Le pari perdu de Theresa May

Le pari perdu de Theresa May

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Cédric Cayla

Vice-président, Gestion de patrimoine, Europe

Cedric.Cayla@bluebridge.ca

Malgré des avances records dans les sondages, une opposition divisée et faible, un soutien public pour sa politique de sortie de l’UE et l’une des équipes politiques les plus expérimentées en Angleterre, Theresa May a fait perdre la majorité du parti Conservateur au Parlement anglais lors des élections britanniques de juin dernier. Bien que la Première ministre ait réussi à s’accrocher au pouvoir avec le soutien du Parti unioniste démocratique de l’Irlande du Nord, ce fut un désastre pour elle et son parti. À la suite de ce résultat surprenant, nous avons décidé de souligner les implications pour les marchés, les perspectives de croissance du Royaume-Uni et les négociations du Brexit.

Bien que la baisse de la livre sterling ait été faible par rapport à la chute post référendum1 de l’an dernier et malgré le fait que les marchés boursiers ont su démontré une résilience, l’économie britannique entre dans une période d’incertitude accrue. En effet, alors que le PIB du Royaume-Uni s’était amélioré mieux que prévu au lendemain du vote de Brexit en 20162, il affiche cette année le taux de croissance économique le plus lent parmi les pays développés. Plus précisément, l’Angleterre accuse un recul conjoncturel vis-à-vis de toutes les autres nations du G7 ainsi que tous les pays européens.

De plus, l’inflation demeure l’indicateur le plus inquiétant dans le climat actuel. L’indice des prix à la consommation a grimpé à un rythme annualisé de 2.9% en mai, soit un niveau supérieur aux prévisions, un plateau non-atteint depuis plus de 4 ans et surtout un seuil largement au-dessus de la cible de la Banque d’Angleterre qui s’établit à 2%. Dans ce contexte, le comité chargé de fixer les taux d’intérêts est forcé de naviguer entre une maîtrise de l’inflation et l’appui à l’économie. Les taux d’intérêt sont restés stables à 0,25% jusqu’à présent, mais un nombre émergent de décideurs ont voté pour une hausse immédiate des taux afin de maintenir l’inflation sous contrôle. Le gouverneur de la Banque Centrale, Mark Carney, est l’un de ceux qui ont voté pour laisser les taux d’intérêt inchangés, alors qu’il s’inquiète davantage du ralentissement de la consommation domestique. En plus de la pression sur les ménages confrontés aux hausses de prix et à une maigre croissance des salaires, la confiance des dirigeants d’entreprises dans l’économie britannique a également diminué de façon significative après les élections générales. Un sondage mené par l’Institut des directeurs (IoD) en juin a montré que 65% des 700 cadres interrogés croient que l’incertitude quant à la composition du gouvernement est une «préoccupation majeure» pour l’économie britannique.

Dans cet environnement, les leaders de l’UE s’aperçoivent que le gouvernement de Mme May est faible et instable et qu’une autre élection anticipée n’est pas impossible. Du Président français Emmanuel Macron à la Chancelière allemande Angela Merkel, les hommes politiques du vieux continent seront désormais désireux de se concentrer sur des enjeux tels que les réformes économiques, la stabilisation de l’euro et la crise des réfugiés davantage que sur les négociations du Brexit. Par ailleurs, l’arrivée au pouvoir de M. Macron, de meilleures nouvelles économiques à travers l’Europe, le recul dans de nombreux pays pour les partis anti-européens populistes et une augmentation de l’avis favorable vis-à-vis de l’UE parmi les électeurs sur le continent, pourraient représenter des facteurs clés utiles aux négociations du Brexit.

Mme May a fait campagne autour de la force de la Grande-Bretagne ayant une voix unifiée et claire lors de ses pourparlers avec l’Europe continentale. Elle a perdu son pari et son pays est maintenant confronté à une dure réalité économique et politique.