L’argent ne se mange pas!

L’argent ne se mange pas!

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

En 1987, la Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement publiait le rapport Brundtland, « Our Common Future ». Ce rapport présentait les résultats d’une vaste consultation planétaire visant à proposer un programme global de changement en vue d’un développement durable, soit « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Trente ans plus tard, il est légitime de se demander si nous en avons tenu compte.

Ce rapport identifiait clairement les problèmes environnementaux les plus criants des années 80 : croissance démographique incontrôlée, déboisement excessif, destruction des forêts tropicales, extinction des espèces vivantes, augmentation de l’effet de serre causant les changements climatiques, pluies acides, érosion de la couche d’ozone stratosphérique, etc. Il insistait aussi sur les aspects socioéconomiques et en particulier sur les effets pervers d’une croissance économique débridée et de la surconsommation des ressources.

Le développement durable : répondre aux besoins actuels tout en préservant l’avenir

En vue d’un développement durable, le rapport identifiait une série d’objectifs stratégiques qui comprenaient notamment la maîtrise de la démographie, la satisfaction des besoins humains essentiels, la préservation et la mise en valeur des ressources, la prise en compte de l’environnement dans la mise au point de nouvelles techniques et l’intégration des préoccupations écologiques et économiques dans la prise de décision.

Il proposait ensuite des solutions s’appliquant à l’échelle mondiale, par exemple diminuer la consommation énergétique dans les pays industrialisés et favoriser le développement des énergies renouvelables, encourager le reboisement massif dans les pays touchés par la désertification, réaliser des réformes fiscales et foncières pour réduire les pressions sur les écosystèmes, adopter une convention internationale pour la protection des espèces.

Pour réaliser et financer ce virage écologique, le rapport proposait une réforme des institutions internationales, notamment de la Banque mondiale et du FMI, qui devaient mieux tenir compte des objectifs sociaux et environnementaux et alléger la dette des pays les plus démunis. Le rapport recommandait aussi une réorientation des dépenses militaires au profit de la lutte contre la pauvreté et les inégalités, et interpellait les grandes entreprises pour qu’elles s’engagent sur la voie d’une production et d’une consommation plus responsables.

Ce rapport a aussi guidé l’action des gouvernements, de la société civile et des entreprises. Au fil des ans, on a vu se développer l’agriculture biologique, la certification environnementale, la responsabilité sociale des entreprises, la production d’énergie renouvelable, l’investissement responsable, l’économie verte, l’analyse de cycle de vie et l’écologisation des processus de production.

30 ans plus tard…

Grâce au rapport Brundtland, le monde a acquis une compréhension plus profonde des défis interreliés auxquels nous sommes confrontés et du fait que le développement durable offre la meilleure opportunité pour les gens de choisir leur avenir.

Cependant, l’utilisation des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement se poursuivent à un rythme effréné, les changements climatiques menacent plus que jamais les populations et les écosystèmes les plus vulnérables, la capacité de soutien de la planète est sur le point d’être dépassée, et l’insécurité alimentaire progresse.

Que peut-on faire pour améliorer la situation ?

Dans son article « Développement durable : avons-nous progressé depuis la publication du rapport Brundtland? », le professeur Jacques Prescott évoque la stratégie écologiste en quatre points proposée dès 1984 par Michel Jurdant dans son livre Le défi écologiste : sensibiliser le citoyen, démystifier le progrès quantitatif, proposer d’autres types de modes de vie et encourager un débat public démocratique. Il ajoute qu’il faut éduquer sans relâche jeunes et moins jeunes aux principes d’un développement durable, régulariser davantage et réduire le pouvoir des banques et des milieux financiers, miser sur la subsidiarité, encourager la responsabilisation des élus et des dirigeants, favoriser l’information indépendante et, surtout, apprendre à reconnaître l’influence des groupes d’intérêt.

Le professeur Prescott nous suggère très sagement de garder à l’esprit, pour guider nos efforts, les sages paroles du chef autochtone Geronimo : « Quand le dernier arbre aura été abattu – Quand la dernière rivière aura été empoisonnée – Quand le dernier poisson aura été pêché – Alors on saura que l’argent ne se mange pas. »

 

Références :

https://www.diplomatie.gouv.fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf

http://www.cerdd.org/Actualites/Territoires-durables/Le-rapport-Brundtland-a-30-ans

https://www.mondialisation.ca/developpement-durable-avons-nous-progresse-depuis-la-publication-du-rapport-brundtland/5615804