Un anniversaire notoire !

Un anniversaire notoire !

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René Julien, MBA, CFA

Directeur des investissements

rene.julien@bluebridge.ca

Le 15 septembre a marqué le dixième anniversaire de l’effondrement de Lehman Brothers, que l’on reconnaît comme la faillite la plus retentissante de l’histoire des États-Unis. Le déclin de cette banque américaine n’est évidemment pas le seul motif de la crise financière de 2008 et de la récession mondiale qui s’en est suivie, mais il s’agit tout de même d’un événement marquant pour les marchés des capitaux. Le marché boursier américain, qui a culminé en octobre 2007, avait déjà commencé à s’écrouler à cause de l’implosion du marché des prêts hypothécaires à risque. En ce lundi fatidique, l’indice S&P 500, ébranlé par les nouvelles concernant Lehman Brothers, a plongé de 4,7 %. Au cours des mois suivant la faillite, il a chuté de 34 % pour finalement toucher le fond en mars 2009. Cet événement nous semble si lointain maintenant. Depuis qu’il a atteint ce creux, le marché américain n’a pas connu d’année négative. Jusqu’à maintenant cette année, les actions américaines ont augmenté de 10,6 %, notamment grâce à un gain de 7,7 % lors du dernier trimestre. En somme, le marché enregistre un taux de rendement total annualisé de 17 % depuis mars 2009.

De leur côté, les investisseurs européens ont connu un parcours un peu plus sinueux au cours des dix dernières années. Il ne faut pas oublier que la crise financière et la grande récession ont aussi mené à la crise de la dette souveraine en Europe. Néanmoins, et malgré un rendement négatif en 2011, les actions européennes ont obtenu de bons résultats dans les dix dernières années avec un rendement total annualisé de 12 %. L’année a toutefois été plus difficile pour les actions européennes. Un gain de 1,37 % au troisième trimestre a permis de tirer hors de la zone rouge les taux de rendement du cumul annuel jusqu’à ce jour, pour ensuite les faire passer à 1,3 %.

Ce dernier trimestre a été marqué par la menace grandissante des guerres commerciales, qui s’est principalement fait sentir dans les marchés boursiers à l’extérieur des États-Unis. L’excellent rendement des actions américaines était surtout attribuable à la vigueur prolongée des données économiques, ainsi qu’aux excellents résultats des sociétés au deuxième trimestre, qui ont dépassé les prévisions. À l’inverse, les actions européennes n’ont pas fait bonne figure, pénalisées par le budget décevant de l’Italie et le secteur bancaire, lequel connaissait une baisse en raison de son exposition aux marchés émergents en difficulté, notamment la Turquie. Notons également que les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Turquie ont provoqué la chute de la lire turque, qui a baissé de 24 % par rapport au dollar américain au cours du trimestre. Si l’on ajoute à ce scénario la pression exercée sur le marché chinois en raison de la guerre des tarifs, on obtient une baisse de 1,1 % (en dollars américains) de l’indice des marchés émergents MSCI Emerging Market. De plus, l’incertitude qui planait au-dessus de l’ALENA, qui a finalement été reconduit le 30 septembre sous le nom d’« Accord États-Unis–Mexique-Canada », a exercé une pression sur le marché canadien tout au long du trimestre. Dans ce contexte, l’indice composé S&P/TSX a enregistré un rendement total désolant de -0,56 % au cours du trimestre.

L’économie américaine roulant toujours à plein régime, la Réserve fédérale a décidé de hausser une fois de plus son taux directeur de 0,25 % en septembre. Ainsi, à la fin du mois, le taux de rendement des bons du Trésor américains à 10 ans avait atteint 3,06 %. Les taux de rendement des obligations de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont également connu une légère hausse au cours de cette période pour atteindre 0,47 % et 1,57 % respectivement. Parallèlement, le taux des obligations du gouvernement canadien à 10 ans a atteint 2,43 %, sous l’effet de l’augmentation de 0,25 % du taux directeur de la Banque du Canada en juillet. Par la suite, dans un contexte de hausse des taux dans les grandes régions et donc de baisse des prix, les rendements des obligations mondiales étaient de -0,92 % au troisième trimestre, tels que calculés par l’indice Barclays Global Aggregate (en dollars américains, non-couvert). À titre de comparaison, il est intéressant de noter qu’il y a dix ans, avant la faillite de Lehman, les obligations d’État à 10 ans des États-Unis, du Canada et de l’Allemagne se négociaient à des taux de rendement respectifs de 4,45 %, de 4,33 % et de 4,16 %. De plus, l’indice mondial des obligations a généré un rendement total annualisé de 2,85 % depuis mars 2009. Les taux sur les obligations sont quelque peu revenus à la normale en Amérique du Nord. Il reste cependant beaucoup de travail à faire du côté de l’Europe. En fait, la Banque centrale européenne (BCE) aurait peu ou pas de marge de manœuvre pour stimuler l’économie et les marchés si une crise économique venait à survenir dans un futur proche.

En ce qui a trait aux devises, l’euro a terminé le troisième trimestre à 1,1604 $ pour une perte de 0,68 %, tandis que le dollar canadien a clôturé à 0,77 $ pour un gain de 1,74 %, et ce, en dépit des incertitudes entourant l’ALENA. Remontons une fois de plus dans le temps pour noter que l’euro se négociait à 1,4224 $ et le dollar canadien à 0,94 $ à la veille de la chute de Lehman en septembre 2008. Ces valeurs sont respectivement 23 % et 22 % plus élevés que ceux d’aujourd’hui.

Après cette longue et vigoureuse période de croissance des marchés boursiers, qui a succédé à la faillite de Lehman et à l’effondrement des marchés, il serait difficile de s’attendre à maintenir des niveaux de rendement similaires au cours des prochaines années, particulièrement si l’on considère que les rendements historiques à long terme pour les actions oscillent entre 8 % et 10 %. Pareillement, les attentes envers les rendements des obligations doivent être tempérées, d’autant plus que les taux se maintiennent à des niveaux historiquement bas. Nous conseillons donc aux investisseurs d’être prudents au moment d’évaluer leurs attentes en matière de rendement, particulièrement dans les marchés traditionnels. Nous croyons qu’à l’heure actuelle, un portefeuille diversifié doit chercher un équilibre entre les investissements traditionnels (obligations et actions publiques) et les investissements non traditionnels (fonds de couverture, actifs réels, obligations et actions privées).