Brexit or not Brexit?

Brexit or not Brexit?

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Cédric Cayla

Vice-président, Gestion de patrimoine, Europe

Cedric.Cayla@bluebridge.ca

Brexit or not Brexit?

Au moment où le Brexit, la sortie possible du Royaume Uni de la zone Euro, agite les esprits, nous donnons notre point de vue depuis notre bureau de Londres sur les implications potentielles et les conséquences d’une telle décision.

Les citoyens de la Grande-Bretagne iront aux urnes le 23 juin prochain et, au moment de rédiger cet article, les sondages d’opinion demeurent également divisés sur le sujet. Notre objectif ce mois-ci n’est pas de faire pression pour ou contre le « Brexit », mais bien d’analyser les risques macroéconomiques attachés à la décision que prendront bientôt les Britanniques.

La plupart des études suggèrent que la croissance économique du Royaume-Uni souffrirait de ce divorce avec l’UE. Une analyse détaillée de la Banque d’Angleterre publiée en octobre dernier a constaté que l’adhésion à l’UE a réellement profité à l’économie britannique. Deux banques américaines, Goldman Sachs et Citigroup, ont récemment signalé que la croissance ainsi que la livre sterling continueraient de chuter après un vote décidant du retrait de l’UE. Le Global Counsel estime que le Brexit enclencherait un processus complexe qui pourrait durer 10 ans[1], suscitant là encore des réactions négatives de la part des agences de notation[2].

Lorsqu’on analyse les effets potentiels d’un tel retrait sur l’économie britannique, les conclusions auxquelles on arrive dépendent évidemment des termes de la sortie, puisqu’il existe différents modèles possibles pour inspirer les conditions de retrait. La Norvège, la Suisse, et la Turquie, par exemple, ont toutes des liens distincts avec l’UE. Quel que soit le modèle dont on s’inspire, le véritable risque se situe dans le protectionnisme auquel l’UE pourrait revenir après la sortie de la Grande-Bretagne. En fait, le Royaume-Uni est le principal bénéficiaire des investissements directs étrangers (IDE) effectués par les autres pays de l’Union européenne. Le retrait de celle-ci pourrait diminuer considérablement l’attrait du Royaume-Uni comme passerelle vers l’Europe (voir le tableau ci-dessous). Cette menace à l’IDE a de quoi inquiéter les marchés, car la Grande-Bretagne doit gérer l’important déficit de son compte courant[3]. En termes clairs, cela signifie que plus d’argent quitte actuellement le Royaume-Uni qu’il n’en rentre, et que les entrées de capitaux étrangers en Grande-Bretagne contribuent à atténuer ce déséquilibre.

Les états appartenant à l’UE sont la principale source d’IDE au Royaume-Uni

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Les tenants de la séparation ont fait campagne pour une immigration plus contrôlée et leur principal « argument de vente » est cette volonté de redonner le contrôle des frontières aux Britanniques. Cependant, la libre circulation des travailleurs a contribué à l’inverse à ce que la Grande-Bretagne devienne l’une des économies avancées les plus dynamiques dans le monde. En fait, depuis les 20 dernières années, le Royaume-Uni est demeuré un pays au taux de migration nette positif. Une étude récente de l’University College London (UCL) démontre que la présence des immigrants européens ne se traduit pas par une ponction dans les finances de la Grande-Bretagne, mais alimente plutôt la croissance économique de la Grande-Bretagne. Il est également intéressant de noter que plus de 60 % des nouveaux migrants provenant de l’Europe occidentale et méridionale détiennent maintenant des diplômes universitaires. D’ailleurs, de tous les pays de l’UE, la Grande-Bretagne est celle qui réussit à attirer le plus grand nombre de migrants diplômés universitaires.

Dans l’ensemble, les avantages présumés d’un « Brexit » restent incertains alors que les risques sont beaucoup plus élevés. Cela dit, l’euroscepticisme est en hausse des deux côtés de la manche et beaucoup d’électeurs ont démontré qu’ils pouvaient être influencés non pas par un calcul économique rationnel, mais par leur perception plus générale de l’Europe. Puisque l’UE traverse une immense crise des réfugiés et un ralentissement économique important, elle ne semble pas en très bonne posture pour l’instant.

counsel.co.uk/system/files/publications/Global_Counsel_Impact_of_Brexit_June_2015.pdf

[2] S&P downgraded its outlook on the credit rating of the UK from stable to negative

[3]According to the Office for National Statistics (ONS), widened to a record high 7% of GDP in the final quarter of last year