L’impact du rachat d’actions sur les marchés

L’impact du rachat d’actions sur les marchés

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Gabriel Brisson-Guérin

Stagiaire, Investissements

gabriel.brisson-guerin@bluebridge.ca

Depuis la fin des années 1990, les rachats d’actions n’ont cessé de gagner en popularité auprès des compagnies transigées sur le marché public. En d’autres termes, les sociétés peuvent racheter une partie de leurs actions sur le marché, ce qui réduit le nombre actuel d’actions en circulation. Les rachats d’actions sont perçus comme un moyen pour les entreprises de remettre de l’argent à leurs actionnaires, à l’instar des dividendes. Toutefois, comme le montre la figure 1 ci-dessous, le nombre d’actions en circulation du S&P 500 a considérablement diminué au cours des sept dernières années, principalement en raison des rachats d’actions.

Le rachat d’actions et leur retrait du marché ont de nombreuses répercussions sur l’évaluation d’une entreprise. Tout d’abord, une mesure populaire utilisée par les investisseurs est touchée, le ratio cours/bénéfice (C/B). Ce ratio indique aux investisseurs combien de fois une action se négocie par rapport à son bénéfice, indiquant si l’action est chère ou non. Étant donné que les bénéfices d’une société ne seront pas directement influencés par le nombre d’actions en circulation, le rachat d’actions augmentera le bénéfice par action. Si le cours de l’action demeure inchangé, le ratio cours/bénéfice diminuera alors, donnant l’impression que l’action semble moins dispendieuse.

Différents ratios tirés du bilan sont également influencés positivement par cette transaction. Ces ratios sont souvent utilisés pour évaluer la qualité et la rentabilité d’une entreprise. Les entreprises utilisent une partie de leurs actifs (trésorerie et équivalents de trésorerie) pour racheter des actions, ce qui réduit les actifs et les capitaux propres. Le rendement des capitaux propres (RCP) calcule la rentabilité d’une entreprise par rapport à ses capitaux propres. Comme nous le savons, les bénéfices ne seront pas touchés par le rachat, de sorte que le ratio de rendement des capitaux propres augmentera. Il en va de même pour le ratio de rendement de l’actif (RDA).

Maintenant que nous avons exploré certains effets du rachat d’actions, voyons pourquoi les entreprises adoptent une telle tactique. Tout d’abord, c’est un moyen de rendre de l’argent à leurs actionnaires, même si c’est plus risqué que les dividendes. Les dividendes sont un gain courant alors que le rachat d’actions reflète un gain futur. En règle générale, le ratio cours/bénéfice d’une entreprise tend à revenir à sa moyenne; par conséquent, lorsqu’une entreprise rachète des actions et réduit son ratio cours/bénéfice, elle s’attend à ce que le cours augmente et respecte son ratio C/B historique. C’était le cas dans le passé, si l’on compare le rendement de l’indice de rachat S&P (un indice qui mesure le rendement des 100 sociétés ayant le ratio de rachat le plus élevé) et celui de l’indice S&P 500. Entre 2003 et 2013, l’indice de rachat S&P a surpassé l’indice S&P 500 de 90 %[1]. Récemment, cela n’a pas vraiment été le cas si l’on considère le rendement annualisé sur une période de 5 ans, qui est de 7,64 % pour l’indice de rachat et de 8,49 % pour le S&P 500[2]. Cela s’explique en partie par les difficultés des actions de type valeur, mais cela pourrait indiquer que les marchés ont changé et que le rachat d’actions est actuellement surutilisé. Une autre raison pour laquelle les entreprises se lancent dans le rachat d’actions est qu’elles croient que leurs actions sont sous-évaluées par les marchés et qu’elles ne voient pas de meilleures opportunités de placement pour l’utilisation de leurs liquidités actuelles.

Une personne cynique pourrait faire remarquer que la justification des rachats d’actions n’a pas eu beaucoup de succès récemment parce que les entreprises abusent de cette pratique. En effet, certaines entreprises n’accordent pas suffisamment d’attention à la valeur de leurs actions lorsqu’elles lancent un programme de rachat, car elles veulent rendre leurs ratios plus attrayants et, en conséquence, finissent par acheter leurs actions lorsqu’elles sont surévaluées. D’autres entreprises pourraient avoir recours à des rachats d’actions dans le seul but d’atteindre leurs cibles en matière de BPA, en essayant de cacher leur échec aux investisseurs. Il s’agit d’un moyen plutôt médiocre d’utiliser les rachats d’actions, qui entraînera à la longue une baisse du cours des actions.

Le rachat d’actions peut être un bon moyen de remettre de l’argent aux actionnaires, mais il demeure beaucoup plus risqué que la simple distribution de dividendes. Les investisseurs doivent évaluer attentivement si un programme de rachat d’actions est approprié pour les entreprises qui l’annoncent. L’augmentation récente de la popularité des rachats d’actions est en partie responsable de la hausse continue du marché des actions au cours des dernières années et de sa richesse, mesurée sur une base cours-bénéfice. Nous verrons si les entreprises vont continuer à mettre en place des programmes de rachats ou si elles vont ralentir et repenser leur stratégie.

Sources :

https://seekingalpha.com/article/4250756-buybacks-making-market-look-cheaper

https://corporatefinanceinstitute.com/resources/knowledge/finance/share-repurchase/

https://www.fool.com/knowledge-center/does-a-stock-buyback-affect-the-price.aspx

https://www.investopedia.com/articles/investing/112013/impact-share-repurchases.asp

https://seekingalpha.com/article/4255416-dividends-buybacks-s-and-p-500-buyback-index-outperforms

 

[1] https://www.investopedia.com/articles/investing/112013/impact-share-repurchases.asp

[2] https://seekingalpha.com/article/4255416-dividends-buybacks-s-and-p-500-buyback-index-outperforms