.

Causes et effets

Le contexte extrêmement peu volatile de la dernière année provient directement du fait que le S&P 500 a connu une séquence record de 14 mois positifs, couronnée par un mois de janvier extraordinaire, pendant lequel les actions américaines ont gagné 5,7 %. Ce gain, réalisé en un seul mois, correspond presque au rendement anticipé annuel à long terme des actions qui est utilisé par nombre de personnes. Il fallait donc s’attendre à ce que quelque chose tourne mal, et c’est bien ce qui s’est produit en février. L’annonce aux États-Unis d’une croissance des salaires plus forte que prévu a allumé la mèche. Une forte croissance des salaires devrait normalement être perçue comme une bonne nouvelle. Cependant, la peur de voir l’inflation et les taux d’intérêt augmenter (jumelée à l’incertitude reliée à l’arrivée d’un nouveau président à la banque centrale des États-Unis) a effrayé les investisseurs et a fait chuter le S&P de 6,7 % au cours de ces trois mêmes jours du début de février. À la fermeture des marchés le 8 février, le S&P avait perdu 10,1 % par rapport à son sommet de janvier. Heureusement, le marché a partiellement rebondi et a réussi à clôturer le mois de février avec une perte de seulement 3,7 %. Le mois de mars a été une période de montagnes russes pour les investisseurs. Les actions tentaient toujours de se remettre des revers de février, quand les marchés ont été frappés par des nouvelles selon lesquelles les données personnelles des utilisateurs de Facebook étaient mal gérées, ainsi que par la crainte d’une guerre commerciale avec la Chine, qui a fait surface suite à l’annonce par le président Trump de tarifs douaniers sur les importations chinoises. Le marché américain a encore reculé de 2,5 % en mars, ce qui s’est traduit par une perte du rendement total de l’ordre de 0,8 % pour le trimestre.

Entre-temps, sur les autres marchés

Les marchés des actions à l’échelle mondiale ont imité quelque peu celui des États-Unis au cours du trimestre, mais ont connu une conclusion un peu plus décevante. Les principaux indices boursiers européens, japonais et canadiens ont clos le trimestre avec des pertes dans leurs devises locales de l’ordre de 4,9 %, 5,6 % et 5,2 % respectivement. Seul l’indice des marchés émergents a réussi à dégager un rendement en devise locale de 0,7 %. D’un point de vue sectoriel, les technologies, nonobstant la chute de la fin mars, et les biens de consommation discrétionnaire ont pris les devants pendant le trimestre. En revanche, les secteurs des produits de consommation de base, de l’énergie et des télécommunications ont accusé un retard.

Entre-temps, les rendements ont été positifs sur le marché des obligations. L’indice Global Aggregate a gagné 1,4 % en $ US (non-couvert); les revenus ayant pallié pour la chute des prix pendant le trimestre. Les taux de rendements des obligations à 10 ans des gouvernements des États-Unis, de l’Allemagne, du Canada et du Royaume-Uni ont progressé de manière substantielle en janvier et au début février, avant de régresser légèrement à la fin du trimestre. Stimulés par la hausse grandement anticipée des taux directeurs de la banque centrale des États-Unis, les taux de rendements des obligations du gouvernement à échéance plus courte (p. ex. les obligations à 2 ans) ont continué à progresser pendant le trimestre. À ce titre, nous avons vu la courbe des taux de rendement des États-Unis s’aplanir de nouveau vers la fin du trimestre. L’aplanissement des courbes des taux de rendement est considéré par beaucoup d’experts comme un signe avant-coureur de ralentissement économique. L’hypothèse est que les investisseurs ne cherchent pas à compenser l’inflation à venir par des rendements accrus, étant donné qu’ils s’attendent à voir le cycle économique actuel expirer et l’inflation s’essouffler par le fait même. Presque à l’opposé, les écarts de taux sur les obligations à rendement élevés, qui expriment la différence entre les obligations de qualité moindre et les bons du Trésor gouvernementaux, demeurent à un niveau historiquement bas, ce qui indique que les investisseurs n’ont pas d’inquiétudes pour le moment, et qu’ils estiment que le risque de défaut attaché aux obligations de qualité moindre est faible. Cependant, la recherche de rendement, ou la demande pour des instruments financiers à rendement élevé sont peut-être aussi des facteurs expliquant ces écarts exceptionnellement faibles.

Sur le front des devises, l’euro a fortement progressé par rapport au dollar américain au début du trimestre, malgré que certains facteurs économiques fondamentaux tels que les différentiels de taux d’intérêt en indiquaient autrement. L’euro a cependant reculé un peu vers la fin du trimestre, car certaines données économiques de la zone euro, quoique positives, n’ont pas répondu aux attentes élevées. Entre-temps, le dollar canadien a perdu du terrain par rapport au dollar américain, en raison des inquiétudes liées à l’issue des négociations de l’ALÉNA. Ainsi, l’euro et le dollar canadien s’échangeaient respectivement à 1,23 $ US et à 0,77 $ US à la fin du trimestre.

À notre avis…

Il est évident que les investisseurs sont plus nerveux, comme en témoigne l’indice de volatilité VIX, qui est revenu à sa moyenne historique. La volatilité n’est cependant pas nécessairement une mauvaise chose. Elle peut être associée à une augmentation des divergences dans les marchés. De fait, ce type d’environnement permet aux gestionnaires actifs de démontrer leurs compétences et de prospérer par rapport aux indices de marché. Ce sont ces types de gestionnaires que nous préférons utiliser dans notre gestion des portefeuilles de nos clients.