Le Brexit et maintenant?

Le Brexit et maintenant?

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Cédric Cayla

Vice-président, Gestion de patrimoine, Europe

Cedric.Cayla@bluebridge.ca

Le Brexit et maintenant?

Le 23 juin, le Royaume-Uni a voté en faveur du Brexit. Depuis lors, le monde a été saisi d’une profonde vague de spéculation sur les répercussions possibles de cette décision. Ce mois-ci, nous tentons de tirer au clair l’ensemble des informations et d’aider nos lecteurs à mieux comprendre ce qui s’est produit jusqu’à présent.

L’économie

Contrairement à la majorité des prévisions, y compris les nôtres, les derniers chiffres indiquent que l’économie britannique a connu une croissance de 0,5 % dans les trois mois suivant le vote. Cette croissance est attribuable au secteur des services du Royaume-Uni, notamment l’industrie des communications qui affiche une croissance de 2,2 %, soit sa meilleure progression depuis le quatrième trimestre de 2009. Bien que ces chiffres soient influencés par le ralentissement économique des secteurs de l’agriculture et de la fabrication, ainsi que la plus forte baisse que l’industrie de la construction ait connue depuis 2012[1], les données publiées écartent la possibilité d’une récession technique britannique à la seconde moitié de l’exercice. De plus, le niveau de confiance des consommateurs est revenu à ce qu’il était avant ce référendum et[2] les acheteurs continuent à dépenser. Les ventes au détail au Royaume-Uni suivent une tendance à la hausse depuis les trois dernières années; une hausse de 6,2 % a été enregistrée en août par rapport au même mois l’année précédente.

Le calendrier de mise en œuvre de la sortie et les modalités du Brexit

La Première ministre Theresa May a dit en début octobre que la mise en application de l’article 50 du Traité de Lisbonne, qui prévoit deux années de négociations formelles sur les modalités du Brexit, se ferait avant la fin mars 2017. Dans la pratique, cela voudrait dire que le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne d’ici l’été 2019. La Haute Cour de justice de l’Angleterre a toutefois accepté une contestation judiciaire qui forcerait le gouvernement à obtenir l’approbation des députés avant la mise en application de l’article 50. Bien qu’il soit possible que Theresa May ne puisse enclencher la mise en application de l’article 50 d’ici fin mars, les probabilités que le vote en faveur du Brexit soit renversé sont très minimes, puisque la majorité des députés ayant voté contre sont pour une acceptation des résultats du référendum. Ces recours procurent néanmoins aux députés de bonnes occasions d’influer sur l’enclenchement du processus de sortie du Royaume-Uni de l’UE. Comme la majorité des députés préconise une sortie plus en douceur, il est probable qu’on adopte un modèle qui s’apparente à celui entre l’UE et la Suisse ou la Norvège plutôt qu’un modèle plus agressif basé sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

La monnaie et l’inflation

La livre a connu une chute importante après le référendum à la fin juin. Le 25 novembre, la livre avait une valeur de 1,24 $; voilà qui constitue une légère hausse depuis la victoire présidentielle de Donald Trump, mais une baisse de 16 % depuis le référendum. Par rapport à l’euro, la livre affichait une valeur de 1,18 €, soit un affaiblissement de 0,24 € par rapport à la valeur de l’année précédente. La faiblesse continue de la monnaie s’est vue accentuée par la baisse des taux d’intérêt par la Banque d’Angleterre, jusqu’à atteindre un plancher historique de 0,25 %[3]. Quatre mois après le vote en faveur du Brexit, alors que l’affaiblissement de la monnaie fait grimper l’inflation, certains signes indiquent que les Britanniques devraient se préparer à un autre resserrement économique qui aura des répercussions sur leurs niveaux de vie. Andrew Goodwin, économiste principal du groupe de prévisions Oxford Economics, prévoit une pression continue à la hausse sur les prix :  « Nous nous attendons à une nette hausse des prix à la consommation à partir de maintenant, s’établissant en moyenne à 2,7 % en 2017. Cela aura comme effet la forte diminution du pouvoir d’achat des ménages et le ralentissement important de la croissance des dépenses. »

Cette résilience sera-t-elle durable?

La résilience économique au Royaume-Uni depuis le référendum a certainement surpris les marchés. Il faut toutefois éviter d’être trop enthousiaste, puisque ces chiffres s’inscrivent dans l’élan de trois années de forte croissance économique en Angleterre[4]. Étant donné que les données publiées reflètent davantage la situation préréférendaire que celle qui a suivi le vote, l’heure n’est pas à la complaisance. Plus le processus de sortie sera agressif, plus la croissance économique sera faible et plus la monnaie s’affaiblira. Les lecteurs doivent donc être conscients que le chemin vers le Brexit demeure parsemé de surprises politiques et économiques, et que les négociations dans le cadre du Brexit pourraient soulever des incertitudes dans les prochains mois qui auraient de graves répercussions sur les investissements.

[1] L’industrie de la construction a connu une chute de 1,4 % de juillet à septembre qui est principalement attribuable à la construction de nouveaux logements. [2] Le niveau de confiance des consommateurs est de retour au niveau pré-référendaire et a enregistré une hausse de six points en septembre. [3] La Bank of England a réduit les taux d’intérêt de 0,5 % à 0,25 % en août. Il s’agissait de la première baisse depuis 2009. [4]L’économique britannique connaît une croissance continue depuis les 15 derniers trimestres.

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