La bourse et les nouvelles tendances – Comment les familles clientes des Family Offices gèrent-elles leur patrimoine ?

Famille contemplant l'horizon

La bourse et les nouvelles tendances – Comment les familles clientes des Family Offices gèrent-elles leur patrimoine ?

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

La sécurité d’abord !

Contrairement à la croyance populaire, les individus composants les familles fortunées ne gèrent pas leur patrimoine en prenant des risques importants. Ce type de risques, ils les ont pris lorsqu’ils étaient fondateurs de compagnies, dirigeants d’entreprises ou artistes.  En effet, fortune faite, la grande majorité des familles privilégie un profil d’investissement équilibré, alliant performance et risque modéré. S’ils sortent des sentiers battus, c’est plutôt pour éviter la volatilité des marchés…

Investissements privés !

Si les actions cotées sont privilégiées, ce sont les investissements privés (private equity) qui intéressent de plus en plus ce type d’investisseurs, directement ou via des fonds. L’industrie des marchés non cotés a connu un fort intérêt depuis les années 2 000. Avec une croissance de l’ordre de 13 % par année, l’industrie des fonds atteint aujourd’hui 5 100 milliards de dollars. L’environnement économique de ces dernières années, combinant taux bas et valorisations élevées, a contribué à ce succès et a conduit à un changement stratégique dans l’allocation des investisseurs.

Investissement tangible (real asset)

La part d’investissement tangible augmente de plus en plus dans le portefeuille des familles aisées. Si l’achat d’œuvres d’art, de voitures de collection ou de vins rares est en nette progression, c’est surtout l’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures qui vont en bénéficier dans les prochaines années (à lire également « Les actifs réels, pour qui ? Pour quoi ? »

Depuis 10 ans, le meilleur placement tangible possible a été l’automobile de collection et de loin. Car la voiture de collection, surtout si elle est rare, de marque, en parfait état avec si possible un « pedigree » (un palmarès et/ou un pilote ou propriétaire connu) est objet de spéculation : entre 2002 et 2014, les prix ont flambé de 396 %, quand l’art progressait de 195 %, les vins de 166 % et les montres de 76 %… (À lire également « Alors docteur, j’achète une Porsche ou de l’or ? »

Quant au nectar des Dieux, selon The Wealth Report 2017, les investissements dans les bouteilles de vin ont dépassé ceux réalisés dans les voitures classiques et ont grimpé sur le podium du Knight Frank Luxury Investment Index en 2016, avec une croissance de 24 % en 12 mois. Cet actif liquide est de plus en plus souvent considéré, aux côtés des œuvres d’art et des voitures, dans le portefeuille d’investissement des familles fortunées. Cela dit, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un placement risqué, ironiquement peu liquide et avec un horizon à long terme. Le vin est un actif dont la rareté est créée par le passage du temps et cela a une incidence sur sa valeur. (À lire également « Comment se constituer une cave à vin intéressante ? »

L’investissement en agriculture est un concept large qui regroupe les différentes cultures (ex. céréales, légumes, fruits, fibres végétales, etc.), mais qui s’étend également à l’élevage animal (bovin, mouton, porc, etc.) et à l’exploitation de terre à bois. L’agriculture n’est certes pas un concept nouveau, mais l’engouement récent des clients aisés émerge d’un contexte économique et de tendances démographiques favorables. L’investissement en agriculture procure des avantages certains dans la gestion d’un patrimoine. Par exemple, la corrélation entre l’agriculture et les marchés traditionnels est faible (< 0,30), ce qui signifie qu’une correction des marchés n’aurait qu’un impact limité sur le rendement d’un portefeuille agricole. L’agriculture a également historiquement constitué une excellente protection contre l’inflation. (À lire également « Investissement en agriculture : à la récolte des profits »

Parmi les investissements alternatifs tangibles qui apparaissent dorénavant dans le portefeuille proposé par les Family Offices, les actifs d’infrastructures présentent un potentiel très intéressant. Sous ce terme générique sont réunis des projets d’infrastructure pouvant aller de projets traditionnels destinés à faciliter les transports (routes, ponts, chemins de fer, ports et aéroports) à des projets dans les domaines de la santé et de l’éducation. En tant qu’investissement, ces actifs partagent tous les caractéristiques suivantes : un service fondamental à la communauté, une position de quasi-monopole naturel, une demande peu dépendante de la conjoncture, des actifs de longue durée ainsi que des coûts et des revenus futurs attendus prévisibles, car souvent réglementés par l’État. Ces caractéristiques rendent les infrastructures très attrayantes pour les investisseurs, car elles offrent prévisibilité et stabilité des revenus. De plus, elles procurent souvent une protection contre l’inflation, car les contrats de service sont généralement liés à celle-ci. Alliant rendements attractifs, décorrélation et protection contre l’inflation, les infrastructures se présentent donc comme une alternative intéressante aux revenus obligataires. (À lire également « Infrastructures : une source de rendement alternatif ? »