L’heuristique et les biais guident la prise de décisions en matière de placement

L’heuristique et les biais guident la prise de décisions en matière de placement

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Athina Torabi

stagiaire investissements

athina.torabi@bluebridge.ca

Un marché relativement efficace est soutenu par des personnes qui cherchent constamment à surpasser le rendement du marché. Or, alors qu’un investisseur rationnel serait normalement porté à se concentrer sur les probabilités à long terme, dans les faits, la manifestation de biais cognitifs et émotionnels pousse l’investisseur à se laisser convaincre par les rumeurs et fluctuations de marchés à court terme.

Cela est particulièrement vrai en périodes d’euphorie boursière, comme nous avons pu le constater lors de la bulle Internet des années 1990, et de la récente ruée vers les Bitcoins, des périodes où les investisseurs ont tendance à s’imiter les uns les autres. Ce phénomène, que l’on nomme « mimétisme », survient dans un marché lorsque les investisseurs choisissent de calquer les pratiques en matière de placement de personnes qu’ils estiment mieux informées, plutôt que de suivre leurs propres instincts et de se fier à l’information dont ils disposent (Kukacka et Barunik, 2013). De ce fait, lorsque les acteurs du marché sont susceptibles de se rallier autour d’un consensus, le comportement des investisseurs sur les marchés peut entraîner une disparité entre le prix des actifs et leurs fondamentaux, et mener à une évaluation inadéquate des actifs (Kukacka et Barunik, 2013). Ces effets représentent une préoccupation importante, puisqu’ils peuvent complexifier la diversification des actifs, accroître la volatilité du marché et créer des bulles spéculatives (Bikhchandani et Sharma, 2001). Le mimétisme peut être considéré comme un modèle heuristique, ou « règle empirique », car les investisseurs ont tendance à y avoir recours pour faire face aux incertitudes et aux complexités du marché.

Les émotions jouent aussi un rôle important dans la prise de décisions en matière de placement. Il y a d’abord les émotions anticipées, soit les émotions que la personne qui prend une décision s’attend à vivre dans l’avenir. À titre d’exemple, mentionnons l’aversion au regret, qui fait en sorte que les investisseurs sont réticents à vendre des actions à perte, car ils savent qu’ils éprouveront du regret et de la culpabilité après la vente. Les émotions anticipatoires* sont vécues instantanément et elles exercent une grande influence sur les personnes lors de la prise de décisions, en offrant des indices sur le caractère « bon » ou « mauvais » des différentes options (Slovic et al., 2007).

Slovic et al. (2007) vont plus loin, soutenant que les émotions anticipatoires* permettent aux personnes de prendre des décisions plus rapidement et plus facilement qu’en évaluant les coûts et avantages des diverses options, notamment lorsque les décisions sont complexes et qu’elles doivent être prises rapidement. Ils ont nommé ce raccourci « heuristique de l’affect ». Par conséquent, on s’attendrait à ce que plus la décision à prendre est complexe (p. ex. les décisions de placement en actions), plus l’influence des émotions sur celle-ci soit importante.

Les recherches indiquent que les investisseurs prennent effectivement des décisions conformes à l’heuristique de l’affect. Cela signifie qu’au moment d’évaluer les actions d’une entreprise, un investisseur est influencé par le fait qu’il apprécie ou non l’entreprise. Cet effet est mis en évidence dans une étude réalisée par MacGregor et al. (2000), dans laquelle on a demandé aux participants d’évaluer l’image de vingt secteurs économiques en attribuant à ces derniers une cote allant de « très négative » à « très positive ». Les résultats de cette étude montrent qu’une image positive favorise la perception d’un bon rendement passé, et, par le fait même, la croyance d’un bon rendement à venir, ce qui augmente la propension de l’investisseur à acheter des actions lors d’éventuels premiers appels publics à l’épargne dans le secteur économique concerné. Il apparaît donc évident que les émotions jouent un rôle déterminant dans le processus de décision d’un investisseur.

Globalement, les économistes comportementaux observent chez les investisseurs des écarts systématiques par rapport à un comportement qui serait rationnel. La tendance à recourir à l’heuristique s’inscrit dans une série de biais qui surviennent dans les processus de décision d’un investisseur, et peut expliquer certains cas d’inefficacité ou de fragilité des marchés financiers, ainsi que certaines anomalies. Chez Blue Bridge, il est peu probable que vous trouvions un « remède » à ces biais. Nous savons toutefois qu’ils existent, et nous connaissons leurs effets. Nous sommes donc bien placés pour éviter les principaux pièges qui y sont associés.

Définitions

  • Aversion au regret : biais qui fait en sorte que les investisseurs anticipent et redoutent le regret résultant d’une perte qu’ils subiraient ou d’un profit auquel ils renonceraient.
  • Émotions anticipatoires : émotions associées à un événement ou à une série d’événements indéterminés qui surgissent lorsqu’une personne réfléchit à ce qui pourrait se produire dans l’avenir.

Sources :

BIKHCHANDANI, S., et S. SHARMA. « Herd behaviour in financial markets », IMF Staff Papers, No 47, 2001, p. 279-310. Récupéré de : Business Source Complete (EBSCO).

KUKACKA, J., et J. BARUNIK. « Behavioural breaks in the heterogeneous agent model: The impact of herding, overconfidence, and market sentiment », Physica A, 2013. Récupéré de : JSTOR.

MACGREGOR, D.G., et al. « Imagery, Affect, and Financial Judgment », Journal of Psychology and Financial Markets, Vol. 1, No 2, 2000, p. 104-110. Récupéré de : JSTOR.

SLOVIC, P., et al. « The Affect Heuristic ». European Journal of Operational Research, Vol. 177, No 3, 2007, p. 1333-1352. Récupéré de : JSTOR.