La quatrième révolution industrielle

La quatrième révolution industrielle

Alain_Vignette2

Alain E. Roch, MBA

Président et Chef de la Direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

La quatrième révolution industrielle

Après la première révolution et l’avènement de la machine à vapeur, la deuxième due à l’électricité, la troisième amenée par l’électronique et la robotique, arrive la quatrième, inédite par sa vitesse, son ampleur et son impact, qui combinera plusieurs facteurs tels que l’internet des objets connectés (Internet of Things) ou les mégadonnées (big data) pour transformer l’économie et bouleverser des systèmes entiers de production, de distribution et de consommation.

Le World Economic Forum s’est penché cette année sur l’impact de cette révolution numérique et il en ressort que « cette quatrième révolution industrielle va provoquer la destruction de millions d’emplois, créant une forte instabilité sociale ». Le directeur général d’Adecco s’est montré plus précis encore. « Il faut s’attendre à la suppression de cinq millions de postes, mais cette révolution va également créer deux millions de nouveaux emplois ».

Cette mutation économique et sociale conduit des secteurs d’activité entiers à voir leur fonctionnement – ou leur raison d’être – mis en cause : transport, hôtellerie, commerce de détail, musique, médecine ; presse, bien sûr. Des dizaines de métiers seront emportés.

Comme l’a relevé l’Organisation Internationale du Travail, le chômage touchait quelque 197,1 millions de personnes en 2015, un million de plus qu’en 2014, 27 millions de plus qu’avant la crise de 2008. Et les nouvelles provenant d’Amérique latine, de Chine et des pays arabes exportateurs de pétrole ne sont pas bonnes. Les perdants sont connus: les gens des campagnes, la grosse industrie, les emplois de service et de proximité, surtout dans les nations émergentes.

L’école doit aussi se réformer et les États doivent s’engager à faire de gros efforts en matière de formation afin de ne pas laisser sur le carreau les ouvriers et employés menacés par la révolution digitale.

Les risques ne sont pas limités aux statistiques de chômage, car l’effondrement de la classe moyenne accroît les risques sécuritaires et les tensions sociales. En renforçant les frustrations, ils favorisent les extrémismes et les intentions terroristes.

Dans quels secteurs se nichent alors les postes de travail de demain ? Paradoxalement dans la haute technologie, qui aura besoin de main-d’œuvre qualifiée pour faire tourner ses nouvelles entreprises (entretien des robots, éoliennes et capteurs solaires, laborantins dans la biotechnologie, commerciaux tentant de séduire les internautes, etc.).

L’intelligence artificielle est l’une des clés de cette révolution. Les pays avec un haut niveau de compétitivité, de qualifications, d’infrastructures, vont en bénéficier. Est-ce le cas du Canada ?

Sans une action urgente et ciblée dès aujourd’hui pour gérer cette transition à moyen terme et créer une main-d’œuvre dotée de compétences pour l’avenir, les gouvernements devront faire face à un chômage en hausse constante et à des inégalités.

Les grands perdants seront néanmoins les pays émergents. Dans la constellation qui se dessine, l’abondance de main-d’œuvre bon marché cesse de constituer un avantage pour devenir un fardeau. Ces pays ont trop misé sur l’importation d’emploi à moindre valeur ajoutée, mais ne disposent ni d’infrastructures, ni d’un système éducatif ou fiscal adéquat pour s’adapter rapidement.