Investissements fossiles par ici la sortie?

Investissements fossiles par ici la sortie?

Alain Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

 En tant que société, Blue Bridge est « carboneutre » et a été certifiée « écoresponsable» par le Conseil des Industries Durables. En tant qu’écoleader du domaine financier au Québec, nous nous devons de nous interroger et de sensibiliser nos clients sur l’impact des investissements que nous proposons. L’opinion publique considère en général que les investissements dans les activités favorables à l’environnement sont moins rentables que ceux dans les énergies polluantes, produites en utilisant du charbon ou du pétrole.

En réalité, comme plusieurs études scientifiques l’ont montré récemment, les investissements dans les activités économiques favorables à l’environnement ont des rendements au moins égaux aux rendements moyens des entreprises liées aux énergies non-renouvelables. D’ailleurs, à l’instar de la Banque centrale européenne (BCE), un nombre croissant de banques centrales sont en train d’implanter des programmes d’investissements favorables à l’environnement.

Les institutions financières, à commencer par les fonds de pension et les Family Offices, devraient évaluer les risques climatiques et réorienter par conséquent leurs propres choix d’investissements, étant entendu que les changements climatiques pourraient avoir des effets sur la rentabilité des entreprises ainsi que sur le prix de leurs titres en bourse.

 

La finance durable n’est plus synonyme d’utopie, mais les risques climatiques ne sont encore que très peu traduits en termes de risques économiques et financiers…

 

Ces dernières années ont vu une croissance rapide de la finance responsable avec notamment la création d’indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) mis en place par l’ONU. La finance durable a désormais la cote et n’est plus synonyme d’utopie.

Malgré tout, les derniers chiffres sur le sujet portent à croire que cette tendance n’a pas été assimilée par les joueurs clefs de la finance mondiale. En effet, l’étude Banking on climate change : Fossil Fuel Finance Report Card 2019 publiée récemment fait le constat que depuis la signature des Accords de Paris sur le changement climatique, 33 grandes banques internationales ont investi plus de 1900 milliards de dollars dans les énergies fossiles. Ceci va nécessairement à l’encontre d’une limitation du réchauffement au-dessous de 1.5 °C, tel que les grandes puissances mondiales se sont engagées à respecter lors des Accords de Paris.

Plusieurs motifs sont à l’origine de ce constat, mais à l’évidence, les risques climatiques ne sont encore que très peu traduits en termes de risques économiques et financiers. Dès lors, on peut se demander quelles sont les perspectives d’action nécessaires pour engendrer une réelle transformation de la classe financière. En premier lieu, il est plus que jamais nécessaire que les femmes et hommes politiques prennent en charge ces questions et mettent les acteurs financiers tel que les banques, les Family Offices et les caisses de pension devant l’obligation de divulguer les risques climatiques liés à leurs investissements. Cette pratique appelée “climate financial related disclosure” en anglais a notamment été adoptée par le Gouvernement britannique qui a créé une commission à ce propos.

 

A bon entendeur, salut !

 

Références :

 

Banking on climate change : Fossil Fuel Finance Report Card 2019 : https://www.ran.org/wp-content/uploads/2019/03/Banking_on_Climate_Change_2019_vFINAL.pdf

Les investissements “verts” font du bien à la finance de marché, Le Temps, 18 mars 2019, Sergia Rossi

Face aux évolutions internationales, la Suisse doit élaborer un plan d’action pour la finance durable, Le Temps, 19 mars 2019, Adèle Thorens Goumaz

Finance verte : entre mythe et réalité, Le Temps, 21 mars 2019, Emilie Tricarico